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16/05/2011 à 17:28
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Pape Diouf, ancien président de l'OM. Pape Diouf, ancien président de l'OM. © Reuters

Pour l’ancien président de l’Olympique de Marseille (OM), 59 ans, cette affaire des quotas dans le football français est le triste reflet de la société française.

Jeune Afrique : L’affaire des quotas évoqués lors d’une réunion de la Direction technique nationale le 8 novembre dernier a-t-elle des relents de racisme ?

Pape Diouf : À mon sens, cette affaire n’est qu’un prétexte. Mediapart – même si l’on peut discuter des méthodes utilisées – a révélé quelque chose de beaucoup plus profond, que l’on cachait, par commodité ou par désintérêt. Sans aller jusqu’à parler de racisme, on peut évoquer un football français qui exclut, qui fait le tri. C’est le reflet de la société, et cela me désole.

Pourtant, on ne peut pas dire que les Noirs ou les Arabes ne soient pas représentés dans les équipes professionnelles françaises. Sans parler des Sud-Américains ou des joueurs d’Europe de l’Est…

Jusqu’au moment où on fera comprendre aux joueurs issus de la diversité qu’on n’a plus besoin d’eux ? Dans l’armée française, il y avait des tirailleurs sénégalais pour combattre l’ennemi nazi. Et quand on n’a plus eu besoin d’eux, on s’en est séparé. Sur les terrains, il y a des Noirs et des Arabes. Mais ailleurs ? Dans les staffs techniques ? Les cas de Jean Tigana et d’Antoine Kombouaré [le premier, Français d’origine malienne, entraîne Bordeaux ; le second, né en Nouvelle-Calédonie, entraîne le Paris Saint-Germain (PSG), NDLR] sont assez récents. L’absence de diversité dans les instances dirigeantes, dans les commissions et dans les secteurs administratifs est évidente. On ne peut pas la nier.

N’avez-vous pas dirigé l’OM ?

[Il rit.] J’étais l’anomalie sympathique, mais une anomalie ! En ce qui me concerne, on ne peut parler d’une quelconque frustration, car j’ai été président du meilleur club français pendant cinq ans. Parfois, j’avais l’impression qu’on se demandait ce que je faisais là. Cette situation, on peut l’étendre à d’autres secteurs. Combien de Français issus de la diversité sont à la tête d’une grande entreprise ou d’un ministère régalien ?

Vous auriez pu vous en émouvoir un peu plus tôt…

Mais à quoi bon ? Tout est joué d’avance. Pour un Arabe ou un Noir, faire partie des instances dirigeantes du football français, ce n’est pas possible. Alors, ils n’essaient même pas d’aller plus loin. Et pour les entraîneurs ? Quand on parle de Marcel Desailly comme possible entraîneur, c’est du Ghana, mais pas en France.

Les quotas évoqués lors de cette réunion de 2010 faisaient clairement référence aux joueurs binationaux, susceptibles de rejoindre leur sélection d’origine après avoir été formés en France.

Les binationaux, c’est un prétexte. Pendant longtemps, on a formé des joueurs dans le seul but d’en faire de futurs internationaux français et de leur fermer les portes d’autres sélections. Mais avec les nouvelles réglementations de la Fifa, la donne a changé. Les binationaux veulent avant tout jouer pour la France. Maintenant, s’ils ne sont pas retenus, pourquoi les empêcher de jouer pour le Mali, l’Algérie ou le Sénégal ? Soyons honnêtes : parmi les dix-huit binationaux qui jouent aujourd’hui pour l’Algérie, combien auraient pu espérer être retenus en équipe de France ? En ce moment, on parle de Moussa Sow [qui a gagné l’Euro 2005 des moins de 19 ans avec la France, NDLR], parce qu’il est le meilleur buteur de Ligue 1 avec Lille et qu’il a décidé de jouer pour le Sénégal. Avoir des regrets a posteriori, c’est facile. Mais qui voulait de lui, quand il était libre, avant qu’il ne signe à Lille en juin 2010 ? [Il jouait alors à Rennes.] Ni Lyon, ni Marseille, ni le PSG ne se sont précipités pour l’avoir.

Alou Diarra, qui joue en équipe de France, soutient Laurent Blanc…

Pour moi, Blanc n’est pas raciste. Il a juste été maladroit, et je ne demande pas sa démission. Diarra, quant à lui, a dit qu’il n’aurait jamais joué pour le Mali… Je n’en suis pas si sûr. Car s’il n’avait pas été appelé par les Bleus, et que le Mali avait tenté de le sélectionner pour une CAN [Coupe d’Afrique des nations] ou une Coupe du monde, il y serait allé en stop !

Cette affaire peut-elle faire évoluer les choses dans le sens que vous souhaitez ?

Je l’espère, car le conformisme est l’une des valeurs les plus partagées dans le football. Il faut que cela change. Cette France du football me fait penser à celle qui ferme ses frontières aux jeunes Tunisiens. 

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Propos recueillis par Alexis Billebault

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