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10/05/2011 à 15:16
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Luc Adoplhe Tiao a proposé des mesures contre la vie chère. Luc Adoplhe Tiao a proposé des mesures contre la vie chère. © AFP

Le tout nouveau Premier ministre burkinabè a annoncé, le 28 avril, une série de mesures destinées à calmer le jeu.

Ouagadougou, le 15 avril. La capitale burkinabè se remet péniblement d’un énième mouvement de colère de soldats. Cette nuit-là, ce sont des membres de la garde présidentielle qui ont manifesté, ceux dont on dit qu’ils sont les mieux lotis. Leur mécontentement a eu raison du commandement militaire et du gouvernement de Tertius Zongo.

Parmi les premiers à témoigner de la sympathie à l’ex-Premier ministre, Luc Adolphe Tiao, 57 ans, ambassadeur du Burkina Faso en France depuis 2008. Un SMS, pour souhaiter bon courage à l’ami qu’il voit et consulte souvent. Le diplomate est loin de se douter que, trois jours plus tard, c’est à lui que Blaise Compaoré proposera de former un nouveau gouvernement. « J’étais sonné, abasourdi… Je pensais sincèrement qu’il plaisantait », raconte-t-il. « C’est d’autant plus surprenant qu’il n’a pas toujours été en phase avec le pouvoir, mais je le voyais mal refuser de servir son pays », commente un ancien collaborateur parisien.

Marx et Lénine

Fils de fonctionnaire né à Tenkodogo, en 1954, il entre au petit séminaire Notre-Dame-d’Afrique (1969-1974). Sur les bancs de cette école catholique qui a vu passer nombre de politiques burkinabè – dont Roch Marc Christian Kaboré, président de l’Assemblée nationale, et Tertius Zongo –, il se destine à la prêtrise. « Mais à la fin du lycée, je me suis rendu compte que ce n’était pas pour moi. Lire Marx ou Lénine, c’était trop progressiste pour être prélat », confesse-t-il.

Des années plus tard, diplômé du Centre d’études des sciences et techniques de l’information de l’université de Dakar (Cesti) et titulaire d’une maîtrise en droit obtenue à l’université de Ouagadougou, il devient journaliste. Pour ceux qui l’ont côtoyé, au sein de la rédaction de l’hebdomadaire Carrefour africain, puis en tant que directeur des Éditions Sidwaya (1987-1990) et président du Conseil supérieur de l’information (CSI, 2001-2008), c’est un homme travailleur et respectueux de la déontologie, qui a fait de la Convention collective des journalistes et de la carte de presse ses priorités. « Luc sait prendre le temps d’écouter avant de parler, témoigne Justin Coulibaly, ancien rédacteur en chef du principal quotidien burkinabè, Sidwaya. Et, même si nous étions un média d’État, il tenait à ce que nous couvrions toute l’actualité, quitte à contrarier les autorités de l’époque. » Ce que Tiao n’a pas hésité à faire, en 1982, alors que le régime du médecin militaire Jean-Baptiste Ouédraogo réduit les libertés individuelles. Jeune journaliste, il a bravé le pouvoir pour donner la parole aux rebelles de l’époque. Il s’est rendu au Centre d’entraînement commando de Pô, où un jeune capitaine du nom de Blaise Compaoré préparait une révolution.

Près de trente ans plus tard, le militaire et le journaliste sont de nouveau réunis. Le premier taiseux, le second affable et ouvert. Et les Burkinabè ont hâte de voir comment va procéder le tandem. « Luc Adolphe Tiao n’est pas du genre à se taire quand cela ne va pas. Quant à Blaise Compaoré, il est bien décidé à reprendre le pays en main. J’ai des doutes sur leur capacité à travailler de concert », commente un journaliste burkinabè. En attendant, Tiao a annoncé le 28 avril plusieurs mesures pour lutter contre la vie chère. Pas sûr que cela suffise à rassurer les Burkinabè.

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