Célèbre mercenaire qui écuma l’Afrique pendant trente ans, Bob Denard fut aussi un père souvent absent, mystérieux et fascinant. Sa fille raconte leur histoire dans un livre confession.
« Comment pourrais-tu mourir puisque je ne t’ai pas tout dit ? » À 38 ans et parce qu’elle n’a pu le faire avant, Katia règle ses comptes avec son « papa soldat », le mercenaire Bob Denard, décédé en 2007, et lui crie son amour dans son premier livre, Si on te demande, tu diras que tu ne sais pas *. Ces quelques mots, elle les a entendus toute sa vie. Petite, elle renonce à demander des explications, mais ne cesse de chercher des réponses. « Ma colère s’est transformée en énergie vitale », confie la jeune femme, aujourd’hui psychanalyste à Paris et mère de deux enfants.
Non seulement les absences de son père sont répétées, mais elles sont mystérieuses. Denard, alias le « chien de guerre », n’était pas un bavard. Pendant trente ans, il a bourlingué dans toute l’Afrique, louant ses services au plus offrant : sécessionnistes, rebelles et gouvernements, sans parler des coups d’État réussis ou avortés.
Pirouettes
Katia grandit entourée de ses « tontons », les compagnons d’armes de Denard, qui viennent la chercher à l’école ou chez sa nounou. À 7 ans, elle découvre des liasses de billets dans une mallette et deux passeports portant le nom de deux inconnus, mais sur lesquels figure la photo de son père. « Lorsque je les lui ai montrés, il a ri et m’a dit que c’était pour venir me voir », raconte-t-elle. À chaque difficulté, une habile pirouette. En 1995, alors qu’elle le croit aux États-Unis, elle apprend à la radio qu’il a fomenté un coup d’État aux Comores. « Je pensais que ça te ferait plaisir de revenir te baigner dans les eaux de Galawa », se justifie-t-il. « Alors que j’étais en colère parce qu’il avait pris le risque de mourir loin des siens, cette réponse m’a désarmée », se souvient Katia.
Lorsqu’on lui diagnostique la maladie d’Alzheimer, elle lui a déjà tout pardonné : ses démêlés avec la justice, ses sept frères et sœurs découverts au fil des ans, les tiraillements perpétuels. « Ma mère est africaine [métisse née dans l’ex-Congo belge, NDLR], alors je ne pouvais accepter ce droit d’ingérence qu’il s’octroyait sur le continent. Mais j’éprouvais aussi une grande admiration pour son courage. Pour rien au monde je n’échangerais mon père contre un autre. »
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* Editions Anne Carrière, 217 pages, 17 euros.
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1.Alvinalone - 18/04/2012 à 01h:04Nul ne choisi ses parents,mais ya aucune fierté d'être le fils ou la fille d'un homme durant toute son existence à ?uvrer que tout[...] Lire
2.hassanibakarisaand - 06/08/2011 à 17h:08normale que tu pardone car il t' a laisse son sang et nous le desespoire ,la soufrance et l' amertume.[...] Lire
3.andhum - 19/07/2011 à 10h:07katia. moi jsu comorien, je suis touché par les massacres que ton père a fait subir à mon pays mais je ne t'en veux pas car tu es[...] Lire
4.chababi - 12/06/2011 à 09h:06outré qu'une personne au monde puisse admirer ce criminel de querre: il a etouffé, massacré, violé, detruit, tortur&eacut[...] Lire
5.adili - 05/06/2011 à 10h:06le sang de mon frere Ali Adili a coulé aux comores ,je vous souhaitez pas le malheur je vous suggere de demander pardon à l'Afric car n[...] Lire
Gilles Kepel est politologue français, spécialiste de l'islam et du monde arabe[...]
Zyed Krichen est le directeur de la rédaction du quotidien tunisien "Le Maghreb".[...]