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22/04/2011 à 16:50
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La compagnie Awoulath Alougbin a composé une chorégraphie inspirées des clichés exposés. La compagnie Awoulath Alougbin a composé une chorégraphie inspirées des clichés exposés. © Antoine Kempé

Jusqu’au 30 juin, la Fondation Zinsou expose les photographies du Français Antoine Tempé sur des conteneurs, en plein cœur de la ville. Et invite des chorégraphes à s’exprimer entre les images.

Immenses, mangés de rouille, crachant leurs vapeurs de dioxyde de carbone, des camions hors d’âge quittent le port de Cotonou en ahanant. Klaxons, coups de frein, les zémidjans [mototaxis, NDLR] zigzaguent entre leurs silhouettes massives qui bouchent parfois certaines artères de la ville. C’est dire si les Béninois sont habitués aux conteneurs qui, déchargés des navires, reposent sur le dos de ces véhicules bringuebalants et font grincer leurs essieux. En revanche, que ces mêmes conteneurs, peints en noir et blanc, soient utilisés pour une exposition en plein air, voilà qui est moins commun !

La Fondation Zinsou avait osé le faire pour fêter le cinquantenaire de l’indépendance du pays, elle recommence cette année pour célébrer la danse. « Dansons maintenant ! », c’est le titre de l’exposition de plein air consacrée au photographe français Antoine Tempé, inaugurée en musique début avril et ouverte jusqu’au 30 juin 2011. À deux pas du ministère de la Défense et trois de la présidence béninoise, une vingtaine de conteneurs ont été installés, après force palabres, sur le Champ de foire, au cœur de Cotonou. Climatisés pour l’occasion, ils sont désormais dotés d’une porte et agrémentés d’un dispositif de projection vidéo. Chaque fois, le film diffusé à l’intérieur offre une réponse à une question : Qui est Pina Bausch ? Qui est Sylvie Guillem ? Qu’est-ce que la danse classique ? Qu’est-ce que la danse contemporaine ? En cela, la Fondation Zinsou reste fidèle à ce qui constitue le principal axe de sa politique d’expositions depuis sa création, il y a six ans : la pédagogie. Un choix qui se justifie, car tant en Europe qu’en Afrique, si l’art contemporain est mal aimé, c’est parce qu’il est méconnu et mal connu. Devant l’un des conteneurs, en lettres roses, cette question : Qui est Antoine Tempé ? Une partie de la réponse se trouve là, exposée au soleil. Trente-sept photographies tirées en grand format sur des bâches, en noir et blanc ou en couleur, présentent des danseurs saisis en plein mouvement. Il y a là le Congolais Faustin Linyekula, l’Haïtienne Kettly Noël, le Burkinabè Lacina Coulibaly, la Française Julie Dossavi, l’Américain Jeffrey McLamb, le Sénégalais Pape Ibrahima Ndiaye, la Sud-Africaine Nelisiwe Xaba et bien d’autres. Corps en position d’équilibre précaire, suspendus en l’air, visages libérés par l’effort, Antoine Tempé s’intéresse depuis une dizaine d’années aux danseurs africains et africains-américains.

Gratuit

Cela n’a pas toujours été le cas : autrefois, s’il pratiquait la danse comme loisir – et il le fait toujours, dix heures par semaine quand il le peut –, il travaillait dans la finance, à New York. Puis il a eu « envie de s’exprimer artistiquement ». Il a quitté son boulot et choisi de voyager en Afrique : « En 1997, je me suis rendu à Ouagadougou simplement parce que je connaissais ce nom depuis mes 5 ans. » Depuis, il passe 70 % de son temps sur le continent, où il a rencontré de nombreux danseurs. Et il est devenu photographe. Immobiliser le mouvement sur papier glacé, un paradoxe ? « Je cherche à attraper ce dont on n’a pas conscience, ce qui est trop fugace, dit-il. Ce qui est génial, c’est quand les gens se reconnaissent dans une position où il leur serait impossible de se voir ! » Saisir l’éphémère, exposer le mouvement : pendant toute la durée de « Dansons maintenant ! », des compagnies de danse présenteront leurs chorégraphies sur le Champ de foire, entre les conteneurs et devant les œuvres d’Antoine Tempé. C’est beau et, en plus, c’est gratuit. 

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Par Nicolas Michel, envoyé spécial au Bénin

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