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21/04/2011 à 12h:45
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Un rebelle à Ajdabiya mercredi. Un rebelle à Ajdabiya mercredi. © AP

Composé de trente et un membres, le Conseil national de transition rassemble des personnalités diverses venues de tous horizons. Parmi elles, des membres de la société civile, mais aussi d’anciens dignitaires de la Jamahiriya qui ont fait défection.

Certains ne sont que des noms, d’autres ont des visages. Certains ont des titres précis, d’autres n’en ont pas. Bientôt deux mois après sa mise en place, le Conseil national de transition (CNT), composé de trente et un membres, dont plusieurs anonymes, n’en finit pas de fixer ses contours. Né en février à Benghazi dans l’euphorie des prémices de la révolution, il s’est organisé au jour le jour. Le 1er avril, il annonçait la signature d’un accord avec Doha, Qatar Petroleum s’étant engagé à vendre le brut en provenance des zones « libérées » – notamment le terminal de Tobrouk – pour le compte du CNT, qui ne dispose pas encore des moyens juridiques pour le faire. À terme, ce dernier prévoit de créer une société pétrolière. Il a aussi désigné un gouverneur à la Banque centrale et, dans les prochains jours, devrait officialiser le rôle de certains de ses ambassadeurs, dont le travail est pour le moment informel. Un projet de Constitution est également en cours.

Sur son site internet – qui affiche le drapeau rouge, noir, vert, en vigueur avant le coup d’État de 1969 –, le CNT explique sa mission : conduire la Libye à des élections libres et la doter d’une Constitution une fois libérée du « régime d’oppression » de Kaddafi. En clair, le CNT entend préparer l’avenir et proposer une alternative au « Guide ». Mais pour gagner le soutien des Libyens comme de la communauté internationale, il doit être plus qu’une coquille vide. Il lui faut poser des actes, contrôler les leviers de gestion du pays, détenir la réalité du pouvoir.

Pourtant, le CNT récuse l’appellation de « gouvernement ». Il craint d’entériner ainsi la partition du pays entre l’Est « libéré » et l’Ouest encore sous le joug du « Guide ». « Le CNT n’a pas de fonction exécutive, il est composé de notables, de sages, explique Salah Zarem, ambassadeur de Libye en France, qui s’est rangé du côté de la révolution après avoir démissionné, le 25 février. Il joue presque le rôle d’un Parlement. » Composé d’avocats – Abdelhafez Ghoga, son porte-parole et ancien président de l’association des avocats, ou Salwa Boughaghis, ancienne étudiante à la Sorbonne et unique femme du Conseil –, d’anciens dignitaires et de chefs locaux, le CNT rassemble des profils divers et originaires de tout le territoire. Certains fréquentent le palais de justice de Benghazi, où le CNT a établi son siège. D’autres restent dans l’Ouest et gardent l’anonymat pour des raisons de sécurité.

Pour contourner le dilemme – éviter la partition de fait avec un gouvernement tout en répondant aux impératifs de gestion –, le CNT a créé un Comité de gestion de la crise, qui se veut absolument provisoire. « Il regroupe des techniciens », précise Salah Zarem. Mustapha Abdeljalil, président du CNT, est aussi le secrétaire de cette structure parallèle. Malgré ses airs timides, ce juge de 58 ans incarne le sage. Il tient son aura de sa démission, le 21 février, de son poste de ministre de la Justice. Premier membre du gouvernement à avoir abandonné ses fonctions, il s’était auparavant plusieurs fois opposé à Kaddafi.

VRP de la révolution

Un compagnon d’armes du « Guide » lors du coup d’État contre le roi Idris Ier, en 1969, campe le rôle de ministre de la Défense : Omar el-Hariri, 67 ans. Originaire de l’Ouest, ce général tire sa légitimité de l’organisation d’un complot contre Kaddafi, en 1975, qui lui valut une condamnation à mort, commuée en 1990 en résidence surveillée. Il doit composer avec le chef militaire des combattants, Abdelfettah Younes, ex-ministre de l’Intérieur.

Au sein du Comité de gestion de la crise, les Affaires étrangères reviennent à Ali Aïssaoui. Ancien ministre de l’Économie, il était ambassadeur en Inde jusqu’à sa démission, le 21 février. Auparavant, il avait déjà tenté par deux fois de quitter ses fonctions, en vain. Il joue les VRP de la révolution en Occident. Le 4 avril, il a obtenu du ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini, la reconnaissance du CNT comme « seul interlocuteur politique légitime représentant la Libye ». Le 10 mars, il quittait l’Élysée après avoir reçu un engagement identique de Nicolas Sarkozy. À ses côtés, ce jour-là, un autre membre du CNT, Mohamed Jibril, ancien directeur du Conseil national pour le développement économique, destiné à encourager les investissements. Un « réformateur », selon un câble diplomatique révélé par le site WikiLeaks.

Nerf de cette guerre menée sur le plan politique, le pétrole est entre les mains d’un autre économiste : Ali Tarhouni. Il y a deux mois, ce sexagénaire moustachu enseignait la microéconomie à l’Université de Washington, à Seattle, aux États-Unis. Militant démocrate, dans les années 1980, il figurait sur une liste d’hommes à abattre. Il avait quitté la Libye en 1973 sans jamais, cependant, rompre les liens avec l’opposition. Il a rejoint son pays et le camp révolutionnaire le 27 février. Certains de ses étudiants, cités dans un article du journal en ligne Huffington Post, le décrivent comme « brillant » et soulignent ses manières « informelles ».

De retour de Benghazi, plusieurs sources relèvent le manque de charisme des membres du CNT et l’absence d’une figure rassembleuse incarnant la révolution. Mais dans un pays où charisme et rassemblement riment avec autocratie, ce n’est peut-être pas un mal. 

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