Extension Factory Builder
11/04/2011 à 18:29
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Les généraux Ashfaq Kayani et Ahmed Shuja Pasha, les patrons de l'armée pakistanaise et de l'ISI. Les généraux Ashfaq Kayani et Ahmed Shuja Pasha, les patrons de l'armée pakistanaise et de l'ISI. © Sipa

Entre les services de renseignements américain et pakistanais, ce n’est plus l’accord parfait. Pour lutter contre Al-Qaïda et les talibans, la CIA ne peut pas se passer de l’ISI. Celui-ci le sait et en profite pour affirmer son indépendance.

À l’ambassade américaine, à Islamabad, de terribles souvenirs hantent encore les esprits. Les fonctionnaires frémissent à la seule évocation de l’incendie de leurs locaux, en 1979, par des extrémistes musulmans. Une fausse information imputant aux Américains le bombardement de La Mecque avait mis le feu aux poudres. Les personnels n’avaient survécu qu’en s’enfermant dans un coffre-fort !

Fin janvier, l’arrestation de l’agent de la CIA Raymond Davis pour le meurtre de deux jeunes Pakistanais qu’il accusait d’avoir tenté de le détrousser (il a finalement été libéré le 16 mars) a ravivé ces peurs, dans un contexte d’antiaméricanisme croissant. Et aggravé les divisions entre la centrale de renseignements américaine et son alter ego pakistanais, l’Inter-Services Intelligence (ISI).

L’ISI, c’est « l’État profond » (comme l’on dit en Turquie). Aucun civil n’a jamais pu mettre le nez dans ses affaires. À ses débuts, il avait noué des alliances avec divers groupes islamistes armés, avant de se résoudre à coopérer avec la CIA. D’abord pendant la guerre d’Afgha­ni­stan, dans les années 1980 ; puis, après les attentats du 11 Septembre, dans la traque des djihadistes d’Al-Qaïda. À Washington, cette collaboration est jugée indispensable à la lutte contre les talibans. « En dépit de quelques problèmes, nous travaillons ensemble depuis des années. C’est bien la preuve d’un excellent partenariat », estime George Little, un ancien de la CIA. Les frappes de drones dans l’ouest du pays sont jugées d’une importance stratégique capitale. Or elles ne peuvent avoir lieu sans l’aval d’Islamabad. Cela signifie que les Américains dépendent plus que jamais des Pakistanais – et de leurs agents secrets.

Pied d’égalité. L’affaire Davis a éveillé des suspicions quant au nombre d’agents américains présents au Pakistan. Selon l’armée, l’espion arrêté en contrôlait à lui seul au moins trois mille. Des négociations à ce sujet ont eu lieu entre Leon Panetta, le patron de la CIA, et le général Ahmed Shuja Pasha, celui de l’ISI, preuve que les deux centrales traitent désormais sur un pied d’égalité. Et donc, que la seconde a accru son autonomie. Du côté des services du frère ennemi indien, ces tensions ne sont pas une surprise. À les en croire, l’ISI s’est, ces dernières années, rapproché des Chinois, tandis que ses liens avec les Américains se sont distendus.

Fondé dans la foulée de la création du Pakistan, en 1947, par un officier britannique, le Major General R. Cawthome, l’ISI est aujourd’hui un État dans l’État et étend ses tentacules dans tous les secteurs de la société. Ses compétences couvrent le renseignement aussi bien intérieur qu’extérieur. C’est l’instrument privilégié de la domination de l’armée sur le pays.

Ses services n’hésitent pas à réprimer la population, en particulier dans la province rebelle du Baloutchistan (Sud-Ouest). Depuis des années, les associations des droits de l’homme accusent les forces armées de pratiquer la torture et les exécutions sommaires. L’ISI entretient un tel climat de crainte que les politiques préfèrent en parler sur un ton très modéré. Et les journalistes, par crainte de représailles, évitent de s’intéresser de trop près à ses activités.

Qui dit mieux ? Au siège du service, dans le quartier d’Aabpara, à Islamabad, les fonctionnaires les plus âgés jugent que l’ISI ne ressemble à aucun autre service de ce type. Et qu’il est vital pour la défense du Pakistan, en particulier contre l’Inde. « C’est notre première ligne de défense contre toute menace extérieure », estime l’un d’eux. « Au cours des dix dernières années, renchérit un autre, nous avons collaboré avec 50 services à travers le monde. Nous avons participé à l’arrestation de plus de 700 membres d’Al-Qaïda, dont Khalid Cheikh Mohammed, l’un des organisateurs des attentats du 11 Septembre, et de plus de 600 talibans. Quelle organisation est aussi efficace ? » 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

International

Aqpa - Yémen : 205 attaques, dont celle de 'Charlie Hebdo', en seulement trois mois

Aqpa - Yémen : 205 attaques, dont celle de "Charlie Hebdo", en seulement trois mois

Comme une ONG sérieuse, Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa) a publié un rapport trimestriel de ses activités, incluant notamment l'attaque en France contre le journal "Charlie Hebdo&q[...]

France : le corps d'Hervé Gourdel, décapité en Algérie, rapatrié à Paris

Le corps du Français Hervé Gourdel, enlevé puis décapité en septembre par des jihadistes algériens, a été rapatrié en France, onze jours après sa[...]

Daesh : revers à Kobané, coup d'arrêt à l'expansion jihadiste en Syrie

Après quatre mois de violents combats, l'État islamique (EI) a été chassé de la ville syrienne de Kobané par les forces kurdes. C'est la plus importante défaite du groupe jihadiste[...]

"Danser les ombres" de Laurent Gaudé : Haïti entre la vie et la mort

L'histoire du dernier roman de Laurent Gaudé, "Danser les ombres", se situe à Haïti, au moment du tremblement de terre de janvier 2010.[...]

Jean-Damascène Habarurema, marathonien philosophe, entre la France et le Rwanda

Rescapé du génocide, ce Rwandais court le marathon pour la France et travaille sur une thèse de philosophie.[...]

Syrie : Daesh revendique l'assassinat d'un otage japonais

Le groupe Etat islamique a revendiqué dimanche l'exécution d'un otage nippon, réclamant que soit relâchée une jihadiste en échange de la libération du deuxième Japonais aux[...]

Théâtre : la misère affective du déraciné par Elise Chatauret

Dans Nous ne sommes pas seuls au monde, l'auteure et metteuse en scène Élise Chatauret évoque le déracinement affectif d'un exilé africain.[...]

Le corps du Français Hervé Gourdel, décapité en Algérie, sera rapatrié lundi

Le corps du touriste français Hervé Gourdel, enlevé puis décapité fin septembre par des jihadistes algériens, doit être transféré lundi vers la France, douze jours[...]

France : presque autant d'actes antimusulmans depuis le 7 janvier que pour toute l'année 2014

Avec 128 faits recensés en deux semaines, les actes antimusulmans sont presque aussi nombreux depuis l'attentat contre Charlie Hebdo que pour toute l'année 2014.[...]

La guerre du sacré n'aura pas lieu

Dans les banlieues françaises ou à Casablanca, au Caire, à Islamabad ou à Tataouine, Charlie Hebdo n'a pas bonne presse. À cause, bien sûr, des caricatures du prophète[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Purging www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2621p076.xml0 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2621p076.xml0 from 172.16.0.100