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11/04/2011 à 11:26
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Joseph Kabila (2e à g.) et Faustin Munene (à dr.) en août 1998, à Matadi. Joseph Kabila (2e à g.) et Faustin Munene (à dr.) en août 1998, à Matadi. © Issouf Sanogo/AFP

Le 25 mars, la RD Congo a rappelé son ambassadeur en poste de l’autre côté du fleuve. À l’origine de la brouille : le général Munene, dont le président Kabila réclame l’extradition.

Esther Kirongozi n’a pas eu le temps de préparer ses valises. Rappelée de son poste d’ambassadeur à Brazzaville le 25 mars, elle a gagné Kinshasa dès le lendemain. Vite dit, vite fait. Mais les raisons de cette décision n’ont pas été données par le ministère des Affaires étrangères de la RD Congo. Sous le couvert de l’anonymat, à Kinshasa, un officiel lève un peu le voile en parlant de l’« inefficacité de l’ambassadeur qui ne voyait rien, n’entendait rien alors qu’il se passe des choses à Brazzaville ». Un autre affirme qu’il s’agit plutôt d’une « question de réajustement, car certaines situations exigent un profil précis plutôt qu’un autre ».

En réalité, malgré les signes d’apaisement qui viennent des deux rives du fleuve Congo, les violons sont loin de s’accorder entre Kinshasa et Brazzaville. Depuis plusieurs mois, le feu couve sous la cendre. D’un côté, la RD Congo, qui se plaint de la présence, chez son voisin, d’éléments qui menaceraient sa sécurité. De l’autre, Brazzaville, qui s’agace d’être toujours pointé du doigt chaque fois que Kinshasa est en difficulté.

Au cœur du contentieux, deux noms : Faustin Munene et Lebese Mangbama, dit Odjani. Le premier est un général de l’armée de RD Congo à la retraite. Le second est le chef d’un mouvement insurrectionnel qui a vu le jour dans la région de Dongo (province de l’Équateur), en 2009. Les deux ont en commun d’avoir été arrêtés sur le territoire du Congo-Brazzaville, en janvier dernier pour Munene et en mai 2010 pour Odjani. Kinshasa les accuse d’avoir monté des groupes armés en vue de déstabiliser le pays.

Le général Munene serait ainsi à l’origine de l’attaque manquée du 27 février, qui visait, notamment, l’une des résidences du président Kabila. Des actions commanditées, dit-on à Kinshasa, par Honoré Ngbanda, ex-conseiller du maréchal Mobutu « que l’on voit beaucoup à Brazzaville ». À l’issue du procès de ses présumés complices dans deux autres affaires, le général Munene a déjà été condamné à la prison à vie par contumace. Les faits qui sont reprochés à Odjani remontent, eux, à 2009, mais il n’a pas encore été jugé.

Les deux hommes sont actuellement détenus dans les locaux de la Direction générale de la surveillance du territoire, à Brazzaville. Kinshasa, qui enrage de les voir « traités comme des invités d’honneur », réclame leur extradition.

De l’eau dans son vin. Dans un premier temps, Brazzaville a dit non. Mais le 9 mars, lors de la réunion de la commission mixte entre les deux pays, le Congo-Brazzaville met de l’eau dans son vin et conseille à son voisin de lui adresser une demande d’extradition conforme à la convention judiciaire existant entre les deux capitales. Cela a été fait pendant le week-end du 26 mars, par le biais de l’ambassade du Congo à Kinshasa, selon un membre des services de renseignements de la RD Congo. Entre-temps, dans un entretien accordé à Jeune Afrique, le président Denis Sassou Nguesso a exprimé son opposition à toute extradition de Munene et d’Odjani, en évoquant le précédent Mulele, qui remonte à 1968.

À Kinshasa, on s’étrangle d’indignation, à l’instar de ce haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur : « Au moment où nous faisons ce qu’ils nous demandent, ils ont déjà une position officielle réticente et rendue publique. Nous doutons de leur sincérité. Chez nous, il y a un moratoire sur la peine de mort. »

« Petit malentendu ». L’autre point de friction concerne la présence à Brazzaville d’anciens membres des Forces armées zaïroises (FAZ), de quelques éléments de l’armée actuelle et de rescapés de l’ancienne garde de Jean-Pierre Bemba. Kinshasa estime qu’ils représentent un danger et souhaite qu’ils soient installés ailleurs. Brazzaville prend cela en compte. « Des ex-FAZ, il ne reste pas grand-chose, explique un ancien du renseignement militaire réfugié à Brazzaville. Beaucoup ont été rapatriés en 2004-2005. Certains ont été réinstallés ailleurs. En tout, on parle d’une trentaine de personnes. » Ces hommes se sont engagés à renoncer au métier des armes pour bénéficier de la protection internationale. « Nous vivons dans la précarité la plus abjecte, raconte un ancien major. Sans droits, sans moyens, nos familles se disloquent et nos filles se prostituent. Nous sommes condamnés à faire n’importe quoi : ouverture de cabines téléphoniques, recharge de téléphones mobiles, ouvriers, pousseurs de chariots… »

Jusqu’où ira cette crise ? Raymond Zéphirin Mboulou, ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation du Congo-Brazzaville, joue l’apaisement. « C’est un petit malentendu, dit-il. Entre les deux pays, il ne peut y avoir de problèmes insolubles. Les mêmes peuples vivent de chaque côté de la frontière. Nous avons discuté à Kinshasa, nous trouverons un terrain d’entente. » Son compatriote Jérôme Ollandet, ambassadeur itinérant, qui vient de publier un livre intitulé Les Relations entre les deux Congo. Évolution et dynamique interne (L’Harmattan), se montre également optimiste : « Ce sont des peuples devenus adversaires sans se transformer en ennemis. Les réconciliations ont toujours été spectaculaires et inattendues. » 

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