30/03/2011 à 17h:40 Par Théophile Kouamouo,
 à Abidjan
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Charles Blé Goudé et le général Mangou face aux jeunes enrôlés, à Abidjan. Charles Blé Goudé et le général Mangou face aux jeunes enrôlés, à Abidjan. © AFP

Comme en 2002 après la tentative de putsch, le camp de Laurent Gbagbo appelle, depuis le 19 mars, les civils à s’engager dans l’armée ivoirienne. Plusieurs milliers de jeunes ont déjà répondu à l'appel. Quelles sont leurs motivations ?

Dans la cour arrière de l’hôtel communal de Cocody, le 19 mars à Abidjan, des centaines de jeunes, en rangs serrés, se font enrôler par des agents qui écrivent leurs noms sur de gros registres. Pour tester leur endurance, des instructeurs militaires en civil leur font faire des pompes, avancer en position accroupie sur plusieurs mètres, tout en entonnant des chants martiaux. En deux jours, près de 5 000 personnes auraient été recrutées dans la commune de Cocody.

À l’origine de cette mobilisation, l’appel de Charles Blé Goudé, ministre de la Jeunesse de Laurent Gbagbo et chef des Jeunes patriotes, à rejoindre massivement les rangs des Forces de défense et de sécurité (FDS). Depuis, l’opération est pilotée à la fois par l’état-major, avec à sa tête le général Philippe Mangou, et par Blé Goudé lui-même.

« Ils viennent pour libérer le pays, affirme François Boua, coordinateur du centre d’enrôlement. Ce sont en majorité de jeunes hommes, désœuvrés et étudiants. Il y a aussi des hommes et des femmes plus âgés qui ne veulent pas devenir militaires de carrière, mais qui désirent se rendre utiles. » Quelles sont leurs motivations ? Elles sont d’abord politiques, puisque ce sont des inconditionnels de Laurent Gbagbo, qu’ils tiennent pour la victime d’un « complot international ». Elles sont aussi liées au climat de violence qui s’est emparé du pays depuis plus de trois mois. Parce qu’ils s’estiment ciblés par l’adversaire et ont le sentiment d’être « assiégés », ils sont prêts à prendre les armes.

Ainsi, des habitants des villages lagunaires ébriés, attaqués ou menacés par le « commando invisible » pro-Ouattara, sont nombreux à vouloir se battre. « Respectez Yopougon de Gbagbo ! » chantent les volontaires de la plus grande commune d’Abidjan, dont de nombreux résidents s’opposent désormais, de manière viscérale, à Abobo, fief d’Alassane Ouattara et surnommé ici Bagdad City.

Plusieurs jeunes voient également dans cette conscription une opportunité. Les 3 000 soldats recrutés en 2002, après le déclenchement de la rébellion – et déjà à l’appel de Charles Blé Goudé –, portent actuellement le kaki. Cette fois, Laurent Gbagbo compte embaucher plus : des sources officieuses évoquent une première sélection de 20 000 personnes à Abidjan, et peut-être plus par la suite. Une chose est sûre : avec le renforcement de ses troupes, le camp Gbagbo se prépare à une guerre totale.

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