Extension Factory Builder
08/04/2011 à 15:46
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Le pateur Mulunda s'est fait connaître en lançant, en 2005, un programme de récupération d'armes Le pateur Mulunda s'est fait connaître en lançant, en 2005, un programme de récupération d'armes © Reuters

À peine nommé, déjà controversé. Le pasteur Daniel Ngoy Mulunda est un proche du chef de l’État. Il a pris la tête, en février, de la commission électorale.

S’il y a une chose dont le pasteur Daniel Ngoy Mulunda ne se cache pas, c’est qu’il aime l’argent. Début février, il a été nommé à la tête de la Commission électorale, mais, adolescent, il s’imaginait en militaire. À l’époque, racontera-t-il plus tard dans une interview à l’hebdomadaire congolais Le Soft, « les officiers menaient grand train », et il rêvait « de devenir comme eux ». Quand un pasteur, qu’il consulte avant de passer son examen du baccalauréat, lui promet un avenir dans la prêtrise, il renâcle. Il veut « rouler carrosse », comme les généraux.

Cependant, le message qu’il dit recevoir du ciel ce jour-là le rassure : « Toi, je fais de toi un pasteur. Je vais t’élever, tu verras toutes les nations, tu mangeras avec tous les grands de ce monde aussi longtemps que tu seras mon ministre. » Daniel Ngoy Mulunda promet qu’il servira Dieu. En attendant, il quitte Lubumbashi, où il est né à la toute fin des années 1950, et part étudier l’informatique à Kinshasa, avant d’entrer chez General Motors. Il faudra qu’un missionnaire américain lui ­assure qu’il aurait le même salaire s’il venait servir l’Église pour le convaincre d’entrer à la faculté de théologie de l’Université protestante.

Conseiller spirituel

Il n’aura pas le temps de terminer ses études. Dynamique, doté d’un excellent entregent, il se voit confier par la Conférence des Églises de toute l’Afrique (Ceta) l’organisation d’une réunion à Dakar. « Son talent a dépassé toutes les attentes », s’enthousiasme dans une brève biographie la Ceta, qui décide alors de lui donner la direction du bureau chargé de la jeunesse, à Lomé. Il y restera cinq ans, jusqu’en 1993. La Ceta, présidée par le Sud-­Africain Desmond Tutu, lui offre ensuite la possibilité d’approfondir ses études. Il part aux États-Unis et en revient avec deux masters, dont un en « paix et résolution des conflits ». Il prend alors la direction du bureau des affaires internationales de la Ceta, puis le poste de secrétaire exécutif pendant quatorze ans.

En 1997, Desmond Tutu lui ­demande de préparer un mémo pour Nelson Mandela sur la situation au Zaïre, afin de préparer la réunion de la dernière chance entre Mobutu et Laurent-­Désiré Kabila. Ce sera pour lui l’occasion d’entrer en contact avec le Mzee, qu’il reverra ensuite à plusieurs reprises. Ils sont originaires de la même province – le Katanga – et se découvriront plus tard lointainement apparentés.

Mais c’est avec Joseph, le fils de Laurent-Désiré, que le pasteur Mulunda s’investit en politique. Membre fondateur du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), il fait campagne pour le jeune Kabila en 2006, se présentant comme son conseiller spirituel. Très vite cependant, il se détachera du PPRD pour se consacrer à son Église et à son ONG, le Programme œcuménique de paix, transformation des conflits et réconciliation (Parec).

Controversée, cette ONG lance en 2005 un premier programme de récupération des armes dans le Nord-­Katanga. Elle offre alors des vélos et reçoit en échange environ 10 000 armes et matériels militaires divers. Mulunda récidive en 2009 à Kinshasa et, cette fois, c’est 100 dollars pour un fusil. Il revendique la récupération de 12 000 armes. L’opération suivante est lancée dans l’Est de la RDC en 2010, avec une récompense de 50 dollars. Où le pasteur trouve-t-il cet argent ? D’abord dans la poche du ­président Kabila, qui lui a octroyé un don de 100 000 dollars. D’autres Katangais, dont l’actuel gouverneur de la province, Moïse Katumbi, apportent leur contribution.

Soupçons de trafic

Les opérations du Parec, qui se déroulent en marge du programme national de désarmement, sont très médiatisées et suscitent de nombreuses critiques. Des soupçons pèsent sur les trafics qui permettraient à des militaires de vendre leurs armes contre 100 dollars puis de les récupérer ensuite. Plus polémique encore, le sort de quelques centaines de soldats des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Selon l’ONU, une partie des hommes rapatriés par le Parec au Rwanda se sont révélés être des Congolais. Quant aux quelque 300 Congolais regroupés dans un camp du Katanga, ils n’ont reçu aucun soutien et auraient fini par retourner dans le Nord-Kivu. L’ONG n’en continue pas moins ses opérations dans l’Est, avec la protection de la garde républicaine.

En septembre, aux premières rumeurs concernant son accession à la ­présidence de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), la suspicion a pesé sur l’indépendance de l’institution. Depuis sa nomination, le pasteur Ngoy Mulunda s’entretient régulièrement avec Kabila, mais revendique son impartialité et demande à être jugé sur les actes.

Jovial, cet homme tout en rondeur prend son rôle à cœur, s’exprimant beaucoup, avec une forte tendance à personnaliser l’institution. « Il est incontrôlable et versatile. Il est matérialiste et a peu de principes. Aujourd’hui il est avec Kabila, mais rien ne dit que demain… », analyse un opposant. À 52 ans, l’homme a aussi envie de peaufiner une image de faiseur de paix. « Il a une haute idée de lui-même, il pourrait sortir grandi d’une élection réussie », insiste un autre ténor de l’opposition. Quant à Étienne Tshisekedi, candidat à la présidentielle, il a publiquement affirmé lui accorder sa confiance.

En réunion depuis le 24 mars à Lubumbashi, les membres de la Commission vont élaborer leur programme de travail et très vraisemblablement décider d’un calendrier électoral. Une première occasion de voir comment travaillera cette équipe qui, sous l’égide du pasteur, aura la lourde charge d’organiser les prochains scrutins, dont la présidentielle qui devrait se tenir avant la fin de 2011. 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

RD Congo

RDC : Patrice Carteron rempile avec le TP Mazembe

RDC : Patrice Carteron rempile avec le TP Mazembe

En fin de contrat avec le TP Mazembe, Patrice Carteron va finalement prolonger son aventure à la tête des Corbeaux. Avec comme objectif principal la reconquête de la Ligue des Champions.[...]

RDC : deux morts à Beni, les tueries se poursuivent

Depuis octobre, plus de 350 personnes ont été tuées à Beni, dans l'est de la RDC. Dans le même territoire, une nouvelle embuscade attribuée aux ADF a fait jeudi deux morts.[...]

CPI : le procès de Jean-Pierre Bemba s'ouvrira le 29 septembre

La Cour pénale internationale a annoncé vendredi que le procès du Congolais Jean-Pierre Bemba s'ouvrirait le 29 septembre.[...]

RDC : l'UDPS favorable au dialogue proposé par Kabila

L'UDPS, formation d'opposition très affaiblie, estime que le dialogue avec l'administration Kabila "doit mener à de bonnes élections".[...]

Technologies : quand WhatsApp bouscule les codes de la communication politique en Afrique

Lancée depuis bientôt cinq ans, l’application de messagerie internet WhatsApp a conquis les smartphones de millions d’utilisateurs dans le monde. Très utilisé en Afrique, l’outil[...]

C'est du vent !

Les voyages forment tout le monde, quel que soit l'âge de chacun. Il n'y a guère longtemps, je me suis retrouvé dans la capitale - que je préfère ne pas nommer - d'un pays[...]

RDC : pourquoi Kabila veut négocier avec l'opposition

Après avoir dépêché un émissaire - Kalev Mutond, le patron de l'Agence nationale de renseignements - auprès de ses opposants "radicaux" (Vital Kamerhe, les partisans[...]

RDC - Neeskens Kebano : "Je vis ma meilleure saison depuis que je suis professionnel"

Neeskens Kebano, qui a renoncé à la possibilité de jouer en équipe de France pour porter le maillot des Léopards, a été élu Soulier d’Ebène du championnat de[...]

Stromae, griot sarcastique malgré lui

Le chanteur belge Stromae est en tournée africaine. Ecoutées au premier degré ou pastichées, les chansons de son album "Racine carrée" illustrent la politique du continent.[...]

RDC : pourquoi l'hommage de Zoé Kabila aux "kadogo" fait polémique sur Twitter

Le député congolais Zoé Kabila, frère du président de la RDC, a tenu à rendre un hommage samedi sur Twitter aux "kadogos qui ont fait le choix de laisser leurs stylos pour les[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers