07/04/2011 à 12h:05 Par Malika Groga-Bada
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Scène d'émeute, le 11 mars, à proximité de l'université de Ouagadougou. Scène d'émeute, le 11 mars, à proximité de l'université de Ouagadougou. © Ahmed Ouoba/AFP

La mort d’un collégien, en février, a mis le feu aux poudres. Les manifestations se multiplient et les autorités crient à la récupération politique.

Ni le Fespaco, ni la mise à contribution du roi des Mossis – souvent sollicité pour les médiations sensibles – n’auront suffi à calmer les esprits. « Cela a même failli tourner au vinaigre lorsque les étudiants lui ont demandé de ne pas se décrédibiliser en parlant au nom du gouvernement », relate un témoin de la scène. Et quand on sait le prestige dont jouit encore le Mogho Naba, c’est dire à quel point la situation est tendue au pays des Hommes intègres.

Devant l’ampleur des manifestations qui ont secoué le pays après la mort d’un collégien de Koudougou (Centre), les autorités burkinabè crient à la manipulation, tandis que le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP, au pouvoir) a dénoncé dans un communiqué les troubles orchestrés par des « forces occultes ». Un argumentaire qui ne manque pas de faire réagir l’opposition et la société civile, qui fustigent le « manque de clairvoyance » de ceux qui dirigent le pays.

« Quand bien même il y aurait récupération politique, où est le problème ? » ironise Bénéwendé Sankara, président de l’Union pour la ­renaissance/Parti sankariste (Unir/PS). « Quand des policiers tirent à balles réelles sur des jeunes, il faut bien le dénoncer », argumente le principal opposant au président Blaise Compaoré. « C’est toujours la même rengaine, renchérit Tolé Sagnon, secrétaire général de la Confédération générale du travail du Burkina (CGT-B). Chaque fois que les Burkinabè manifestent, on parle de manipulation ou de récupération politique. Les étudiants ne sont-ils pas capables de réfléchir par eux-mêmes ? D’aspirer à la liberté et à la justice ? »

Le point de départ, c’est la mort de Justin Zongo, collégien à Koudougou, le 20 février. Le jeune homme est officiellement décédé d’une méningite, mais pour ses camarades il a succombé aux mauvais traitements que lui ont infligés les forces de police. De Koudougou, les manifestations ont essaimé à Poa, Koupéla, Ouahigouya, Pouytenga, avec pour cibles principales toutes les représentations de l’État. Commissariats et préfectures ont ainsi été saccagés et brûlés. La réponse de la police a été brutale. Bilan : six morts, dont un élève de CE2.

Vie chère et corruption

Depuis, les revendications ont pris une autre dimension. Dans les rues, on entend parler de Blaise Sidiani, d’Émile Zigani, abattus en 1995, de Flavien Nébié, mort en 2000, et même du journaliste Norbert Zongo, décédé dans des circonstances toujours non élucidées. On parle de corruption, de vie chère, de népotisme et de révolutions arabes… « Les étudiants demandent plus de justice et plus de liberté, déclare Mahamadou Fayama de l’Association nationale des étudiants burkinabè. Nous organiserons des marches pacifiques jusqu’à ce que nous soyons écoutés. » Une détermination qui ne semble pas près de s’éteindre. Encore moins maintenant qu’ils ont à leurs côtés la Coalition nationale de lutte contre la vie chère. Au cours d’un grand meeting à la Bourse du travail de Ouagadougou, cette coalition qui regroupe une quarantaine d’associations et d’organisations syndicales a apporté son soutien aux organisations estudiantines et annoncé une grande marche pour le 8 avril.

« Il y a une grave crise de confiance entre les gouvernants et les gouvernés, explique Tolé Sagnon, secrétaire générale de la CGT-B et président de la Coalition. Et la façon dont le gouvernement a géré cette crise n’a rien fait pour arranger les choses. » Pour ne rien arranger, des soldats sont sortis de leur camp dans la nuit du 22 au 23 mars, à Ouagadougou. Ils ont tiré en l’air et pillé des boutiques pour protester contre la condamnation de cinq des leurs dans une affaire de mœurs.

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Burkina Faso

Mali : 25 Burkinabè tués dans un village lors d'affrontements intercommunautaires

Mali : 25 Burkinabè tués dans un village lors d'affrontements intercommunautaires

25 Burkinabè auraient été tués dans un village du Mali, lors d’un conflit intercommunautaire entre Dogons du Mali et peuls originaires du Burkina. L’absence d’administration du c&oci[...]

Mali : transition sous tension après l'agression de Dioncounda Traoré, la Cedeao hausse le ton

L’agression par des manifestants, le lundi 21 mai, à Bamako, du président intérimaire malien Dioncounda Traoré, met à mal l'accord de transition entré en vigueur mardi 22 mai. La[...]

Burkina Faso : Bongnessan Yé "confiant" pour le projet de révision constitutionnelle

Les 28 et 29 mai, le projet de révision constitutionnelle sera examiné par les députés burkinabè.[...]

Au Burkina Faso, l'armée française se fait discrète

Personne ne tient vraiment à parler d'eux, mais cela fait bientôt deux ans que les hommes du Commandement des opérations spéciales françaises ont posé leurs valises dans la capitale du[...]

Développement : l'ONG Save the children dénonce les conditions de vie des enfants sur le continent

Les pires pays au monde pour devenir mère sont africains. C’est la conclusion, accablante, du rapport de l’ONG américaine Save the children : dans les dix dernières places du classement, huit[...]

Force d'intervention au Mali : la Cedeao patiente, pour combien de temps ?

Réunie à Dakar le 3 mai, la Cedeao a fait profil bas. Si elle se dit toujours favorable à l'envoi d'une force d'intervention, elle a précisé que l'opération ne se ferait pas sans le[...]

Présidentielle française : François Hollande vainqueur en Afrique

Comme au premier tour, les électeurs français d’Afrique ont apporté majoritairement leur suffrage à François Hollande le 6 mai 2012. Le candidat socialiste termine en effet en tête[...]

Victoire de Hollande : quand le continent rêve d'enterrer la Françafrique

Comme Nicolas Sarkozy en son temps, François Hollande a promis de mettre fin à la "Françafrique" et d'instaurer des rapports sains entre l'Hexagone et les pays du continent. Ses actes seront-ils[...]

Taïwan - Afrique : à fond la forme

En tournée sur le continent africain mi-avril, le président taïwanais Ma Ying-jeou a fait du foot, des pompes, de la cuisine... Le tout pour ménager ses derniers soutiens face à Pékin.[...]

NTIC : l'enseignement en ligne tisse sa toile

Grâce à des organismes comme l'Agence universitaire de la francophonie, l'Université virtuelle africaine ou l'Université virtuelle de Tunis, la formation à distance connaît un succès[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers