Extension Factory Builder
08/03/2011 à 18:58
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Bernard Kouchner et Louise Mushikiwabo, à Kigali en janvier 2010. Bernard Kouchner et Louise Mushikiwabo, à Kigali en janvier 2010. © AFP

Un peu plus d'un an après le rapprochement franco-rwandais, la nomination du nouveau ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, n'est pas vue d'un bon oeil à Kigali. Où on l'attend de pied ferme...

Si la réconciliation franco-rwandaise, consacrée par la visite de Nicolas Sarkozy à Kigali en février 2010, relève d’une décision présidentielle qui ne sera pas remise en cause, son contenu qualitatif risque de pâtir du grand retour d’Alain Juppé au Quai d’Orsay.

Juppé et le Rwanda, c’est une histoire complexe, conflictuelle et personnelle. Ministre des Affaires étrangères du gouvernement de cohabitation d’Édouard Balladur à l’époque du génocide, sous la présidence de François Mitterrand, il fut l’un des architectes d’une politique très controversée qu’il n’a depuis jamais cessé de défendre. « Les extrémistes se trouvent dans les deux camps », confiait-il à Jeune Afrique en juin 1994, renvoyant dos à dos le Front patriotique rwandais, « qui entend conquérir le pays à tout prix », et l’armée gouvernementale, « qui se livre, directement ou à travers les milices, à un véritable génocide ». À ses yeux, l’ex-président Juvénal Habyarimana, abattu deux mois plus tôt, représentait le « fragile espoir » d’une réconciliation entre « les modérés des deux bords » que le ministre continuait sans ciller, en plein génocide, d’appeler de ses vœux.

Dix-sept ans plus tard, Alain Juppé n’a pas fondamentalement changé de position. À plusieurs reprises, sur son blog, il est intervenu pour défendre la politique rwandaise de la France et le rôle de l’opération Turquoise, qui, assure-t-il, « a permis de sauver des centaines de milliers de vies ». Lorsque, en janvier 2008, l’un de ses successeurs au Quai, Bernard Kouchner, se rend à Kigali et parle de « faute politique » de la France, il réplique en dénonçant « les amalgames de la repentance » et « les compromissions de la realpolitik ». Il y a un an, à la suite de la visite de Sarkozy, Juppé persistait : « Il est utile que la France et le Rwanda dissipent les malentendus et se réconcilient. […] Mais il ne serait pas acceptable de réécrire une autre histoire. »

Alain Juppé n'a jamais varié de position sur le Rwanda.

© AFP

Attendu au tournant

À Kigali, où la lecture des responsabilités françaises dans le génocide est radicalement inverse, Alain Juppé est toujours assimilé aux ennemis du régime actuel. Deux rapports d’enquête rwandais sur les événements de 1994 l’incriminent nommément – avec d’autres – et vont jusqu’à préconiser des poursuites judiciaires à son encontre. On imagine donc que le nouveau titulaire du Quai sera attendu au tournant sur ce dossier sensible – et qu’il ne l’ignore pas.

Interrogée par J.A., Louise Mushikiwabo, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, se dit ainsi « désagréablement surprise » par le retour d’un homme dont les opinions en la matière « n’ont jamais varié ». « Certes, poursuit la ministre, nous faisons la distinction entre la France et son président, d’une part, et Alain Juppé, de l’autre, mais l’annonce de sa nomination nous a réellement refroidis. Compte tenu de son itinéraire rwandais pour le moins contestable, nous attendons de sa part un vrai travail personnel et beaucoup d’efforts. Nous attendons aussi qu’il clarifie sa position. La balle est dans son camp. » Le message est clair.

En attendant, on ne peut que souhaiter bon courage à Laurent Contini, l’ambassadeur de France à Kigali nommé par Kouchner, qui se bat comme un beau diable pour renouer les fils d’une relation sans cesse remise en cause. 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Rwanda

Rwanda : fermeture différée pour le TPIR ?

Rwanda : fermeture différée pour le TPIR ?

Basé à Arusha, en Tanzanie, le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) ne devrait pas fermer ses portes avant août 2015.[...]

Génocide au Rwanda : quel bilan pour le TPIR, vingt ans après sa création ?

Après 20 ans de travail et 61 condamnations, le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) s'apprête à fermer ses portes. Avec un bilan en demi-teinte.[...]

Attentat du 6 avril 1994 au Rwanda : les révélations contradictoires d'Émile Gafirita

Le témoignage de dernière minute que le Rwandais Émile Gafirita – porté disparu depuis le 13 novembre – entendait apporter aux juges français chargés de l'instruction sur[...]

Affaire Gafirita - J. Busingye : "Le gouvernement rwandais fait confiance aux magistrats français"

Kigali nie être impliqué dans l'enlèvement d'Émile Gafirita, témoin de la dernière heure dans l'attentat contre l'avion de l'ancien président rwandais Juvénal Habyarimana,[...]

Rwanda : l'étrange affaire Gafirita

C'est l'histoire d'un ancien sergent qui disait détenir des informations compromettantes pour Kagamé et qui a disparu, le 13 novembre. Enquête sur un dossier plein de contradictions.[...]

Rwanda : des membres des FDLR condamnés à de la prison ferme en Allemagne

Trois Allemands d'origine rwandaise ont été condamnés vendredi à des peines de 4 à 2 ans de prison ferme pour appartenance ou soutien aux rebelles hutu rwandais des FDLR (Forces[...]

Rwanda - Me Cantier : "J'ignore qui a enlevé Émile Gafirita"

Me François Cantier, avocat du Rwandais Émile Gafirita, répond aux questions de "Jeune Afrique" au sujet de l'enlèvement de son client, au Kenya, mi-novembre. L'ancien sous-officier devait[...]

RDC : les premiers combattants FDLR désarmés sont arrivés à Kisangani

Après plusieurs mois de tergiversations, les premiers combattants FDLR ayant déposé les armes sont arrivés jeudi à Kisangani. Au total,  217 personnes, ex-combattants, leurs femmes et[...]

France - Rwanda : Sonia Rolland, Miss et ambassadrice

Dans un documentaire diffusé sur France Ô le 26 novembre, la comédienne franco-rwandaise évoque avec une tendresse teintée d'admiration la résurrection de son pays natal, vingt ans[...]

Rwanda - Affaire Habyarimana : un témoin disparaît au Kenya

Émile Gafirita, ancien militaire de l'armée rwandaise qui doit être entendu par la justice française dans le cadre de l'affaire de l'attentat contre l'avion de l'ancien président, Juvenal[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers