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14/03/2011 à 16:00
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L'incident pourrait être une affaire interne à la garde républicaine. L'incident pourrait être une affaire interne à la garde républicaine. © AFP

Beaucoup de questions sans réponse après ce que le gouvernement congolais a, dans un premier temps, qualifié de "tentative de coup d’État", le 27 février. L’identité même des agresseurs demeure mystérieuse.

Comme tous les dimanches, La Gombe est endormie. Grouillant de piétons affairés et noyé dans la fumée des voitures du lundi au samedi, ce quartier qui regroupe administrations, commerces et belles demeures est quasiment vide. Il est bientôt 13 h 30, ce 27 février. Quelques voitures circulent sur le boulevard central, le « 30-Juin », quand passe le cortège présidentiel au grand complet, avec escorte armée et ambulance. Le chef de l’État, Joseph Kabila Kabange, est, comme souvent, au volant de son véhicule. Peu après, d’autres témoins verront le cortège sur la route de l’aéroport international N’Djili, à la sortie de la ville.

Tout s’accélère vingt minutes plus tard, à La Gombe. Des hommes se présentent devant la première barrière de la garde républicaine (GR) sur un des accès à la résidence présidentielle (voir infographie). Ils sont une trentaine, en civil, bardés de gris-gris et armés de machettes. Ont-ils surpris des gardes somnolents ou occupés à déjeuner ? Les ont-ils fait fuir ? Il semble, selon des témoins indirects, qu’un seul des soldats en faction (ils sont en général une demi-douzaine à cet endroit) ait tenté de les arrêter et qu’il ait été grièvement blessé à coups de machette.

En file indienne, les assaillants se dirigent alors vers la seconde barrière. Cette fois-ci, les gardes se retranchent derrière un poste de garde et ripostent. Des renforts arrivent, de l’intérieur du domaine, les balles fusent. Trois assaillants sont tués, quasiment en face de l’entrée de l’ambassade de Suisse. Pendant une dizaine de minutes, des tirs se poursuivent. Les assaillants sont repoussés, la garde se déploie et les prend en chasse, fouillant au passage les immeubles alentour où certains auraient pu trouver refuge. Selon la version officielle, les assaillants auraient été équipés d’armes lourdes, mais l’hypothèse est encore à confirmer.

Alors que la tension est encore à son comble autour de la présidence, un autre incident est signalé au camp Kokolo. À l’entrée principale de ce vaste terrain militaire, qui abrite des familles entières sur un grand domaine comprenant, entre autres, l’une des plus importantes armureries de la ville, se présente un véhicule 4x4, non immatriculé, suivi d’une camionnette. Un commandant de la GR aurait été parmi eux. La garde patrouillant régulièrement dans le camp, le convoi des deux véhicules a pu entrer sans difficulté. Ils se sont ensuite dirigés vers le dépôt d’armes.

Curieuse réaction

Équipés d’armes à feu et de machettes, ces hommes, dont certains étaient en civil et d’autres en uniforme, ont menacé les soldats gardant le dépôt. Ils auraient même, selon plusieurs témoignages, coupé les mains du militaire qui détenait les clés et refusait d’obtempérer. La police militaire, qui a également une base au sein du camp Kokolo, est intervenue. Après un échange de tirs, faisant des morts et des blessés, quelques assaillants ont pris la fuite.

Selon le ministre de la Communication, Lambert Mende, le chef de l’État, alerté, aurait immédiatement regagné sa résidence, où se trouvaient son épouse et ses enfants. La dernière version officielle explique qu’il avait quitté les lieux pour aller visiter un chantier vers l’aéroport de N’Djili. D’autres sources indiquent que le président, auquel il avait été conseillé de se rendre à Lubumbashi, a effectivement refusé de partir, mais se serait replié sur sa ferme de Kingakati, à une soixantaine de kilomètres de la capitale, et ne serait revenu dans sa résidence que bien plus tard. Il n’a en tout cas pas jugé utile d’apparaître à la télévision pour rassurer les Congolais.

C’est donc le ministre de la Communication qui, deux heures à peine après les premiers coups de feu, expliquait à ses concitoyens sur les antennes de la Radio Télévision nationale congolaise (RTNC), que tout était rentré dans l’ordre, qu’il n’y avait aucune raison de paniquer et que chacun devait vaquer à ses occupations. Curieuse réaction à ce qui, dans un premier temps, a été présenté comme rien de moins qu’une « tentative de coup d’État ». Aucun couvre-feu n’a été décrété, l’incident était officiellement clos. Dans la soirée, la ville bruissait certes de rumeurs, mais présentait son visage habituel, avec à la Cité, dans les quartiers populaires, des rues grouillantes de monde et des terrasses animées.

Le bilan de la journée était de sept morts, dont six parmi les assaillants, et une trentaine d’arrestations. De nombreuses autres interpellations ont eu lieu les jours suivants. Le lundi 28 février, un communiqué du Conseil supérieur de la défense précisait que d’autres lieux, « sièges des autres institutions », étaient visés. L’une de ces cibles serait, selon le ministre Lambert Mende, la RTNC.

Dès le lendemain dans la Cité circulait déjà une appellation pour l’événement : « théâtre à la Nzungu Muanda », en référence à ce sous-lieutenant blessé au pouce qui avait été exhibé, en 1991, à l’issue d’une prétendue tentative de coup d’État contre le maréchal Mobutu. Si certains, notamment dans l’opposition, ont dénoncé très vite une mascarade destinée à justifier des arrestations dans leurs rangs, ils n’excluent pas – comme bon nombre d’analystes – qu’il puisse aussi s’agir d’une affaire interne à la GR.

La GR n’est pas un groupe homogène. En son sein se sont retrouvés des soldats de différents groupes armés, et surtout de différentes origines ethniques­ (ils viennent, pour l’essentiel, du Maniema, du Haut-Katanga et des Kivus). Ces 12 000 hommes ne sont guère mieux lotis que le reste des troupes. Avec des salaires de base autour de 55 000 francs congolais (environ 60 dollars) par mois, ils ont du mal à joindre les deux bouts. Des rancœurs liées à de récents avancements pourraient également avoir poussé un groupe ou un autre à la révolte.

La brève attaque sur l’aéroport de la Luano à Lubumbashi, le 4 février au petit matin, après avoir été aussi qualifiée de « théâtre à la Nzungu Muanda », a également été interprétée comme une affaire interne à la GR.

Pour les événements du dimanche 27 février, la thèse officielle fait état d’une attaque menée par d’« anciens soldats issus d’anciens groupes armés », ce qui laisse un éventail assez large de possibilités. Au lendemain du « coup d’État », des sources gouvernementales pointaient très clairement du doigt Brazzaville, de l’autre côté du fleuve (sans pour l’instant présenter de preuves évidentes), laissant filtrer des informations sur des rebelles enyeles ou des partisans du général Munene.

Brazzaville montré du doigt

Des Enyeles, pêcheurs de l’Équateur, avaient formé un groupe armé et lancé une action d’éclat en prenant en avril 2010 l’aéroport de Mbandaka, et en tenant pendant quelques heures une partie de la ville. Leur chef, Udjani Mangbama Mambenga, est actuellement détenu à Brazzaville. C’est là aussi que se trouve, en résidence étroitement surveillée, le général Faustin Munene, en fuite depuis septembre. Il est accusé d’avoir commandité des opérations de déstabilisation dans la région du Bas-Congo. Les autorités de la RD Congo ont demandé son extradition, ainsi que celle du chef des Enyeles – requêtes auxquelles le Congo-Brazzaville n’a pas donné suite. Des soupçons ont également pesé sur les hommes de Jean-Pierre Bemba, chef du premier parti d’opposition, actuellement jugé pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, sans que là non plus des preuves soient avancées.

Néanmoins, le ministre Lambert Mende se refusait les jours suivants à utiliser à nouveau les termes de « tentative de coup d’État », affirmant que le qualificatif idoine serait « terrorisme », le but des assaillants étant de semer la panique. Quelle que soit la vérité sur cette affaire, la menace la plus réelle dans cette ville pauvre et surpeuplée qu’est Kinshasa est effectivement un mouvement de foule incontrôlé, qui dégénérerait en pillage généralisé. Et qui pourrait partir d’une simple étincelle, allumée à dessein ou non. Le gouvernement ne s’y est pas trompé et, dès le 2 mars, juste après avoir commenté l’attaque du dimanche, il annonçait un volant de mesures… contre la vie chère.

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