11/03/2011 à 17h:35 Par Gaston Kelman
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Frantz Fanon (à g.) et Léopold Sédar Senghor. Frantz Fanon (à g.) et Léopold Sédar Senghor. © D.R.

Le 6 décembre prochain, nous commémorerons le cinquantième anniversaire de la mort de Frantz Fanon. Et quelques jours plus tard, le 20, le dixième anniversaire du décès de Léopold Sédar Senghor. Tout semblait opposer ces deux figures de l’humanisme universel et de l’émancipation du Noir, et pourtant une profonde filiation les relie. Peut-être n’a-t-on pas assez souligné le fait que c’est Senghor qui a permis à Césaire – qui fut l’un des professeurs de Fanon en Martinique – de s’ouvrir à ses origines africaines lorsqu’il le croise dans les couloirs du lycée Louis-le-Grand, à Paris.

L’auteur du Cahier d’un retour au pays natal dira plus tard qu’en rencontrant Senghor il a trouvé l’Afrique et il a perçu, ensuite, d’une nouvelle manière ce continent que l’on voulait sauvage, sans Histoire ni culture. La négritude, premier mouvement intellectuel noir francophone, naîtra de cette rencontre, avec son idée d’unité et d’identité culturelle nègres, véritable révolution en ces temps où l’Antillais était formé à considérer l’Africain comme sauvage, inférieur.

Au-delà de la dimension colorielle

Fanon sera le premier à théoriser la condition noire en France à une époque où, si l’on admettait que le Noir puisse faire œuvre de poésie ou de fiction romanesque, il était mal perçu qu’il s’érigeât en essayiste donneur de leçons. Il dépassera alors le concept de l’unité nègre, pensant qu’il faut aller au-delà de la dimension colorielle pour rétablir l’homme dans des groupes d’appartenance moins passionnels, plus rationnels. Ces groupes sont la nation et l’humanité. Car, disait-il, il n’y a pas de Noir, il n’y a pas de Blanc, il y a l’humain.

Sa vision et celle de Senghor ne sont pas contradictoires, mais s’inscrivent dans une complémentarité contextuelle. Chacun a été révolutionnaire pour son temps. Mais ce qui les réunit profondément, c’est leur humanisme forcené. Dans des circonstances où le cri de haine aurait été légitime, ils n’ont pas sacrifié à la facilité d’un « panégrisme » émotionnel ou d’un racisme à rebours. Senghor revendiquera son métissage, et Fanon sa francité. Ensuite, l’un et l’autre fustigeront cette France qui renie sa tradition humaniste, Senghor en se rebellant contre le massacre de Thiaroye et Fanon en se ralliant à la cause algérienne contre sa « mère » la France.

Ces deux hommes pour lesquels j’ai toujours eu une dévotion quasi filiale ont été souvent incompris – Senghor accusé d’assimilationnisme et Fanon de promouvoir la violence –, c’est avec bonheur, plaisir et frénésie que j’annonce ce double anniversaire bien avant terme, afin que dans les esprits de tous, et plus encore dans ceux des lecteurs de Jeune Afrique, cette année leur soit dédiée.

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