Pas sûr que la majorité et l’opposition parviennent à s’entendre sur la liste électorale avant le premier tour de l’élection présidentielle, prévu pour le 6 mars.
Dire qu’elle était censée garantir la sérénité des scrutins au Bénin… Dans la perspective du premier tour de la présidentielle – prévu pour le 6 mars –, la liste électorale permanente informatisée (Lepi) cristallise les tensions. Dernier rebondissement en date, le député Augustin Ahouanvoébla a déposé, au nom de la coalition d’opposition l’Union fait la nation (Un), un recours devant la Cour constitutionnelle pour « dénoncer la violation des délais légaux » et une liste qui « écarte 1,3 million d’électeurs, en majorité dans les zones qui lui sont traditionnellement acquises ».
« Le recensement a été mal fait, les listes ont été mal faites, c’est une pagaille orchestrée à des fins bien précises, s’indigne le candidat de l’Un, Adrien Houngbédji, l’un des principaux prétendants au fauteuil présidentiel. On va tout droit vers une vacance du pouvoir. » Le 17 février, onze candidats ont demandé, dans un communiqué conjoint, un nouveau report du scrutin.
Toutefois, la Commission politique de supervision (CPS), qui chapeaute l’élaboration de la Lepi, refuse de porter seule la responsabilité de ces dysfonctionnements. Le député Nassirou Bako-Arifari, superviseur général de la CPS, reconnaît que l’indélicatesse de certains agents recenseurs – trop pressés de remballer leur matériel – et des problèmes techniques ont occasionné des retards. Mais il accuse aussi l’opposition d’avoir dissuadé les Béninois de participer au recensement : « au début du processus, il y avait une ambiance de boycott qui a démobilisé les populations », affirme-t-il. Avant de rappeler que, trop souvent, des agents recenseurs ont dû affronter l’hostilité des populations pour mener à bien leur mission… « Chercher à intégrer ces personnes, c’est reprendre tout le processus : cartographie censitaire, recensement et enrôlement sur les listes électorales. Cela représente, au bas mot, deux mois de travail supplémentaires », prévient Nassirou Bako-Arifari.
Sauf que la Lepi a déjà coûté 42 millions de dollars. Que le mandat du président Boni Yayi expire le 6 avril, à peine un mois après la date fixée pour le premier tour. Et qu’en cas de vacance du pouvoir, le président de l’Assemblée nationale, qui prendrait le relais, aurait quarante jours pour conduire l’élection, mais que son mandat expire le 27 avril prochain.

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