24/02/2011 à 17h:41 Par Marianne Meunier, envoyée spéciale
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Dans un studio d'enregistrement radio. Dans un studio d'enregistrement radio. © AFP

Bien implantée à travers le pays, Radio Ndeke Luka fait figure d’exception pour son impartialité, dans un paysage médiatique où les commentaires partisans des journalistes sont fréquents.

À l’heure où Bangui sombre dans le noir (faute d’éclairage public) et où se vident les ministères, les journalistes entrent en effervescence au siège de Radio Ndeke Luka (RNL). Entre 18 et 20 heures, ils parleront de toute la Centrafrique à… toute la Centrafrique. En français mais surtout en sango, la langue véhiculaire.

Chaque jour, pendant trois heures (de 9 à 10 heures et de 18 à 20 heures), RNL émet en ondes courtes sur l’ensemble du territoire. Les auditeurs peuvent l’écouter en FM 24 heures sur 24 à Bangui, Bouar et Bambari. Avec treize correspondants à l’intérieur du pays (pour seize préfectures) en plus des onze journalistes basés à Bangui, elle dispose du réseau le plus dense du pays.

Dans le paysage médiatique centrafricain, Radio Ndeke Luka (« l’oiseau de la chance » en sango) fait aussi figure d’exception pour son impartialité. À l’approche des élections du 23 janvier – présidentielle et législatives –, la grille de programmes spéciale avait mis l’accent sur l’égalité du temps de parole entre candidats quand, dans la presse écrite et sur d’autres ondes, on « roule » pour tel ou tel. Le jour du vote, RNL a diffusé seize heures de programmes en direct. Au lieu de commentaires fantaisistes ou partisans, les journalistes ont livré des informations précises sur les bureaux de vote (affluence, déroulement technique des opérations).

Gage d’indépendance

Son indépendance, RNL la doit à ses origines. Elle est née en mars 2000 d’un partenariat entre le Programme des nations unies pour le développement (Pnud) et Hirondelle, une fondation suisse soutenant des médias d’information dans des pays en guerre ou qui s’en remettent (Radio Okapi en RD Congo notamment). Aujourd’hui, il ne reste plus qu’un lien juridique entre RNL et le Pnud. En revanche, Hirondelle lève son budget (1,3 million d’euros en 2010) auprès de partenaires comme l’Union européenne, l’Organisation internationale de la francophonie, la coopération suisse. Autre gage d’indépendance : la nationalité du directeur, Martin Faye, Sénégalais. « Nous avons besoin d’un expatrié capable de dire non aux hommes politiques », explique Samuel Turpin, directeur de projet à la Fondation Hirondelle. Des salaires confortables – de 350 à 750 euros, pour les cadres – sont également censés inciter les journalistes centrafricains à résister à la corruption.

La classe politique ne s’habitue pas aux principes en vigueur à RNL. La veille du vote, un samedi, raconte Martin Faye, le ministre de la Sécurité, Jules Ouandé, a téléphoné à la radio pour une aimable mise en garde : « Il nous a dit : “À partir de lundi, vous avez intérêt à passer la nuit dans les locaux, car si vous êtes dans les quartiers on va sortir vos cadavres à 4 heures du matin.” » Contacté par Jeune Afrique, le ministre s’en défend : « Je ne peux pas me permettre de prononcer de telles phrases. Je ne suis pas un enfant ! » Et de reprocher à RNL de se comporter en Centrafrique en « terrain conquis ». « Les hommes politiques nous aiment et nous détestent quand ça les arrange », explique Martin Faye.

L’ambivalence permet une relative tranquillité. Mais Martin Faye est prudent. Des réserves alimentaires pour trois jours sont stockées dans les locaux de la radio. Et dans la cour, une petite porte bleue ouvre directement sur les locaux du Pnud pour une évacuation rapide. « Je vérifie régulièrement que ma clé fonctionne toujours », avoue-t-il.

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Par Marianne Meunier, envoyée spéciale à Bangui.

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