Extension Factory Builder
24/02/2011 à 08:45
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Maputo, 2010. Maputo, 2010. © Carlos Litulo

Lauréat du premier concours organisé par l’Union africaine et l’Union européenne, le Mozambicain Carlos Litulo se plaît à saisir les instants fugaces.

Il s’appelle Hilario, c’est un albinos mozambicain. Son compatriote Carlos Litulo l’a saisi dans les airs, au-dessus de son skateboard. L’image est étonnante, à mille lieues des clichés qui s’étalent habituellement dans les journaux dès qu’il s’agit de parler de l’Afrique. Son auteur vient de remporter le premier prix du concours photo organisé par l’Union africaine et l’Union européenne sur le thème « La beauté en Afrique dans tous ses états ». Cette récompense, remise à Addis-Abeba le 30 janvier dernier, couronne une carrière déjà riche pour un jeune photojournaliste de 31 ans.

C’est pourtant vers les poissons et les crustacés que sa carrière aurait dû l’orienter. Convaincu qu’il « est difficile de survivre en Afrique si l’on n’a pas de diplôme », Litulo a d’abord étudié la biologie marine à l’université ­Eduardo-Mondlane de Maputo, ville où il est né en 1979. Très tôt fasciné par les œuvres qu’il pouvait voir dans les musées et les galeries, Litulo a changé de cap en 1999. Une formation de base à la photographie, dispensée par une école sud-africaine au Mozambique, l’a poussé à délaisser la mer pour se consacrer au seul art qui, selon lui, « permet de montrer la réalité sans passer par l’abstraction ».

En 2002, l’occasion se présente d’aller approfondir ses connaissances au Brésil. Après deux années passées à São Paulo, il revient chargé d’images et expose dans les galeries de Maputo. Très vite, il travaille pour différentes organisations humanitaires. « Malheureusement, je n’ai jamais travaillé pour un journal mozambicain, confie-t-il. Il n’y a pas de marché. La publication la plus importante ne paie que 10 dollars la photo, c’est insuffisant pour vivre. » A fortiori pour acheter du matériel de qualité.

Acrobates et jongleurs

Litulo vend donc son talent au British Council, à l’Agence américaine pour le développement international (Usaid), à Médecins sans frontières… Mais il se fait vite remarquer par les plus grands magazines : The Sunday Times, The Guardian, Le Monde, Time Magazine, El País, Stern… Entre 2006 et 2009, il travaille même pour l’Agence France-Presse. Une collaboration qui ne durera pas : « J’ai travaillé trois ans pour eux, et je n’étais payé que 50 dollars pour une image qu’ils pouvaient revendre à leur guise. Et j’utilisais mon propre matériel ; ils ne m’ont jamais fourni ne serait-ce qu’une carte mémoire… » Carlos Litulo, qui a déjà une conscience aiguë de ses intérêts, redevient free-lance et signe avec l’agence américaine Redux.

À Addis-Abeba, il n’est pas surprenant de le retrouver en train de photographier les contorsionnistes, acrobates et jongleurs du Fekat Circus. Partout, Litulo cherche le mouvement. « De cette manière, je peux saisir l’intimité des gens. L’effort libère les traits du visage », dit-il. Et, pour ce grand optimiste, « les images statiques accompagnent souvent des histoires tristes. Elles sont associées à la pauvreté, la misère, la maladie ». Son travail actuel, plus artistique, devrait d’ailleurs déboucher sur une exposition intitulée « Movement in Africa ». Mais ce n’est pas là son seul projet. Il souhaite aussi réaliser deux livres. Le premier sur les mines d’or du Mozambique. Le second sur le Grand Hôtel de Beira, dans la province de Sofala. Partiellement détruit pendant la guerre civile, ce dernier abrite aujourd’hui quelque 3 500 personnes, qui ont réussi à s’adapter à des conditions de vie difficiles… Pour sûr, Carlos Litulo n’en est qu’au début d’une longue carrière.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Mozambique

Élections au Mozambique : des observateurs militaires déployés après des résultats contestés

Élections au Mozambique : des observateurs militaires déployés après des résultats contestés

La prudence est de mise au Mozambique. Le gouvernement a annoncé mercredi que des observateurs militaires étrangers allaient être déployés afin de s'assurer que la période post-éle[...]

Élections au Mozambique : le chef de la Renamo promet qu'il n'aura pas recours à la violence

Afonso Dhlakama, le chef du parti d'opposition Renamo au Mozambique, estime que les élections de mercredi n'ont pas été honnêtes, mais a promis samedi de ne pas recourir à la violence.[...]

Mozambique : la Renamo rejette les résultats partiels des élections présidentielle et législatives

Au vu des résultats très partiels des élections présidentielle et législatives du 15 octobre, la Renamo a annoncé jeudi qu'elle ne reconnaîtrait pas la victoire du candidat du[...]

Mozambique : avec "Txeka", les blogueurs se mobilisent pour la transparence des élections

Mercredi 15 octobre, les électeurs mozambicains se sont rendus aux urnes pour choisir leur président et leurs assemblées nationale et provinciales. Sur l’exemple kényan d’Ushahidi, le[...]

Présidentielle au Mozambique : le candidat du Frelimo, Filipe Nyusi, en tête

Pas de surprise au Mozambique. Après un décompte très partiel, le candidat du pouvoir arrive en tête avec plus de 60% des voix.[...]

Mozambique : la fin du déminage... si loin, si proche

Vingt ans de guerre d’indépendance puis seize ans de guerre civile ont fait du Mozambique l’un des pays les plus minés de la planète. Alors que les élections générales se sont[...]

Présidentielle au Mozambique : et si rien n'était joué d'avance pour le Frelimo ?

Le président Guebuza devra céder sa place à l'issue de l'élection du 15 octobre. Mais la bataille s'annonce serrée pour son dauphin, Filipe Nyusi, et pour le Frelimo, au pouvoir[...]

Sida : démarrage difficile pour l'usine publique d'antirétroviraux au Mozambique

En 2012, les gouvernements mozambicain et brésilien inauguraient en grande pompe la première industrie pharmaceutique publique d’Afrique. Deux ans après, la production de médicaments[...]

Élections au Mozambique : une fin de campagne entre ferveur et suspicions

Quelque 11 millions de Mozambicains sont appelés aux urnes, mercredi, pour les élections présidentielle, législatives et provinciales. En dépit d’un retour spectaculaire d’Afonso[...]

Mode : la Black Fashion Week en 5 coups de coeur

Quoique boudée par l’establishment de la mode, la Black Fashion Week offre un réel espace de visibilité aux stylistes africains. Voici les coups de cœur de "Jeune Afrique", à[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers