Lauréat du premier concours organisé par l’Union africaine et l’Union européenne, le Mozambicain Carlos Litulo se plaît à saisir les instants fugaces.
Il s’appelle Hilario, c’est un albinos mozambicain. Son compatriote Carlos Litulo l’a saisi dans les airs, au-dessus de son skateboard. L’image est étonnante, à mille lieues des clichés qui s’étalent habituellement dans les journaux dès qu’il s’agit de parler de l’Afrique. Son auteur vient de remporter le premier prix du concours photo organisé par l’Union africaine et l’Union européenne sur le thème « La beauté en Afrique dans tous ses états ». Cette récompense, remise à Addis-Abeba le 30 janvier dernier, couronne une carrière déjà riche pour un jeune photojournaliste de 31 ans.
C’est pourtant vers les poissons et les crustacés que sa carrière aurait dû l’orienter. Convaincu qu’il « est difficile de survivre en Afrique si l’on n’a pas de diplôme », Litulo a d’abord étudié la biologie marine à l’université Eduardo-Mondlane de Maputo, ville où il est né en 1979. Très tôt fasciné par les œuvres qu’il pouvait voir dans les musées et les galeries, Litulo a changé de cap en 1999. Une formation de base à la photographie, dispensée par une école sud-africaine au Mozambique, l’a poussé à délaisser la mer pour se consacrer au seul art qui, selon lui, « permet de montrer la réalité sans passer par l’abstraction ».
En 2002, l’occasion se présente d’aller approfondir ses connaissances au Brésil. Après deux années passées à São Paulo, il revient chargé d’images et expose dans les galeries de Maputo. Très vite, il travaille pour différentes organisations humanitaires. « Malheureusement, je n’ai jamais travaillé pour un journal mozambicain, confie-t-il. Il n’y a pas de marché. La publication la plus importante ne paie que 10 dollars la photo, c’est insuffisant pour vivre. » A fortiori pour acheter du matériel de qualité.
Acrobates et jongleurs
Litulo vend donc son talent au British Council, à l’Agence américaine pour le développement international (Usaid), à Médecins sans frontières… Mais il se fait vite remarquer par les plus grands magazines : The Sunday Times, The Guardian, Le Monde, Time Magazine, El País, Stern… Entre 2006 et 2009, il travaille même pour l’Agence France-Presse. Une collaboration qui ne durera pas : « J’ai travaillé trois ans pour eux, et je n’étais payé que 50 dollars pour une image qu’ils pouvaient revendre à leur guise. Et j’utilisais mon propre matériel ; ils ne m’ont jamais fourni ne serait-ce qu’une carte mémoire… » Carlos Litulo, qui a déjà une conscience aiguë de ses intérêts, redevient free-lance et signe avec l’agence américaine Redux.
À Addis-Abeba, il n’est pas surprenant de le retrouver en train de photographier les contorsionnistes, acrobates et jongleurs du Fekat Circus. Partout, Litulo cherche le mouvement. « De cette manière, je peux saisir l’intimité des gens. L’effort libère les traits du visage », dit-il. Et, pour ce grand optimiste, « les images statiques accompagnent souvent des histoires tristes. Elles sont associées à la pauvreté, la misère, la maladie ». Son travail actuel, plus artistique, devrait d’ailleurs déboucher sur une exposition intitulée « Movement in Africa ». Mais ce n’est pas là son seul projet. Il souhaite aussi réaliser deux livres. Le premier sur les mines d’or du Mozambique. Le second sur le Grand Hôtel de Beira, dans la province de Sofala. Partiellement détruit pendant la guerre civile, ce dernier abrite aujourd’hui quelque 3 500 personnes, qui ont réussi à s’adapter à des conditions de vie difficiles… Pour sûr, Carlos Litulo n’en est qu’au début d’une longue carrière.

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