02/02/2011 à 15h:31 Par Patrick Labesse
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Aminatou Goumar et Moussa Ag Keyna du groupe Toumast. Aminatou Goumar et Moussa Ag Keyna du groupe Toumast. © D.R.

Le groupe touareg Toumast et le bluesman malien Sorry Bamba se sont produits à Paris, le 3 février, en ouverture du festival Au fil des voix.

Échappée belle à la rencontre des musiques et chants du monde, le festival Au fil des voix, à Paris, a ouvert sa troisième édition, le 3 février dernier, avec le groupe touareg Toumast – formé, dans les années 1990, autour du guitariste et chanteur Moussa Ag Keyna – et Sorry Bamba, le chanteur malien qui a révélé à l’Occident la musique du peuple dogon. L’un et l’autre ont récemment sorti un album*, traversé chacun d’un souffle puissant et original.

Les musiques dites « du monde » sont souvent portées par des artistes à l’histoire singulière. Celle de Moussa Ag Keyna, racontée à travers ses chansons, mais aussi dans un livre (Toumast, parcours d’un combattant, coécrit avec Maguy Vautier, aux éditions Sahira) et dans un film (Toumast – Entre guitare et kalashnikov, réalisé par Dominique Margot), est à ce titre exemplaire.

Né en 1972 dans un campement situé au nord de la vallée de l’Azawagh, au Niger, Moussa quitte sa terre natale en 1987 pour des camps d’entraînement en Libye, où se prépare la rébellion touarègue. À l’instar de Tinariwen (le groupe qui, au début des années 2000, a révélé en Europe le nouveau son touareg, avec ses guitares électriques revisitant le répertoire traditionnel), Toumast mûrit dans ce milieu d’exilés, luttant pour leur culture et la défense de leur identité. Blessé au combat, Moussa Ag Keyna est évacué en France en 1994, où le rejoint Aminatou Goumar, avec qui, en compagnie de musiciens rencontrés dans l’Hexagone, il relance le groupe.

L’histoire de Sorry Bamba a, elle, commencé quelques années plus tôt. C’est un « papa », un ancien respecté au Mali. C’est lui qui fut, dit-on, le premier à faire jouer sur une scène Ali Farka Touré, alors chauffeur de camion et habile à manier le violon traditionnel. Capable de jouer de différents instruments, Bamba participe à l’effervescence musicale du Mali des indépendances, dirige l’Orchestre régional de Mopti (son lieu de naissance, en 1938), rebaptisé plus tard Kanaga, puis l’Ensemble instrumental traditionnel. Adopté par les Dogons, à qui il rendait visite, enfant, avec son maître marabout, il a été autorisé par ces derniers à reprendre et à adapter leur répertoire très longtemps gardé secret, puis à organiser des sorties de masques sacrés en Europe et au Japon. Au-delà de leur aventure personnelle, Moussa Ag Keyna et Sorry Bamba apparaissent comme deux précieux porteurs de mémoire, des passeurs de vérités.

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