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02/02/2011 à 19h:00
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Les orgies sexuelles de Berlusconi commencent à lui rester en travers de la gorge. Les orgies sexuelles de Berlusconi commencent à lui rester en travers de la gorge. © AFP

Soupçonné d’avoir organisé des soirées très spéciales - et très hot - avec des jeunes femmes peu désintéressées - et pas toujours majeures -, Silvio Berlusconi se défend pied à pied. Mais l’étau judiciaire se resserre.

C’est toujours le même film, avec, dans le rôle principal, un chef de gouvernement sur le retour qui a fâcheusement tendance à faire rimer pouvoir et lupanar. Sauf que, cette fois, le scénario est un peu différent. Et que le finale risque de l’être aussi.

Depuis que la justice italienne a ouvert la boîte de Pandore, que les révélations sur les orgies organisées par Silvio Berlusconi en ses palais se multiplient et que la presse internationale en fait des gorges chaudes, l’affaire prend une tournure carrément embarrassante. D’ordinaire très prudent, le Vatican a choisi de hausser le ton. Il y a d’abord eu, la semaine dernière, un avertissement lancé par le cardinal Angelo Bagnasco, patron de la Conférence épiscopale italienne. Puis, la ferme déclaration de Benoît XVI invitant les institutions italiennes à faire preuve de plus de retenue…

Depuis l’affaire Noemi, cette jeune Napolitaine qui, pour ses 18 ans, s’était vu offrir un collier par le Cavaliere, on entendait moins parler des frasques du chef du gouvernement. Certes, il y avait bien eu, l’an dernier, les confessions de quelques call-girls comme Patrizia D’Addario, mais comparé à ce que les magistrats viennent de découvrir, tout cela fait presque figure de roman à l’eau de rose.

C’est en marge d’une enquête sur Karima El Mahroug, alias Ruby, jeune Marocaine mineure que le Cavaliere avait, semble-t-il, réussi à mettre dans son lit, que les juges milanais ont découvert le pot aux roses. L’acte d’accusation ne compte pas moins de sept cents pages. Les magistrats y évoquent diverses orgies avec de jeunes beautés rabattues par un journaliste, un impresario et une hygiéniste dentaire promue conseillère régionale pour avoir – entre autres – rafistolé la denture de Berlusconi, quelque peu endommagée par un déséquilibré.

Les filles étaient manifestement prêtes à tout. Même à participer au « bunga bunga », sorte de cérémonie païenne au cours de laquelle, déguisées en infirmières ou en policières, elles devaient se livrer à un savant strip-tease, avant de mimer des actes sexuels. La ga­gnante avait l’insigne honneur de passer la nuit avec le sultan. En échange de sa prestation, elle recevait une enveloppe d’un montant compris entre 5 000 et 10 000 euros. Ses collègues malchanceuses devaient se contenter de quelques centaines d’euros.

Proxénétisme et concussion

Plus incroyables encore, les jeunes femmes, pour la plupart repérées dans des émissions de téléréalité ou des concours de beauté, étaient toutes logées, gratuitement bien sûr, dans le même immeuble, situé dans le quartier périphérique Milano 2, construit par Berlusconi dans les années 1980. Malheureusement pour elles, elles en ont été chassées, il y a quelques jours, par la copropriété : elles semaient, paraît-il, « la honte dans l’immeuble ». Ces dames se rendaient aux orgies cavaliéresques à bord de voitures de location, parfois sous escorte policière. « Papounet est notre source de revenus », commente sobrement l’une d’elles, dont le télé­phone portable avait été placé sur écoute par les magistrats.

Forts des preuves recueillies grâce auxdites écoutes et aux auditions de plusieurs jeunes filles, les juges ont réclamé le renvoi de Berlusconi devant la justice. Pour proxénétisme et concussion. Dans la foulée, ils ont demandé au Parlement l’autorisation de procéder à une perquisition dans les bureaux de Giuseppe Spinelli, le « caissier » qui était apparemment chargé de préparer les enveloppes remises en fin de soirée. Et de payer les loyers des appartements de Milano 2.

Face à la déferlante judiciaire, le chef du gouvernement multiplie les conseils de guerre. Pour gagner du temps, ses avocats ont commencé par décliner, peu courtoisement, l’invitation des juges à participer à une audition, le 20 janvier. Puis, ils leur ont adressé un mémoire dans lequel ils donnent leur propre version, assez surréaliste, des fameuses soirées. À les en croire, c’est tout juste si les participants ne jouaient pas aux cartes en buvant du Coca-Cola !

Mais l’étau se resserre. Même la ­droite commence à se lasser. La ­semaine dernière, on a entendu un ministre déplorer en coulisses les conséquences internationales désastreuses de toute cette affaire et murmurer le mot de « démission ». Quelques parlementaires prédisent au Cavaliere « une fin identique à celle de Ben Ali ». Terré dans son bunker, le vieux fauve entasse les sacs de sable et organise la résistance selon des recettes éprouvées.

Poule aux œufs d’or

Il a d’abord envoyé au front, c’est-à-dire sur les plateaux de télévision, le dernier carré de ses fidèles. Une opération a priori compliquée. Pour l’heure, les kamikazes ne disposent que de cartouches à blanc, quand les journalistes brandissent devant eux des comptes rendus d’écoutes téléphoniques et des témoignages de donzelles prêtes à collaborer avec l’ennemi depuis que la poule aux œufs d’or a cessé de pondre.

La deuxième étape consistera à punir les juges. Pour tenter de les bâillonner, quelques députés berlusconiens ont présenté au Parlement un projet de loi visant à réduire leurs pouvoirs en matière d’écoutes téléphoniques. Le dispositif prévoit également des amendes pouvant aller jusqu’à 100 000 euros pour les magistrats qui auraient ordonné des écoutes infructueuses, l’accusé étant finalement blanchi. Enfin, des sanctions administratives seraient laissées à la discrétion du ministre de la Justice.

Troisième étape, enfin : régler leur compte aux irréductibles ennemis de Berlusconi, ceux qui n’accepteront jamais de remettre leurs épées au fourreau. À commencer par Gianfranco Fini, président du Parlement et chef de file de l’opposition de droite, qui ne cesse de réclamer la démission de son ancien mentor. L’idée serait de l’éjecter du perchoir en invoquant une prétendue incompatibilité entre sa charge et le rôle politique qu’il joue depuis qu’il a fondé son propre parti.

Prêt à tout pour sauver sa peau, Silvio Berlusconi n’a donc plus guère le temps de s’occuper des affaires du pays. C’est d’ailleurs l’argument invoqué par l’opposition, toutes tendances confondues, pour tenter de convaincre l’opinion de la nécessité de son départ. « La vie du pays ne peut pas tourner autour de la vie privée du président du Conseil, l’Italie mérite mieux que cela », s’insurge Benedetto Della Vedova, un berlusconien repenti. Sans doute, mais la majorité des Italiens ne paraît pas encore prête à le suivre. La messe n’est pas dite.

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