Sur son dos, imprimé sur son long voile jaune, elle arbore avec fierté le visage d’Ismaïl Omar Guelleh. Cette Djiboutienne rejoint en souriant les quelque 10 000 personnes – cadres de l’État, militants, sympathisants et membres de la société civile – rassemblées le 20 janvier dans l’ancien club hippique de Djibouti. Tous sont venus assister à la convention de l’Union pour la majorité présidentielle (UMP), soirée au cours de laquelle Ismaïl Omar Guelleh va officiellement devenir le candidat de l’alliance au pouvoir en vue de l’élection présidentielle du 8 avril. À la tête de l’État depuis 1999, réélu en 2005, il avait exclu de briguer un troisième mandat. Puis s’est ravisé : en avril dernier, le Parlement a adopté une réforme constitutionnelle lui permettant de se représenter.
Effervescence
Une immense scène, une vingtaine de projecteurs, quatre écrans géants, une mer de drapeaux et de banderoles… L’investiture de Guelleh prend des allures de show à l’américaine, retransmis en direct sur la Radio Télévision de Djibouti (RTD) et à l’étranger. L’organisation aurait coûté 50 000 dollars (37 000 euros), « essentiellement des dons de militants », confie-t-on du côté de la présidence. Pendant que des clips célèbrent les douze années au pouvoir d’Omar Guelleh et que des groupes de musique investissent la scène, la foule en effervescence scande « IOG, président ! »
Oumalkaire est venue avec des amis. À 18 ans, cette étudiante en lettres modernes va voter pour la première fois le 8 avril. « Notre président a fait beaucoup pour les jeunes en créant l’université de Djibouti et des emplois à l’issue de nos études », s’enthousiasme-t-elle. Quelques rangs plus loin, Barrah Hassan, casquette « IOG 2005 » sur la tête, est catégorique : « L’opposition ne fait pas son travail, nous le regrettons car nous sommes une démocratie. Seul le président Guelleh a montré une vraie volonté de développer le pays. » Soudain, il se redresse : son héros vient de faire son entrée, sous une salve d’applaudissements. Saluant ses partisans, Ismaïl Omar Guelleh rejoint le premier rang, son Premier ministre, Dileita Mohamed Dileita, à sa droite et le président du Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie (Frud), Ali Mohamed Daoud, à sa gauche.
« Victoire du peuple »
Après quarante-cinq minutes de chansons spécialement conçues pour l’occasion – en somali et en afar – qui mettent le feu à l’assemblée, le Premier ministre (qui préside aussi l’UMP) ouvre le concert des louanges, avant que ne se succèdent au micro les présidents des quatre partis formant la coalition gouvernementale (RPP, UPR, PSD et Frud). Tous contestent avec virulence l’image dictatoriale que l’opposition cherche, selon eux, à donner du pouvoir.
À 23 heures, sous une pluie fine, Guelleh prononce deux discours, l’un en français, l’autre en somali. « Des débats de fond entraîneront la défaite de la démagogie et la victoire du peuple », lance-t-il, avant de se présenter comme l’incarnation du changement et de l’avenir. Un avenir tout tracé en ce qui le concerne, puisqu’en l’absence d’une opposition crédible rien ne semble pouvoir empêcher sa réélection…

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