24/01/2011 à 16h:18 Par Philippe Perdrix
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Sans surprise, le patron de la Banque ouest-africaine de développement Abdoulaye Bio-Tchané a officialisé sa candidature à l’élection présidentielle. Un rude adversaire pour le chef de l’État sortant, originaire, comme lui, du nord du pays.

« C’est clair, je vais y aller », glissait discrètement, en octobre dernier, Abdoulaye Bio-Tchané (ABT) à ses visiteurs les plus assidus ou à ceux qui pouvaient relayer le message sans que le candidat virtuel ne soit contraint d’officialiser sa démarche. Habile stratégie. Elle lui a permis de battre campagne sans en avoir l’air, d’additionner les soutiens et de collecter des fonds… Mais, surtout, elle n’a laissé aucune prise à ses adversaires et lui a ainsi évité de prendre des coups. Cette période est révolue.

Le président de la Banque ouest-­africaine de développement (BOAD) a traversé le gué d’une rivière tumultueuse : l’élection présidentielle au Bénin, prévue en mars. Devant plusieurs milliers de sympathisants à Cotonou, le 4 janvier, il a mis un terme au suspense en officialisant sa candidature. « Il est temps que le Bénin décolle véritablement ! » a-t-il lancé, sans réussir toutefois à remiser son phrasé d’expert pour celui de tribun. Ainsi est Bio-Tchané. Âgé de 58 ans, ancien ministre de l’Économie et des Finances de Mathieu Kérékou, en 1998, avant d’être le patron Afrique du Fonds monétaire international (FMI), de 2002 à 2008, ce natif de Djougou (Nord) est un économiste avant d’être un politique.

Ce peut être une force si l’on considère que les Béninois sont fatigués des autocrates et de leur nuée de courtisans, des candidats populaires – voire populistes – ou bien encore des hommes providentiels venus leur promettre un changement qui ne vient pas. Mais ce peut être une faiblesse si on estime qu’une « élection est une fête », pour reprendre un adage abondamment entendu au bas des estrades dans ce pays qui fait figure de laboratoire - et d’exception - démocratique en Afrique de l’Ouest.

Car encore une fois au Bénin, le vainqueur de cette présidentielle de 2011 n’est pas connu à l’avance. Le scrutin s’annonce même très incertain avec les deux autres cadors : le président sortant, Boni Yayi, qui attend la fenêtre d’opportunité pour convoquer le corps électoral et annoncer sa candidature, et Adrien Houngbédji, investi en fanfare en décembre par la coalition de l’opposition, l’Union fait la Nation (Un).

« Une réélection est toujours plus compliquée qu’une élection. Nous entrons donc dans une compétition difficile avec des adversaires plus structurés qu’en 2006 », reconnaît un proche conseiller de Boni Yayi, qui a d’ores et déjà fait une croix sur le score enregistré il y a cinq ans (75 % au second tour). La crainte pour le camp présidentiel repose sur l’équation personnelle d’ABT, qui devrait, selon toute vraisemblance, prélever son dû dans l’électorat du Nord tout en piochant dans le Sud. « La grande utilité de cette candidature est qu’elle contraint Boni Yayi à partager les voix du Nord », salive le champion sudiste Houngbédji, qui revendique 65 % de l’électorat et qui ose croire « à une victoire dès le premier tour ». Pas simple dans ces conditions pour ABT de se frayer un passage.

Pour ne pas être le troisième homme, Bio-Tchané – dépourvu d’appareil politique, mais « déterminé à l’emporter » – a décidé de miser sur les jeunes et les femmes, sans doute moins sensibles aux réflexes communautaires. « Lors des présidentielles, les Béninois ont toujours choisi le candidat indépendant et celui qui incarnait le rassemblement entre le Nord et le Sud. C’est exactement ce que je suis », rappelle le candidat, bien décidé à mettre en avant son programme de développement économique et à souligner les marqueurs régionaux de ses deux rivaux.

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