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13/01/2011 à 08:54
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Supporteurs congolais lors de la finale de la Ligue des champions de la CAF à Radès (Tunisie). Supporteurs congolais lors de la finale de la Ligue des champions de la CAF à Radès (Tunisie). © AFP

Peu importe s’il a échoué en finale de la Coupe du monde des clubs de football, le 18 décembre. Les congolais du TP Mazembe font, depuis deux ans, la fierté de leur président, le richissime Moïse Katumbi, et des amateurs de ballon rond.

L’honneur est sauf. Bien sûr, les joueurs du Tout-Puissant Mazembe auraient aimé l’emporter, le 18 décembre, face à l’Inter Milan en finale de la Coupe du monde des clubs. Et bien sûr, la Coupe du monde des clubs, qui a eu lieu cette année aux Émirats arabes unis, n’a pas le standing de la Coupe du monde de football, organisée tous les quatre ans et réservée aux trente-deux meilleures sélections nationales de la planète. Mais en battant, en demi-finale, l’Internacional de Porto Alegre, les joueurs de Lubumbashi ont déjoué tous les pronostics et créé l’exploit. Ils ont presque fait oublier qu’il y a six mois, en Afrique du Sud, seul le Ghana s’était offert une tranche d’extase supplémentaire en atteignant les quarts de finale, alors que l’Afrique du Sud, l’Algérie, le Nigeria, le Cameroun et la Côte d’Ivoire échouaient dès le premier tour du Mondial.

Était-ce vraiment une surprise ? Oui et non. Oui, parce que jamais depuis 2000 (année de la création de la Coupe du monde des clubs), une équipe africaine ne s’était invitée à ce niveau de la compétition ; les finales opposent habituellement des clubs sud-américains et européens. Non, parce que, depuis deux ans, le club congolais a tout gagné en Afrique : la Ligue des champions de la Confédération africaine de football (CAF), en 2009 et 2010, et la Super Coupe de la CAF, en février dernier.

Et c’est justement l’objectif que le populaire – et populiste – Moïse Katumbi s’était fixé. Lorsqu’il reprend les rênes du club, en 1998, il n’est pas encore le richissime gouverneur du Katanga, mais il a déjà une obsession : redonner au TP Mazembe, le troisième club le plus titré de la RDC, les moyens d’exister sur la scène continentale. « Lors de mon premier séjour à Lubumbashi, en 2003, il ne parlait que de ça », se souvient l’ancien entraîneur de l’équipe, le Franco-Italien Diego Garzitto, qui a quitté le club en septembre. « Il voulait faire au moins aussi bien que le TP Mazembe des années 1960, qui avait remporté deux fois la Ligue des champions de la CAF, en 1967 et 1968, et atteint deux fois la finale, en 1969 et 1970, explique Garzitto. Les premières années de sa présidence, il dirigeait le club depuis l’étranger, puisqu’il était interdit de séjour en RDC. En 2003, quand j’ai accepté de venir entraîner Mazembe, il n’y avait quasiment rien. »

Traversée du désert

Car les « Corbeaux » reviennent de loin. Fondé en 1939 par des moines bénédictins sous le nom de Saint-Georges, rebaptisé Saint-Paul, puis FC Englebert (du nom d’une marque de pneus), puis Tout-Puissant Englebert et enfin Tout-Puissant Mazembe, le club n’avait plus dominé le football africain depuis quarante ans. Dans cette traversée du désert, une seule victoire continentale, en 1980, dans ce qui était alors la Coupe d’Afrique des vainqueurs de Coupe. « Par rapport à ce qu’était le club il y a sept ou huit ans, il y a eu des changements profonds, explique Garzitto. En 2003, les joueurs touchaient environ 100 dollars par mois (75 euros). Aujourd’hui, c’est beaucoup plus ! »

Moïse Katumbi n’a pas lésiné sur les moyens. Lui qui a fait fortune dans le transport et dans les mines avec la Mining Company Katanga, a largement puisé dans ses réserves personnelles. En 2010, le budget du club s’élevait officiellement à 6 millions de dollars. Les salaires des joueurs – de 3 000 à 25 000 dollars par mois, sans compter les primes et avantages en nature – n’ont pas d’équivalent en RDC. Ces gros moyens font du Tout-Puissant Mazembe le club le plus riche d’Afrique subsaharienne (Afrique du Sud exceptée) et lui permettent de recruter des joueurs en Zambie, au Zimbabwe et au Cameroun. « Katumbi est très généreux, aussi bien avec les joueurs qu’avec les supporteurs ou ses administrés, confirme Garzitto. Je l’ai déjà vu distribuer des billets à des types qu’il ne connaissait pas. » Et de regretter que le président du club soit aujourd’hui « très mal entouré » (même si « le manager général, Frédéric Kitenge, fait bien son travail ») et que beaucoup « ne cherchent qu’à profiter de son argent ».

Officiellement retiré des affaires (c’est sa femme, Carine, qui les gère), Moïse Katumbi a renoncé à son traitement de gouverneur, soit 800 dollars par mois. Il consacre beaucoup de temps à la vie de son club, qui le lui rend bien : le TP Mazembe, formidable outil de communication, n’est pas étranger à sa popularité. Pour autant, il y a encore à faire en matière d’équipement. « Il n’y a pas si longtemps, se souvient Garzitto, il fallait s’entraîner sur l’annexe du Golf Club. » À Lubumbashi, où le stade de la Kenya a été rénové et équipé d’une pelouse synthétique, le président-gouverneur a lancé, en avril, les travaux d’un nouveau stade de 18 000 places, dont le club sera propriétaire. Il a offert à son équipe un avion pour les déplacements à l’intérieur du pays ; il est aussi le premier sponsor du club, via la Mining Company Katanga que dirige son épouse, et a su activer son réseau pour attirer d’autres mécènes, dont le groupe Forrest.

Jalousies

Adulé par les supporteurs du Tout-Puissant (et par les fameux « 100 % », groupe de 100 musiciens et supporteurs employés par le club), même s’il avait menacé de démissionner de la présidence en 2005 après avoir essuyé de vives critiques, Moïse Katumbi pourrait ne pas vouloir en rester là. « Il ne quittera pas le TP Mazembe, explique Garzitto, mais, un jour, il m’a dit qu’il envisageait d’acheter une équipe de Division 2 en Afrique du Sud pour la faire monter en D1. En RDC, le niveau du championnat n’est pas très élevé ; il aura du mal à faire mieux. »

Sa réussite suscite des jalousies. Dans les milieux sportifs, bien sûr : fin octobre, après une finale aller houleuse face à l’Espérance sportive de Tunis, en finale de la Ligue des champions de la CAF, le président du club tunisois a vertement critiqué « l’empereur d’Afrique qui fait la pluie et le beau temps sur le football africain ». Mais Katumbi agace aussi jusqu’à Kinshasa, où la présidence voit d’un mauvais œil la montée en puissance de ce gouverneur à qui l’on prête des ambitions politiques au niveau national.

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