22/12/2010 à 10h:36 Par Fabien Mollon
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Jouant avec les genres littéraires, Mia Couto décrit la mélancolie d’êtres abandonnés à la recherche d’un peu d’attention. Dans un langage toujours aussi fécond.

La missanga, c’est une perle de verre, en portugais. On en fait des colliers, des bracelets, si bien que, seule, elle n’a guère de valeur. C’est assemblée aux autres qu’elle prend tout son sens, qu’elle révèle sa beauté. Dans Le Fil des missangas, dont la traduction en français paraît aux éditions Chandeigne six ans après sa sortie en portugais, il en va des hommes et des femmes comme des perles. Au fil d’une vingtaine de courtes nouvelles, l’écrivain mozambicain Mia Couto décrit la saudade d’êtres abandonnés, à la recherche de ce qui les reliera aux autres, leur donnera une existence : un peu d’attention.

Il y a par exemple cet homme qui refuse la présence de son petit-fils : « Je ne suis pas grand-père, je suis moi, Zedmundo Constante », explique-t-il à son épouse, qui finira par comprendre que « le vieux, son vieux mari, voulait, en définitive, être son unique attention ». Il y a ce mendiant qui, venant confier son corps meurtri aux soins d’un médecin, avoue : « Être malade est ma seule façon de prouver que je suis vivant. » Et cette vieille qui, alors qu’elle demande une télévision neuve à ses enfants présents à l’enterrement du père, se voit reprocher de ne se soucier que des héros de séries : « Oui, mais eux au moins nous rendent visite », rétorque-t-elle.

Si le malaise est perceptible chez ces personnages, l’écriture de Mia Couto est, elle, réjouissante. L’auteur de, entre autres, Terre somnambule (1992), fils d’une famille portugaise né en 1955 à Beira, sur la côte mozambicaine, est connu pour la fécondité de son langage : chacune de ses nouvelles est l’occasion d’inventer de nouveaux mots. Dans un univers parfois onirique, il met en scène ici une « fille élancégante », là un « contrebandit malguenillé », ailleurs des « bêtes vitaminimes » et des « plantes malingrelettes ». Autant d’êtres qui se « quadrupédisent », se « liquidéfont », se « bouchebéifient »… Mia Couto joue aussi avec les genres littéraires, ayant tour à tour recours à la confession (comme dans le premier récit « Faute avouée à demi pardonnée »), à la fable (« Le Poisson et l’homme ») ou à la légende (« Le Fleuve des quatre lumières »).

Ancien militant du Front de libération du Mozambique (Frelimo) passé par la poésie et le journalisme, le romancier situe certaines de ces histoires sous l’ère coloniale (le pays n’a acquis son indépendance qu’en 1975), mais cela importe peu. Il reste avant tout sur le territoire, universel, du conte. Un domaine où il excelle.  

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