22/12/2010 à 10h:33 Par Leïla Slimani
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Créées en 2000, les éditions Barzakh ont reçu le prix de la Fondation Prince Claus, qui récompense leur engagement pour la défense des écrivains algériens.

Les éditions algériennes Barzakh, qui fêtent cette année leurs 10 ans, ont reçu le 17 décembre un cadeau d’anniversaire inespéré : le prix de la Fondation Prince Claus, d’une valeur de 100 000 euros. Les membres de la fondation néerlandaise, dont le but est d’encourager les échanges culturels, ont voulu rendre « hommage à la maison d’éditions Barzakh pour avoir donné une forme concrète aux voix algériennes, pour avoir ouvert un espace de réflexion critique sur les réalités algériennes, pour avoir construit une passerelle entre des langues et des cultures différentes et avoir rompu, de manière créative, la menace d’isolement culturel du pays ».

Créées en 2000 par Selma Hellal et Sofiane Hadjadj, au sortir de la décennie noire, les éditions Barzakh se sont engouffrées dans l’étroite brèche de liberté laissée par les islamistes. Étudiants en France dans les années 1990, Sofiane et Selma, deux amoureux des livres, se rendent compte que très peu d’ouvrages littéraires sont publiés en Algérie. De retour dans leur pays d’origine, ils se lancent dans l’aventure périlleuse de l’édition et se battent pour rendre accessibles les ouvrages d’auteurs locaux ou exilés. « Rétrospectivement, il y avait une part d’inconscience dans ce projet, explique Sofiane Hadjadj. Mais c’est précisément dans les moments de guerre et d’obscurantisme qu’on a le plus besoin de la culture. »

Découvreurs de talents

En Algérie, ils ont publié près de 110 ouvrages. « En dix ans, le lectorat a rajeuni et s’intéresse à autre chose qu’aux livres religieux. Nous sommes devenus rentables, et certains romans se vendent jusqu’à 6 000 exemplaires », précise Sofiane Hadjadj. Découvreurs de talents, ils privilégient l’« écriture de l’intériorité » et publient des auteurs en langues française et arabe. De grands noms de la littérature algérienne, comme Maïssa Bey, Rachid Boudjedra ou Mohammed Dib sont également publiés.

Si le couple souhaite faire entendre la voix particulière de l’Algérie, il a toujours accordé beaucoup d’importance à son ouverture sur le monde. « L’Algérie a été traumatisée par l’isolement qu’elle a subi. C’est pourquoi nous voulions nous ouvrir et rappeler que nous sommes aussi un pays africain, maghrébin, méditerranéen », défend Sofiane. Les éditions Barzakh publient avec des partenaires africains plusieurs auteurs du continent, comme la Malienne Adame Ba Konaré, le Sénégalais Boubacar Boris Diop ou encore le Congolais Emmanuel Dongala.

Depuis 2007, elles ont coédité près de quinze titres avec les prestigieuses éditions Actes Sud. « Cette collaboration devrait se renforcer en 2011. Nous allons institutionnaliser les coéditions à partir de l’Algérie et publier huit à dix ouvrages par an. Et nous espérons qu’Actes Sud sera également intéressé par certains de nos auteurs algériens », conclut l’éditeur.

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