21/12/2010 à 16h:45 Par Cheikh Yérim Seck, à Dakar
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Abdoulaye Wade devra défendre la légitimité de sa candidature à la présidentielle de 2012. Abdoulaye Wade devra défendre la légitimité de sa candidature à la présidentielle de 2012. © AFP

Le chef de l’État a bien du mal à tenir ses anciens disciples. Peu habitué à la contestation interne, il doit aujourd’hui convaincre, jusque dans les rangs de sa propre formation, de la légitimité de sa candidature en 2012.

Pas question de laisser planer le doute. « Idrissa Seck a le courage de ses idées, affirme son porte-parole. S’il a des choses à dire [au président Wade], il les lui dit en face. Nous démentons formellement toute implication de sa part dans la démarche du docteur Mame Marie Faye. » Dans une lettre adressée fin novembre au président du Conseil constitutionnel, cette ophtalmologue a affirmé qu’Abdoulaye Wade était « handicapé par quatre maladies graves » et « inapte à gouverner ». En plein débat sur la recevabilité de la candidature du chef de l’État à la prochaine présidentielle, l’affaire a provoqué un tollé à Dakar, où beaucoup ont vu derrière cette sortie la main de l’ancien Premier ministre.

Idrissa Seck a donc aussitôt démenti, mais rien n’y fait. D’accusations en dénégations, de mensonges en manipulations, la question de la candidature du président agite jusque dans les rangs de sa propre formation, le Parti démocratique sénégalais (PDS). Pris d’une suspicion généralisée, les uns et les autres s’épient, se surveillent et s’accusent mutuellement de trahison.

En cause : l’âge du capitaine – 84 ans, dont dix au pouvoir – et sa volonté affirmée de briguer sa propre succession en 2012, alors que la Constitution limite à deux le nombre de mandats. Abdoulaye Wade, dont l’autorité n’a jamais souffert aucune contestation à bord du navire PDS, voit discutée pour la première fois sa légitimité à en porter les couleurs lors d’une compétition électorale.

Dès le 11 novembre, Idrissa Seck a mis les pieds dans le plat. L’ex-homme de confiance, dont le président fit son directeur de cabinet puis son chef du gouvernement avant de l’envoyer derrière les barreaux pour malversations financières en 2005, a adressé à Wade, avec copie à la presse, un courrier lui indiquant que sa candidature au scrutin de 2012 était irrecevable. Pour convaincre le chef de l’État de se retirer au profit d’un autre candidat – afin que leur « famille politique ne soit pas absente de cette échéance cruciale » –, Seck a fait appel au renommé Guy Carcassonne, professeur français de droit constitutionnel, qui s’est prononcé contre cette candidature. Le juriste a invoqué l’article 27 la Constitution sénégalaise de 2001, qui limite à deux le nombre de mandats (passés à cinq ans), ainsi que l’article 104, qui inclut dans ce décompte le premier mandat de Wade, de 2000 à 2007. Ce raisonnement a été rejeté par les partisans de Wade, au motif que la Loi fondamentale de 2001 ne s’appliquerait pas au septennat, qui a débuté un an plus tôt.

Attitude conciliante

La controverse qui a suivi, avivée par l’opposition et la société civile, a amené Wade à convoquer une réunion du Comité directeur du PDS le 26 novembre – réunion qu’un éditorialiste sénégalais n’a pas hésité à qualifier d’« acte fondateur de la démocratie interne au parti ». Au cours de cette rencontre hautement médiatisée, Seck a défendu ses arguments sur l’irrecevabilité de la candidature de son ex-mentor et, en échange, a proposé la sienne… Mais sans convaincre 63 des 66 présents, qui ont voté une résolution pour adouber Wade.

D’ordinaire sans pitié pour ceux qui contestent son autorité au sein du PDS, le chef de l’État a eu le triomphe modeste et opté pour une attitude conciliante. « Tant que je serai là, tu ne seras pas exclu du parti ni même sanctionné. Je te suggère de prendre des vacances pour te reposer et reprendre tes esprits », a-t-il lancé à Seck. Il en fallait plus pour l’amadouer. Car, contre l’avis de Wade, qui lui avait demandé d’éviter les sorties dans la presse, Seck a aussitôt convoqué les journalistes pour annoncer que sa position restait inchangée et qu’il allait se battre pour la faire triompher au sein des organes de base du parti.

Joignant le geste à la parole, il a commencé à dérouler un scénario que le Premier ministre, Souleymane Ndéné Ndiaye, qualifie de « stratégie de l’implosion ». Dès le lendemain en effet, un pan entier de l’Union des jeunesses travaillistes et libérales (UJTL, le mouvement des jeunes du PDS) s’est déclaré favorable à la position de Seck. Des responsables de secteurs à Kaolack, Thiès ou encore Touba lui ont emboîté le pas. Au sein du parti, tout cela fait désordre.

Plus d’un tour dans son sac

Mais Abdoulaye Wade rechigne à passer en force. Il sait que ses chances seront minces s’il doit affronter, en 2012, à la fois Macky Sall, ancien numéro deux du PDS et candidat déclaré à la présidentielle, et Idrissa Seck, qui bénéficie d’un électorat captif dans son fief de Thiès, le deuxième réservoir de voix du pays. Le chef de l’État veut donc ouvrir le dialogue, tout en s’employant à « contenir » Idrissa Seck. Le 24 novembre, il lui a ainsi pris Abdou Fall, un de ses lieutenants à Thiès, qu’il a nommé directeur de cabinet politique à la présidence de la République.

Wade déploie parallèlement une stratégie pour « blinder » sa candidature. Et s’il exclut une révision de la Constitution, il a déjà laissé entendre qu’il avait plus d’un tour dans son sac. En témoigne cette remarque adressée à Idrissa Seck, en pleine réunion du comité directeur du PDS : « Tu me connais suffisamment pour savoir que je n’allais pas présenter ma candidature si je n’étais pas sûr qu’elle allait être déclarée recevable. »

Le chef de l’État s’appuie sur deux atouts. Il a d’abord consulté, de façon officieuse, le Conseil constitutionnel, seul apte à juger de la recevabilité des candidatures, et a trouvé matière à se défendre. Ensuite, au cas où il ne voudrait pas prendre le risque d’interroger officiellement ledit Conseil, Wade peut demander à sa majorité parlementaire d’interpréter les articles 27 et 104 sur lesquels s’opposent ses partisans et ses adversaires. La décision du Parlement aura valeur de loi et s’imposera aux juges du Conseil constitutionnel. Pas sûr en revanche que cela satisfasse Idrissa Seck, l’opposition et la société civile.

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