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07/12/2010 à 12:42
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Affaire de détournement de fonds, ou nouvel épisode dans la lutte de clans qui fait rage au sein du pouvoir libyen ? Le mandat d’arrêt lancé par les autorités de Tripoli qui a entraîné l’arrestation, le 28 novembre, en France, de Nouri Mesmari, le chef du protocole de Mouammar Kaddafi, alimente les rumeurs les plus contradictoires. Le « Guide » aurait, dit-on, giflé et insulté Mesmari lors du sommet arabo-africain qui s’est tenu à Syrte les 9 et 10 octobre. Ce fut en tout cas la dernière apparition publique de l’intéressé avant que ne filtre, le 22 octobre, l’information selon laquelle il aurait fui pour la France.

Seules certitudes : le mandat d’arrêt s’appuie sur une accusation de détournement de fonds – sans plus de précisions –, et la police française a interpellé puis écroué Mesmari afin de le mettre à la disposition du parquet de Versailles.

Les médias proches des « réformateurs » et de Seif el-Islam, le fils du « Guide », assurent de leur côté que Mesmari se trouve dans la capitale française pour y recevoir des soins, et qu’il compte rentrer au pays dès qu’il sera rétabli. À l’appui de leur thèse, ils citent des proches du « malade », qui soutiennent que les accusations lancées contre lui sont destinées à l’éloigner du dirigeant libyen, dont il demeure le « soldat ».

Manière de signifier que la rupture entre le « Guide » et son chef du protocole n’est pas consommée et que, une extradition étant improbable, la seule solution serait que Mesmari regagne Tripoli de son plein gré ? Ce qui n’est pas exclu, d’autant qu’il en sait long sur le régime. Lui et Kaddafi ont le même âge et se connaissent depuis une quarantaine d’années. Certes, Mesmari est le fils d’un ancien ministre de la monarchie, mais il a rompu avec son passé en troquant son nom de Ben Chaabane pour celui de sa tribu. En revanche, nul n’a oublié l’assassinat par balle de son fils, en 2007, camouflé en suicide par les autorités.

En public du moins, Kaddafi et Mesmari semblaient s’entendre parfaitement. Le « Guide » acceptait même que cet homme, qui n’est pas un militaire, apparaisse en uniforme d’apparat, le torse bardé de décorations. Mesmari, qui a fait des études de communication et travaillé dans l’hôtellerie, s’acquittait de ses fonctions protocolaires avec une aisance étonnante, participant d’autant plus facilement aux conversations secrètes avec les chefs d’État qu’il maîtrise plusieurs langues, dont le français et l’anglais.

Personnage haut en couleur, il se distingue par ses cheveux et son bouc teints en blond, et par des costumes de satin portant la griffe de grands couturiers. Officiellement directeur général du protocole – fonction qui dépend, en théorie, du ministère des Affaires étrangères –, il était bien plus que cela. C’est lui qui avait la haute main sur l’organisation des séjours en Libye des chefs d’État étrangers, et notamment africains, ainsi que sur les fréquents déplacements de Kaddafi à l’étranger. « Il connaît toutes les habitudes du “Guide”, explique l’une de ses connaissances ­libyennes. Ses préférences, ses maladies, ses ­médicaments, ses humeurs, qui sont ses amis et ses réseaux secrets, ses ennemis et les bénéficiaires des valises bourrées de dollars ou d’euros dont il est la courroie de transmission. » C’était aussi par lui que transitaient les frais de représentation prélevés chaque mois sur le budget de l’État au profit des enfants de Kaddafi. Il gérait enfin les nombreux palais qui servent de résidences aux chefs d’État de passage en Libye, ainsi que la flottille d’avions VIP destinée aux missions spéciales et, parfois, aux voyages d’agrément dans des capitales européennes ou africaines. 

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