16/11/2010 à 16h:50 Par Renaud de Rochebrune
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Dans un documentaire passionnant, la Nigérienne Rahmatou Keïta retrace le parcours de la première actrice professionnelle subsaharienne.

Au début des années 2000, Zalika Souley a quitté le Niger, son pays. Elle a émigré on ne sait où pour gagner sa vie comme femme de ménage. Un sacré retournement du destin : dans les années 1960, elle fut la première actrice professionnelle de cinéma en Afrique subsaharienne. C’est son histoire étonnante que raconte dans un documentaire passionnant, Al’lèèssi, une actrice africaine (en salle à Paris le 17 novembre), sa compatriote Rahmatou Keïta.

Quand, en 1966, un voisin lui demande si elle serait prête à tenter l’aventure du cinéma avec une de ses connaissances, le cinéaste en herbe Mustapha Alassane, Zalika Souley, avec l’insouciance de ses 18 ans, dit immédiatement oui. Le septième art, elle ne le connaît pourtant qu’en spectatrice, pour avoir vu dans les salles en plein air de Niamey de nombreux films grand public, presque tous américains. Et pour avoir souvent rêvé de ressembler à leurs héroïnes.

Voilà comment, après un bref essai concluant, et après avoir tout aussi rapidement appris à monter à cheval, la belle débutante se retrouvera en haut de l’affiche du court-métrage Le Retour d’un aventurier. Un western nigérien qui, dit-elle, voulait montrer que « même les Africains pouvaient être des cow-boys comme en Amérique ». Y compris les femmes, puisque, pour ce film, elle doit porter pantalon et chapeau, donc s’habiller « comme les Blanches », afin de donner la réplique à des personnages qui, ne reniant pas leurs modèles, s’appelleront Gary Cooper, Steve McQueen ou… Ronald Reagan.

C’était le début de l’aventure. Suivront bien d’autres films, dont certains deviendront des classiques de l’histoire du cinéma africain comme le documentaire Cabascabo ou le court-métrage Le Wazzou polygame, tous deux d’Oumarou Ganda. Ses rôles la font remarquer. D’autant qu’elle joue des personnages de caractère, très typés. Ce qui lui donne une certaine notoriété mais lui vaut aussi, et pas seulement au sein de sa famille, une mauvaise réputation et bien des contrariétés. Car beaucoup de spectateurs ne font guère la différence entre les personnages qu’on voit à l’écran – une femme infidèle ou une prostituée, par exemple – et la réalité.

Le « printemps » du cinéma nigérien, pionnier de l’industrie cinématographique sur le continent, ne durera pas. Et la généreuse Zalika Souley, qui n’a jamais pensé à préparer l’avenir, se retrouvera vite démunie. Comme les réalisateurs qui l’avaient fait jouer et qui auront de plus en plus de mal à continuer à tourner. Mais le parcours de l’actrice, comme celui du cinéma nigérien, grâce au film de Rahmatou Keïta, ne pourront plus être occultés. 

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Article suivant :
Le Maroc à l'affiche

Article précédent :
CAN 2015 : les raisons d'un abandon

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Niger

Hollande et l'Afrique : changement de diplomatie, au profit de qui ?

Hollande et l'Afrique : changement de diplomatie, au profit de qui ?

Les chefs d'État accueillent diversement l'alternance française. Si le Nigérien Mahamadou Issoufou et le Guinéen Alpha Condé sont tout sourire, leurs homologues d'Afrique centrale se méfie[...]

France-Afrique : Hollande et nous

Le nouveau président français François Hollande connaît très mal le continent. Va-t-il y mener une autre politique que son prédécesseur ? Pas fondamentalement. Un changement de style[...]

Aqmi : les héritiers de Ben Laden

Installé au Mali depuis une quinzaine d'années, le journaliste béninois Serge Daniel s'est penché sur l'évolution de la nébuleuse djihadiste.[...]

Areva condamné en France pour la mort d'un employé, quid des salariés africains ?

Le groupe nucléaire Areva a été condamné en France pour "faute inexcusable". Il est jugé responsable du décès de l’un des anciens employés d’une de[...]

Développement : l'ONG Save the children dénonce les conditions de vie des enfants sur le continent

Les pires pays au monde pour devenir mère sont africains. C’est la conclusion, accablante, du rapport de l’ONG américaine Save the children : dans les dix dernières places du classement, huit[...]

Présidentielle française : François Hollande vainqueur en Afrique

Comme au premier tour, les électeurs français d’Afrique ont apporté majoritairement leur suffrage à François Hollande le 6 mai 2012. Le candidat socialiste termine en effet en tête[...]

Médias : au Niger, une liberté vite apprivoisée

Journaux, radios et télévisions se multiplient au Niger, un pays où la presse n'est plus considérée comme une ennemie.[...]

Victoire de Hollande : quand le continent rêve d'enterrer la Françafrique

Comme Nicolas Sarkozy en son temps, François Hollande a promis de mettre fin à la "Françafrique" et d'instaurer des rapports sains entre l'Hexagone et les pays du continent. Ses actes seront-ils[...]

Niger : des échanges à forte teneur en uranium

Encore largement tributaire de ses gisements uranifères, le Niger développe les autres filières extractives. Les investisseurs étrangers sont à l'affût.[...]

Niger : la démocratie, un rempart contre les fanatismes

Président de la Haute Autorité à la consolidation de la paix[...]

Voir tous les dossiers