22/11/2010 à 11h:08 Par Alain Faujas
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Soyons provocateur et applaudissons des deux mains la forte hausse des prix agricoles qui se généralise, partout dans le monde, et pour quasiment tous les produits.

Le coton a battu un record vieux de 140 ans parce qu’il a trop plu au Pakistan et en Chine. Les céréales caracolent depuis la sécheresse qui a frappé la Russie et l’Ukraine, cet été. La canne à sucre a pris 110 % depuis le mois de juin. Pourtant si stable, car moins vulnérable à la spéculation, le riz semble à son tour gagné par l’inflation. L’index « nourriture et boissons » du Fonds monétaire international (FMI) a enflé de 20 % en trois mois. Ce phénomène a plusieurs explications.

La sensibilité des prix à la météo est toujours extrême, tant les stocks sont minces et la pénurie possible. Il faut ajouter que l’enrichissement des pays émergents modifie leur comportement alimentaire : leurs habitants mangent plus et mieux. C’est ainsi que les Asiatiques ont découvert le chocolat et qu’ils se sont mis à consommer plus de viande, produit qui exige de nourrir bétail et volailles avec des céréales. Plus demandés que jamais, le cacao, le maïs et le soja connaissent des tensions très fortes sur leur prix.

Au même moment, l’offre agricole a tendance à se réduire. La poussée démographique et l’urbanisation, qui concernent désormais la moitié de l’humanité, ont pour conséquences de stériliser de bonnes terres agricoles, ce qui fait par exemple reculer la culture du riz, du mûrier du ver à soie ou de l’oranger. C’est patent en Inde, en Chine comme en Floride.

Sans oublier que le métier d’agriculteur est particulièrement ingrat en raison des aléas des pluies et des prix, et que les femmes sont les premières à abandonner la brousse, le bush ou le bled pour vivre un peu moins durement en ville : les bras se font donc moins nombreux dans les champs du monde.

Il est vrai que la hausse des prix des denrées alimentaires est une malédiction pour les citadins, obligés de consacrer à leur nourriture une plus grande part d’un revenu inchangé. En 2008, ce que l’on a appelé les « émeutes de la faim » – et qui étaient des émeutes « du pouvoir d’achat » – ont manifesté l’exaspération des habitants de Bobo-Dioulasso, de Dakar et de Douala face aux culbutes du riz ou de la farine. Les gouvernements ont su amortir le choc pour leurs populations en suspendant certaines taxes à l’importation, avec l’approbation du FMI.

Mais la hausse est aussi une bénédiction pour les ruraux, qui composent près de la moitié de la population active des pays pauvres. Après des décennies de chute des prix, ceux-ci voient enfin la courbe s’inverser et les remettre, progressivement, au cœur de l’économie. La Banque mondiale, qui a fait son mea culpa en 2007 pour avoir oublié l’agriculture dans sa stratégie de développement, jure aujourd’hui que c’est le meilleur moyen de faire reculer la pauvreté.

Encore faut-il que le paysan soit récompensé de ses efforts et qu’il voie son niveau de vie s’élever. « Quand le Parti communiste chinois a fait le choix de libéraliser l’agriculture et d’augmenter fortement les prix agricoles en 1979, le résultat ne s’est pas fait attendre, explique Pierre Le Roy, spécialiste agricole et fondateur de la revue Globeco. La production a progressé de 50 % entre 1980 et 1985, ce qui a conduit à l’élimination quasi totale des famines dans un pays qui en était le champion du monde. »

Pour que cette perspective heureuse ne soit pas un mirage de plus infligé aux paysans africains, il est nécessaire que la politique agricole devienne une priorité pour les gouvernants. « Cela suppose, souligne Pierre Le Roy, que le budget du ministère de l’Agriculture de ces pays soit plus important que le budget de fonctionnement de la présidence de la République. » Et que les taxes prélevées sur les cultures les plus rémunératrices servent aux zones rurales et non à acheter des hélicoptères de combat.

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