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22/10/2010 à 09:15
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Au siège de l'Organisation internationale de la francophonie, à Paris. Au siège de l'Organisation internationale de la francophonie, à Paris. © Agostino Pacciani/J.A.

À 75 ans, l’ancien chef de l’État sénégalais briguera lors du sommet de Montreux (du 22 au 24 octobre) un troisième mandat à la tête de l’OIF. Retour sur un parcours commencé à l’aube des années 1960.

Abdou Diouf est heureux. C’est lui-même qui le dit dans le film* de cinquante-deux minutes que lui a consacré Hervé Bourges, figure des médias français. L’âge aidant, le secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), qui a fêté ses 75 ans le 7 septembre, a acquis une sérénité et une aisance naturelle inattendues. Le grand échalas un peu emprunté que l’on voit sur les photos des années 1970 dans le sillage de son mentor Léopold Sédar Senghor a cédé la place à un homme souriant, bien dans sa peau comme dans ses fonctions. Même sa taille démesurée (1,98 mètre) ne semble plus le gêner.

C’est donc avec un plaisir non feint que le patron de la Francophonie s’apprête à entamer un troisième mandat à l’issue du XIIIe sommet de l’OIF, qui se déroulera du 22 au 24 octobre à Montreux (Suisse), sur les bords du lac Léman.

Car depuis octobre 2002, date de sa première élection à la tête de l’OIF, l’ancien président sénégalais a pris goût à un travail dans lequel il doit surtout dialoguer, négocier et chercher des terrains d’entente. Alors que, pendant trente ans, d’abord comme Premier ministre (1970-1980), puis comme chef de l’État (1981-2000), il lui a fallu décider, trancher, faire face à des résistances et à des contestations, qui, parfois, ont pris une tournure violente.

Il n’a pas l’air de regretter cette période. N’était-il d’ailleurs pas tombé un peu malgré lui dans la politique ? Après ses études à l’École nationale de la France d’outre-mer, dont il sort major en 1960, il ne rêve que d’une chose : occuper un poste dans la haute administration de son pays, qui accède alors à l’indépendance. Il hérite de la direction de la coopération technique internationale au ministère du Plan. Les fonctions s’enchaînent : secrétaire général au ministère de la Défense nationale, gouverneur du Sine-Saloum, région située au sud de Dakar…

Très tôt, le président Senghor a repéré ses qualités de gestionnaire. En mai 1963, il l’appelle à la direction de son cabinet avant de le nommer, un an plus tard, secrétaire général de la présidence de la République, puis ministre du Plan. La collaboration entre les deux hommes ne fait que commencer. Elle deviendra de plus en plus étroite.

En février 1970, une réforme constitutionnelle adoptée par référendum instaure un régime présidentiel « déconcentré ». Le poste de Premier ministre est rétabli. Tout naturellement, il échoit à Abdou Diouf, qui le conservera dix ans.

Timide et réservé

Senghor pense en fait depuis quelque temps à abandonner la politique. Dès 1964, il a fait cette confidence à Élisabeth Diouf, l’épouse de son collaborateur : « Madame, je vous demande d’aider votre mari. Il fait du bon travail. Je pense à lui pour ma succession… » Les choses vont se préciser avec la nouvelle réforme constitutionnelle de 1976, dont on a surtout retenu qu’elle a ouvert la voie au multipartisme, mais qui établissait aussi que le Premier ministre achève le mandat du président en cas de décès ou de démission.

Et c’est ce qui va se passer lorsque, en décembre 1980, le « poète-président » annonce son départ. En janvier 1981, Abdou Diouf accède ainsi à la plus haute marche du pouvoir sans avoir eu à faire campagne contre d’éventuels rivaux. L’exercice, il est vrai, n’est pas sa tasse de thé. Timide et réservé, l’ancien haut fonctionnaire n’apprécie guère meetings et bains de foule.

Beaucoup de gens s’interrogent sur la capacité de ce technocrate à assumer un héritage aussi lourd. Mais Abdou Diouf surprend son monde et, sans rien renier de la politique de son prédécesseur, imprime très vite sa marque.

Dès 1981, il fait rétablir le multipartisme intégral et prend lui-même en main les dossiers économiques. La situation financière du pays, en effet, n’est pas brillante. Elle va encore se détériorer à partir du milieu des années 1980, époque marquée, un peu partout en Afrique, par la mise en place de plans d’ajustement structurel imposés par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international.

Dépourvu au départ de soutien populaire, Abdou Diouf affronte avec succès le suffrage universel à trois reprises : en 1983, 1988 et 1993. En 2000, cependant, il échoue face à Abdoulaye Wade, son opposant de toujours. Rançon de la crise économique ? Usure du pouvoir ? Toujours est-il qu’avec cet échec le successeur de Senghor acquiert une nouvelle stature. Car, fait rare en Afrique, il reconnaît sa défaite sans ergoter.

À Paris, où il a choisi de s’établir, il n’aura guère le temps de ruminer sa déception. En 2002, le poste de secrétaire général de la Francophonie, qu’occupe Boutros Boutros-Ghali depuis 1997, se libère. Sous l’amicale pression du président français Jacques Chirac, il accepte de relever le défi.

Sous son impulsion, la Francophonie va franchir des étapes décisives et prendre une nouvelle dimension. En novembre 2005, à Antananarivo, est adoptée une nouvelle charte qui rationalise les structures de l’organisation et rénove ses modes de fonctionnement. C’est à ce moment-là que l’ancienne Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF) devient l’OIF.

Ayant consolidé les bases de l’organisation, Abdou Diouf lui fixe des orientations très claires : la démocratie et les droits de l’homme, l’éducation et la formation, le développement durable, ainsi que, bien sûr, la défense de la langue française et de la diversité culturelle. C’est ainsi que la Francophonie jouera un rôle majeur dans l’adoption par l’Unesco, en octobre 2005, de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.

Valeurs de civilisation

Avec le sens de la manœuvre qu’on lui connaît, Abdou Diouf a réussi à installer l’OIF sur le devant de la scène internationale. En Afrique, elle joue un rôle politique majeur grâce à l’expertise qu’elle a acquise dans le domaine de l’assistance électorale. Mais elle a aussi démontré que la langue française est beaucoup plus qu’un outil de communication, et qu’elle peut être porteuse de valeurs de civilisation telles que la justice et la solidarité.

Dix ans après son retrait de la vie politique, Abdou Diouf est un homme en paix avec lui-même. Il analyse avec lucidité sa longue expérience à la tête du Sénégal, admettant deux échecs : la lutte contre la corruption et la pacification de la Casamance. Vivre à Paris, dont il ne se lasse pas d’admirer la beauté, est pour lui un enchantement. Même s’il cultive la nostalgie de Saint-Louis, la ville de son enfance.

Il dirige l’OIF comme il a dirigé son pays : avec douceur, mais aussi avec une détermination à toute épreuve. Avec lui, les changements se font sans heurts. Il sait tout de suite juger les hommes et fait en sorte d’obtenir d’eux ce qu’il attend. Il délègue facilement, tout en suivant de près le travail de ses collaborateurs. Ceux-ci saluent son élégance morale et sa disponibilité.

À cette étape de sa vie, ce ne sont assurément pas les ors du pouvoir qui l’intéressent. Mais, comme il le dit lui-même, « faire les choses en mieux ». Pour quatre ans encore, les vastes chantiers de l’OIF vont lui permettre de satisfaire cette ambition.

__

* Abdou Diouf, un destin francophone, le vendredi 29 octobre, à 20 h 35, sur France 5.

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