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26/10/2010 à 12:28
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Le président-candidat Laurent Gbagbo, dans son quartier général de campagne, le 13 octobre. Le président-candidat Laurent Gbagbo, dans son quartier général de campagne, le 13 octobre. © Vincent Fournier/J.A.

Parce que « tous les sondages ne peuvent pas se tromper », le président sortant et candidat du Front populaire ivoirien Laurent Gbagbo est convaincu de l’emporter, le 31 octobre lors de l'élection présidentielle. Dernier volet de notre série d’entretiens avec les principaux acteurs d’une élection présidentielle historique.

Adoban, quartier d’Abidjan, 1 heure du matin en ce 13 octobre, à deux jours de l’ouverture de la campagne officielle pour l’élection présidentielle « historique » du 31. Le candidat Gbagbo reçoit J.A. au premier étage de son QG, une villa sans grâce où les militants croisent les ministres et les visiteurs du soir. De retour d’un meeting à Alépé, le président grignote. Une ou deux cuisses de poulet bicyclette, un verre de Fanta orange. Une petite chambre de repos où il compte passer ses nuits de fièvre électorale jouxte son bureau. Manifestement, malgré l’heure tardive – l’entretien s’achèvera à 3 heures –, Laurent Gbagbo, 65 ans, est en forme. Il est vrai que cet homme est un oiseau de nuit, qui ne donne jamais de rendez-vous le matin. Porté par les résultats des sondages auxquels il a fini par croire, et persuadé d’incarner la « vraie » Côte d’Ivoire, le chef de l’État se dit sûr de l’emporter face à deux adversaires, Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara, tout aussi convaincus de leurs propres chances.


Au cours de l'entretien, dans son QG de campagne, le 13 octobre.
©Vincent Fournier/J.A.
 

Reste, chez ce politicien chevronné formé par des décennies de militantisme, un vieux fond de méfiance : « Les sondages ne font pas une élection, personne n’est propriétaire de ses voix. Rien n’est gagné d’avance, alors je me bats. » Il est vrai que, dehors, les accès de tension que suscite la distribution parfois aléatoire des cartes électorales induisent à penser que le calme préélectoral qui règne en Côte d’Ivoire demeure fragile et réversible. L’historien Gbagbo Laurent sait mieux que personne à quel point les orages sont imprévisibles en terre d’Éburnie.

 __

Jeune Afrique : Nous y voici enfin. La mère de toutes les batailles électorales ivoiriennes peut commencer…

Laurent Gbagbo : Oui, enfin. Nos efforts ont payé. Nous sommes à deux doigts du but. Je suis un homme heureux.

D’autant que ce genre de bagarre n’est pas pour déplaire à l’animal politique que vous êtes ! L’odeur de la poudre, c’est un peu votre adrénaline…

Mais je suis un enfant des élections ! Si le pouvoir en Côte d’Ivoire se transmettait par héritage, je n’aurais jamais eu aucun poste dans ce pays. Et puis vous avez raison : j’aime mener ces batailles-là, j’aime battre campagne, ça m’excite.

Élection historique donc, mais aussi fin d’un cycle qui a débuté il y a dix-sept ans à la mort de Houphouët-Boigny. Le trio que vous formez avec Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara va s’affronter dans les urnes le 31 octobre pour la première et la dernière fois…

Plus exactement, je dirais que le 31 octobre 2010 marquera la fin de la guerre des héritiers de Houphouët, dont je ne suis pas. Le premier coup de canon de cette guerre a résonné dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale en janvier 1993, quand les députés debout ont voulu mettre en pièces les réformes proposées par le Premier ministre de l’époque, Alassane Ouattara. C’était une première fissure dans le dispositif que Houphouët avait mis en place pour barrer la route à l’autre Côte d’Ivoire, la nôtre. Puis la fissure est devenue fracture, et les héritiers se sont déchirés avec férocité. Cette lutte fratricide nous a ouvert la voie, nous sommes passés au milieu du gué avant de parvenir au pouvoir. Demain, nous allons enfin réconcilier les deux héritiers qui restent en leur permettant de faire valoir leurs droits à la retraite politique.

Il y a encore moins de deux mois, vos partisans expliquaient qu’il ne saurait y avoir d’élection sans deux préalables : une révision en profondeur de la liste électorale, que vous jugiez biaisée en faveur de l’opposition, et le désarmement complet des ex-rebelles. Or la liste n’a été que très légèrement toilettée, et le désarmement n’est toujours pas achevé. Pourquoi êtes-vous revenu sur vos exigences ?

Écoutez. Pas mal de fraudeurs ont été éliminés des listes, sans doute plus que le chiffre officiel de 55 000. Quant au désarmement, il a atteint un stade à partir duquel nous pouvons travailler. Je suis donc globalement satisfait.

Vous, oui. Mais pas forcément les plus radicaux de votre camp. J’imagine qu’il vous a fallu leur imposer cette date du 31 octobre.

Tout à fait, et cela n’a pas été facile. Vous savez, j’ai toujours fait des sacrifices pour que la Côte d’Ivoire sorte enfin de la crise.


Laurent Gbagbo : "J’aime battre campagne, ça m’excite". Ici, dans un
stade d'Abidjan, le 10 octobre. ©Vincent Fournier
 

Vous étiez d’autant plus enclin à faire des concessions que les sondages qui vous donnent vainqueur de la présidentielle se suivent et se ressemblent.

Non, il n’y a pas eu d’effet sondage. Je pense simplement qu’on ne pouvait pas aller plus loin qu’on ne l’a fait. Il y a des moments où l’on sent qu’il est inutile de courir deux lièvres à la fois. Il faut aller à l’élection pour s’attaquer ensuite, avec une légitimité renouvelée, aux vrais problèmes de la nation.

Tout de même, vous y croyez aux sondages…

Bien sûr. Et tout le monde y croit en Côte d’Ivoire, même ceux qui font semblant du contraire. Il suffit de voir comment ils infléchissent leur campagne en fonction des résultats. Lorsqu’un sondage dit que Gbagbo est le plus proche du peuple, on les voit descendre au quartier pour manger avec les gens au bord de la route. Gbagbo est le candidat de la jeunesse ? Ils essaient vite fait de baragouiner en nouchi, l’argot d’Abidjan. C’est amusant. Mes adversaires savent très bien au fond d’eux-mêmes que ces enquêtes d’opinion sont significatives, mais ils ne peuvent le dire à leurs partisans. J’espère que lorsque viendra l’heure de la désillusion le choc ne se traduira pas par des violences.

Pas plus que Bédié ou Ouattara vous ne semblez envisager l’hypothèse d’une défaite.

En matière électorale, le risque zéro n’existe pas. Mais lorsque dix sondages, huit TNS-Sofres, un Gallup et un IREEP vous placent en tête depuis un an et demi et jusqu’à l’avant-veille du scrutin, il est rare qu’ils se trompent tous [le tout dernier sondage TNS-Sofres du 12 octobre donne Gbagbo en tête avec 48 % au premier tour. Et vainqueur au second avec 54 % face à Bédié et 61 % face à Ouattara, NDLR]. Cela dit, je sais qu’aucune élection n’est gagnée d’avance. Je ne cesse de le répéter à mes militants et à tous les Ivoiriens.

Vous engagez-vous, néanmoins, à accepter le résultat de la présidentielle, quel qu’il soit ?

Bien entendu.

Qui considérez-vous comme votre principal adversaire ?

Si j’en crois les sondages, c’est Bédié. Et je le battrai.

Et Ouattara ?

Ce sera sans doute plus facile. Mais peu importe, pourvu que mon adversaire soit sorti des urnes.

Une victoire au premier tour vous paraît-elle possible ?

Je ne l’exclus pas.

Toutes les études démontrent que le vote intercommunautaire progresse en Côte d’Ivoire, particulièrement à Abidjan. C’est votre chance ?

Oui. Pour une raison très simple : je suis le seul des trois à ne pas avoir fondé sa campagne sur des blocs identitaires, qu’ils soient ethniques ou religieux. Mon électorat est de loin le plus éparpillé, le plus transcommunautaire.

Votre ethnie étant minoritaire, vous n’avez guère d’autre choix.

C’est exact. Si je ne comptais que sur le vote bété, même si je dois être roi chez moi, je n’irais pas très loin. Mais c’est aussi le fruit d’une conviction profonde : le vote moderne, c’est l’avenir. Près du tiers des électeurs vivent dans le melting-pot d’Abidjan. Et Abidjan c’est le laboratoire de la Côte d’Ivoire de demain. C’est là que la bataille sera la plus intéressante à observer : ce sera une bataille pour les valeurs démocratiques, une bataille éthique.

Quel est le point fort du candidat Gbagbo ?

La générosité. Le peuple aime qu’on l’aime, qu’on l’écoute, qu’on aille vers lui, qu’on s’offre à lui. Je pense avoir cette qualité-là.

Mais encore ?

Je suis africain et ivoirien. Je préférerais mourir plutôt que de brader l’Afrique et la Côte d’Ivoire. Ma filiation à moi, c’est celle de la résistance à la pénétration coloniale, c’est Bernard Dadié et son père, Gabriel, qui ont lutté pour que l’homme noir soit respecté dans ce pays. Ma filiation va bien au-delà de Houphouët-Boigny. J’ai repris la lutte là où le Rassemblement démocratique africain l’avait laissée au début des années 1950. Je veux une Côte d’Ivoire ouverte aux autres, pas une Côte d’Ivoire à qui l’on donne des ordres. Des conseils, oui. Des ordres, jamais. Ce pays n’est pas recolonisable. Nous n’avons pas peur d’être libres.

On voit bien ce qui se dessine en filigrane de votre discours : vous êtes le candidat des Ivoiriens, et vos adversaires sont les candidats de l’étranger. Auriez-vous le monopole du patriotisme ?

Je persiste et je signe. Il y a moi et il y a ceux qui ne font et qui ne disent qu’en fonction des desiderata de l’extérieur. Savez-vous que lors de mon accession au pouvoir en 2000 j’ai découvert que le responsable financier de la présidence était flanqué d’un comptable français qui surveillait les entrées et les sorties d’argent ? Nul n’avait trouvé à y redire. C’est l’exemple parmi d’autres d’une coopération dans la dépendance dont nous ne voulons plus. Et puis je trouve étrange de voir mes deux concurrents aller se reposer régulièrement dans des villas ou des appartements qu’ils ont acquis en France ou ailleurs. Vous avez vu, vous, un chef d’État ou un Premier ministre européen acheter des maisons à Miami, à Dubaï, à Acapulco ou à Abidjan ? Cette manie détestable d’anciens colonisés a quelque chose d’affligeant. Ils devraient être prudents : c’est à travers cela aussi que les Ivoiriens les jugent.

Quel est votre point faible ?

Je vous écoute…

Votre bilan. Et ce sont les mêmes sondages qui le disent. La majorité de vos compatriotes n’est satisfaite ni de la gouvernance, ni des conditions socio-économiques, ni de la gestion des affaires publiques.

À juste titre. Et pourtant, cette même majorité s’apprête à voter pour moi. En apparence, c’est une contradiction. En réalité, les Ivoiriens savent très bien que l’origine de leurs maux ce n’est pas Gbagbo, mais la guerre que ce pays a connue. Et que la guerre, ce n’était pas du fait de Gbagbo, mais de ses adversaires.

Vous n’êtes donc responsable de rien ? C’est un peu simpliste.

Non, c’est une réalité. Tout s’est arrêté en septembre 2002 : l’école gratuite, l’assurance maladie universelle, la politique de plein-emploi pour les jeunes, les projets de transformation du cacao, etc. Dans un pays postconflit, la gouvernance se fait souvent avec les moyens du bord, dans le cadre de situations d’urgence. Mais les Ivoiriens se sont rendu compte d’une chose : Laurent Gbagbo, lui au moins, fait arrêter les gabégistes et les corrompus. Avant moi, ces gens-là recevaient des promotions. Au fond, mes compatriotes se disent : « Ce gars-là, notre président, il n’a peut-être pas fait assez pour nous. Mais c’est notre gars. »

Henri Konan Bédié met volontiers en avant sa sagesse et son expérience de chef d’État face à des refondateurs – vos partisans – « assoiffés de pouvoir ». Votre réaction ?

Bédié et moi avons une conception totalement différente de la fonction de chef d’État. Celle qui existait en 1940 en France entre le maréchal Pétain et le général de Gaulle. Moi, je ne conçois pas qu’un chef puisse, comme il l’a fait en décembre 1999, abandonner son pays et ne pas organiser la lutte contre l’agression. Pétain a capitulé, de Gaulle a résisté. Inutile de vous préciser qui ressemble à qui aujourd’hui en Côte d’Ivoire.

Alassane Ouattara, lui, joue sur un autre registre. La Côte d’Ivoire, dit-il, est malade. Elle a besoin d’un économiste à son chevet. Gbagbo est incompétent en la matière, alors que lui saura drainer les financements nécessaires pour redresser le pays. Qu’en dites-vous ?

Ouattara fait partie de cette génération de technocrates imposés au début des années 1990 par les bailleurs de fonds à la tête de plusieurs gouvernements africains. C’était une mode. Or tous ont échoué parce que diriger un pays c’est d’abord faire de la politique avant de lui appliquer des recettes estampillées Bretton Woods. Et puis répéter de meeting en meeting qu’on sait où trouver l’argent qui sauvera le pays c’est se comporter en vendeur d’illusions. L’argent, ça se gagne par le travail des citoyens. Tout le reste n’est que démagogie.

Son programme à 12 000 milliards de F CFA [18,3 milliards d’euros] ne vous impressionne pas ?

Vous savez, quand une femme n’a même pas 300 000 francs pour ouvrir un commerce d’attiéké, pas même 50 000 pour acheter des bananes à aloko, ces 12 000 milliards ne veulent rien dire pour elle. Ce n’est pas d’elle que vous parlez.

Si vous êtes élu, seriez-vous prêt à proposer une fonction officielle à M. Ouattara ?

On ne parle pas de partage de postes avant une élection. On la gagne d’abord.

Et un gouvernement d’ouverture ?

Même réponse. Je ne veux pas émasculer le débat démocratique avec des phrases du genre : « Quel que soit le résultat, on gouvernera ensemble. » Mettez-vous à la place de l’électeur : pourquoi irait-il aux urnes dans ces conditions ?

Avez-vous déjà réfléchi au profil de votre futur Premier ministre – si bien sûr vous êtes élu ?

Oui. J’en ai même discuté avec l’actuel titulaire du poste, Guillaume Soro.

Lui avez-vous proposé de continuer ?

Non.

Avez-vous des noms en tête, une short list ?

Deux ou trois noms. Mais les intéressés eux-mêmes l’ignorent. Et le moment n’est pas venu d’en parler.

Que ferez-vous si vous êtes battu ?

Je ne serai pas battu. J’y suis, j’y reste. Mais je ne serai pas éternellement président et, un jour, je transmettrai le flambeau à quelqu’un de plus jeune que moi. Le lendemain, je crois que je me mettrai à l’écriture d’un livre témoignage sur ma vie.

L’armée ivoirienne est devenue un sujet de campagne puisque vos adversaires vous reprochent, entre autres, d’avoir multiplié les promotions ethniques. Qu’avez-vous à répondre ?

C’est faux. Prenez les dernières vagues de promotions du mois d’août. Qui, parmi les généraux promus, est de mon ethnie ? Philippe Mangou ? Il est de Yopougon. Georges Guiai Bi Poin ? Il est gouro. Combien de Bétés parmi les officiers supérieurs ? Comptez-les et dites-moi ! Il ne suffit pas de dire, il faut prouver. Ceux que j’ai récompensés au mois d’août l’ont été parce qu’ils furent les principaux artisans du redressement de notre armée après l’agression de septembre 2002.

Autre sujet de polémique : la couverture de la précampagne par la RTI, la Radiodiffusion Télévision ivoirienne. On vous accuse d’envahir les écrans. Ce qui n’est pas tout à fait inexact : il suffit presque d’allumer son poste pour vous y voir…

C’est un sujet dont on peut effectivement discuter, à condition d’être objectif. Dans le Nord, des chaînes pro-Ouattara, qui émettent sans aucune autorisation, diffusent quotidiennement la propagande du candidat du RDR [Rassemblement des républicains, NDLR].

Êtes-vous inquiet quant aux conditions sécuritaires du scrutin ?

Aujourd’hui moins qu’hier. Je ne vois pas qui, hormis quelques lascars, aurait intérêt à perturber les opérations. Je viens tout juste de recevoir le chef du Centre de commandement intégré, qui est d’ailleurs l’ancien patron de la sécurité d’Henri Konan Bédié et en qui j’ai toute confiance, un Baoulé que j’ai promu général. Il m’a rassuré sur ce point.

Avez-vous confiance dans la nouvelle Commission électorale indépendante [CEI] ?

Plus que dans l’ancienne, c’est une évidence. Je sais bien qu’il y aura encore quelques fraudes, qui ne seront pas de notre fait. Mais dans une mesure disons acceptable et quasi inévitable. La CEI a changé de tête, mais mes partisans y demeurent minoritaires, comme vous le savez.

Au nom de quoi votre camp serait-il vacciné contre la fraude ?

Il ne l’est pas. Mais les miens sont à ce point persuadés de l’emporter qu’ils ne sont pas loin de pécher par excès de confiance. Ou de naïveté. Or ils ont face à eux des politiciens experts en coups tordus.

Le juge français Patrick Ramaël, chargé du dossier de la disparition de Guy-André Kieffer, vient d’effectuer un long séjour à Abidjan. Vos proches dénoncent une ingérence…

Je vous arrête tout de suite. Ce que fait ou dit ce juge ne m’intéresse absolument pas. Les Ivoiriens se fichent complètement de Ramaël, qu’il soit ici ou non. Si vous pensez le contraire, c’est que vous ne comprenez rien à l’Afrique.

Je suppose que vous allez me répondre la même chose si je vous parle de la durée du mandat présidentiel, qui est aujourd’hui de cinq ans, et d’une éventuelle modification de la Constitution.

À peu près. Regardez les sondages : cela intéresse moins de 10 % des Ivoiriens ! C’est un débat de salon. Et la durée d’un mandat n’a jamais constitué un fondement de la démocratie.

La visite récente à Abidjan du secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant, signifie-t-elle que la France et la Côte d’Ivoire ont enfin signé la paix des cœurs ?

On a commencé à discuter de tout et, l’important, c’était de commencer. Je suis très satisfait de ce contact.

Avez-vous eu le président Sarkozy au téléphone en marge de cette visite ?

Non. Ce n’était pas nécessaire.

Qui, parmi vos collègues chefs d’État du continent, vous a manifesté son soutien pour l’élection ?

John Atta-Mills, du Ghana, est venu ici m’encourager. Jacob Zuma, d’Afrique du Sud, est annoncé et m’a déjà envoyé un ministre. José Eduardo dos Santos, d’Angola, a dépêché un émissaire.

Et parmi les socialistes français ?

Michel Rocard est à Abidjan. Jack Lang, Jean-Christophe Cambadélis et Jean-Marie Le Guen sont attendus.

Le burkinabè Blaise Compaoré, médiateur dans la crise ivoirienne, ne peut évidemment être partisan…

Officiellement, non. Et puis il a sa propre présidentielle à gérer à la fin de l’année.

Êtes-vous satisfait de son rôle de facilitateur ?

Oui, enfin… Disons qu’il n’a rien fait qui puisse enrayer le processus. Il a bien manœuvré. Aucun accroc.

Parmi les acteurs politiques ivoiriens, le plus proche de Blaise Compaoré­ – qui fut son mentor – est sans doute le Premier ministre, Guillaume Soro. Comment jugez-vous sa performance ?

Bonne, encourageante. Des trois Premiers ministres de sortie de crise que j’ai eu à nommer, à savoir Seydou Diarra, Charles Konan Banny et Guillaume Soro, ce dernier a incontestablement été le meilleur. Le seul qui m’a apporté des solutions concrètes aux problèmes qui se posaient : liberté de circulation, désarmement, encasernement, réunification partielle des forces combattantes et, surtout, organisation de l’élection présidentielle.

À qui doit-on cette échéance historique du 31 octobre : à Soro ou à Compaoré ?

Aux deux. À Compaoré d’abord, qui a beaucoup fait pour convaincre Soro d’accepter la paix et la réconciliation. À Soro ensuite, qui, vraiment, a mouillé le maillot pour qu’on s’en sorte.

Guillaume Soro a-t-il un avenir présidentiel ?

Il est légitime pour lui d’y penser. Mais je ne veux pas me prononcer là-dessus pour l’instant. Il faut laisser les choses se décanter.

Avez-vous encore le temps de regarder des westerns pour vous détendre ?

Plus vraiment. Pour décompresser, rien de tel qu’un bon match de foot à la télé. Je zappe sur Eurosport et Infosport, avant de dormir un peu.

Et la lecture ?

En ce moment, le livre d’un auteur latin, Flavius Josèphe, sur les antiquités juives.

Dieu vote-t-il Laurent Gbagbo ?

Je prie beaucoup, mais nul sauf son fils, Jésus, n’a jamais vu Dieu.

On vous dit mystique, sous l’emprise d’un pasteur, persuadé que Dieu vous a donné pour mission de sauver la Côte d’Ivoire…

Ouattara se rend parfois à la mosquée et Bédié à l’église. Ce sont aussi des mystiques, alors ? Soyons sérieux. Je prie, oui, et mon pasteur est un ingénieur des télécoms tout ce qu’il y a de plus sain, avec qui je parle volontiers.

Si vous êtes élu, vous ferez la fête…

Non. Ce n’est pas mon genre. Après la présidentielle, il y aura les législatives. Ensuite, j’irai me reposer au village. Quelques jours seulement. Il y a tant à faire !

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