25/10/2010 à 17h:27 Par Philippe Perdrix
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'ABT' lors d'un passage chez Jeune Afrique. "ABT" lors d'un passage chez Jeune Afrique. © Agostino Pacciani pour J.A.

Il n'a pas encore annoncé officiellement sa candidature, mais les rumeurs sont devenues des certitudes. Abdoulaye Bio-Tchané devrait être candidat à l'élection présidentielle au Bénin, en avril 2011, face au président sortant Boni Yayi.

Voila une perspective qui n’est pas de nature à enthousiasmer le Palais de la Marina. En plus d’Adrien Houngbédji, qui se présentera sous les couleurs de l’Union fait la nation (Un), tout porte à croire que Boni Yayi, le chef de l’État sortant, trouvera sur son chemin un deuxième adversaire de poids lors de la prochaine élection présidentielle, en avril 2011. De probable à vraisemblable, la candidature d’Abdoulaye Bio-Tchané (ABT) est devenue quasi certaine.

Certes, le président de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) n’a pas officiellement annoncé son entrée en lice – ce pourrait être en décembre. Mais, depuis une dizaine de mois, il déroule une stratégie sans heurts. « ABT a un plan et le suit scrupuleusement. Sa décision a mûri au moment de sa nomination, en janvier 2008, à la tête de l’institution régionale. Officiellement, il était soutenu par le Bénin, mais il a découvert que le président Yayi avait tenté de placer l’un de ses proches », assure un confident de l’ancien ministre de l’Économie et des Finances. Bio-Tchané, qui avait désespérément attendu en 2006 un signal de Mathieu Kérékou, le président sortant, laissant ainsi le champ libre à Boni Yayi – son prédécesseur à la BOAD –, n’entend plus faire assaut de politesse.

« Chaque chose en son temps », explique l’intéressé à ses amis qui l’interrogent sur cette occasion manquée il y a quatre ans. Cette fois, à presque 58 ans, il préfère prendre les devants et assumer ses ambitions sans tout miser sur un hypothétique parrainage du Caméléon.

Décollage imminent

Comités de soutien spontanés ou suscités, création de nombreux sites internet et mise en place d’une Alliance des partis politiques (APP-ABT) : le premier étage de la fusée est constitué. Appels aux dons lancés par de généreux mécènes regroupés notamment au sein de l’Association panafricaine de prospective et d’analyses stratégiques (Appas), large déploiement de partisans sur le terrain et mobilisation de la diaspora tandis que le chef de file prolonge ses escales parisiennes : le deuxième étage est en cours de montage. Casting de l’équipe rapprochée, ralliements en vue de personnalités et dernière touche au programme : le décollage est imminent.

« Le programme et l’équipe refléteront la jeunesse du pays et consacreront l’ouverture en direction des femmes », assure un proche de Bio-Tchané, bien décidé à « démolir la désinformation » du pouvoir. En ligne de mire, « la politisation de la microfinance, ainsi que la fausse gratuité de l’école et des césariennes ». « De la poudre aux yeux, les Béninois le savent », glisse-t-on dans l’entourage du candidat potentiel qui, en tant qu’ancien patron Afrique du Fonds monétaire international, mise sur son parcours d’économiste rompu aux questions de développement.

Mais qu’en est-il de l’équation politique, pour un candidat dépourvu de machine partisane ?

Troisième homme ?

Natif de Djougou (Nord), Bio-Tchané est persuadé que son espace – entre un président sortant originaire de la même région et un candidat de l’opposition soutenu par une coalition hétéroclite implantée dans le Sud – s’élargira au fur et à mesure que le rythme de la campagne s’accélérera. « Plus de 60 % des Béninois ont moins de 40 ans. Pour ces électeurs, les réflexes communautaires sont relégués au second plan. À chaque présidentielle depuis 1991, les Béninois ont toujours choisi un indépendant », veut-on croire chez ABT. Un argument qui permet de rejeter l’étiquette de « troisième homme » que ses futurs adversaires s’empressent déjà de lui coller.

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