Extension Factory Builder
15/10/2010 à 17h:19
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Le patron du deuxième parti néerlandais, à Amsterdam , le 6 octobre. Le patron du deuxième parti néerlandais, à Amsterdam , le 6 octobre. © Reuters

Minoritaire au Parlement, le gouvernement ne tient que grâce au soutien du très islamophobe Geert Wilders, dont le procès pour « discrimination sur la base de la religion » vient de s’ouvrir à Amsterdam.

Les Pays-Bas viennent d’entrer dans une période étonnante de leur histoire moderne. En gros, ils ont un gouvernement, mais celui-ci ne dispose pas d’une majorité au Parlement. Il ne pourra faire son travail qu’en vertu de la « tolérance » – c’est le mot sur lequel les négociateurs se sont mis d’accord – que lui accorde un parti qui ne fait pas partie de la coalition gouvernementale : le PVV de Geert Wilders. Celui-ci votera les projets de loi, à condition qu’on lui accorde de temps en temps ce qu’il demande. Un gage lui a tout de suite été donné : l’interdiction totale de la burqa.

Epée de Damoclès

En revanche, la proposition insolite du PVV d’instaurer une taxe de 1 000 euros par an sur le foulard islamique ne figure pas dans le programme de la coalition. Mais rien ne dit qu’elle ne sera pas remise sur le tapis dans quelques mois : l’épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête du gouvernement – Wilders peut à tout instant le renverser en le privant de sa « tolérance » – peut l’inciter à tous les compromis, sinon à toutes les compromissions.

Très curieusement, le PVV se compose d’un seul et unique membre : Geert Wilders. Il dispose bien d’une vingtaine de députés au Parlement, mais aucun n’a sa carte. L’explication de cette anomalie est simple. Membre d’un autre parti, Wilders en fut, il y a quelques années, exclu pour indiscipline. Tout en restant au Parlement, il fonda son propre « machin », le PVV donc, et trouva l’astuce pour qu’on ne puisse jamais l’en exclure : n’accepter aucun adhérent. Ce qui ne l’empêche pas de se présenter aux élections, le législateur n’ayant pas prévu ce cas de figure.

Généralement classé à l’extrême droite, le PVV est plutôt un one-issue party, c’est-à-dire qu’il n’a qu’un seul cheval de bataille : l’immigration, en particulier celle des Marocains et des musulmans. Dans l’hypothèse où il accéderait au pouvoir, il a promis d’interdire l’entrée aux Pays-Bas à tous les musulmans et de bannir le Coran. À ceux qui lui objectent qu’il serait incongru d’interdire un livre dans un pays qui, depuis Descartes et Voltaire, se distingue dans l’impression et la diffusion d’ouvrages interdits ailleurs, Wilders répond que le Mein Kampf de Hitler est interdit aux Pays-Bas – ce qui est exact. Et que le Coran est pire que Mein Kampf. CQFD.

Monstruosité juridique

Les Pays-Bas n’en étant plus à une bizarrerie près, c’est le 4 octobre, après la semaine de gloire de Wilders à La Haye, que s’est ouvert à Amsterdam un procès contre lui. Les juges devront apprécier si son islamophobie obsessionnelle constitue un cas de « discrimination sur la base de la religion », ce qui est interdit par la Constitution. À la suite d’un article où il comparait l’islam et le nazisme, il est aussi accusé de « semer la haine contre une communauté », ce qui est interdit par la loi.

Ce procès risque de devenir une monstruosité juridique, puisque Wilders a déjà déplacé le débat sur le terrain de l’islam lui-même. Son raisonnement est le suivant : « Si je puis prouver que l’islam est une religion violente et dangereuse, alors je ne suis coupable de rien en le dénonçant. » C’est pourquoi il a désigné trois « témoins » : Hans Jansen, professeur d’arabe à la retraite et grand pourfendeur de la religion musulmane ; Simon Admiraal, un ancien guide touristique en Égypte ; et Wafa Sultan, une psychiatre américaine d’origine syrienne devenue célèbre, il y a quelques années, à la suite d’un débat violent sur Al-Jazira.

Ceux qui ont assigné Wilders en justice ont eux aussi fait savoir qu’ils citeraient à comparaître des islamologues. C’est une discussion byzantine qui s’annonce. Elle pourrait durer longtemps. 

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

International

François Hollande en visite express à Addis-Abeba pour les 50 ans de l'(O)UA

François Hollande en visite express à Addis-Abeba pour les 50 ans de l'(O)UA

Le chef de l'État français, François Hollande, sera présent demain, samedi 25 mai, aux cérémonies qui marquent le 50è anniversaire de la création de l'Organisation de l'unit&[...]

Tunisie : Alain Chouet, un conseiller français à Tunis

En visite à Tunis le 14 mai, Laurent Fabius, le chef de la diplomatie française, a annoncé une « intensification des échanges d'informations sécuritaires avec plusieurs pays de la[...]

L'actualité de la semaine du 20 mai en images

 Cinquantenaire de l'Union Africaine, obsèques de Chinua Achebe, affrontements en Angola... Revivez en images les moments forts de la semaine du 20 au 24 mai.[...]

Guerre contre le terrorisme : Obama change de stratégie

Le président Barack Obama a annoncé jeudi 23 mai un encadrement de l'usage des drones armés et de nouvelles mesures pour tenter de parvenir à la fermeture de la prison militaire de Guantanamo, dans[...]

Festival de Cannes : un Africain va-t-il enfin gagner la palme ?

Cette année, deux films réalisés par des cinéastes d'origine africaine sont en lice pour la palme : "Grigris" du Tchadien Mahamat-Saleh Haroun et "La vie d’Adèle" du[...]

Vatican : le pape François a-t-il pratiqué un exorcisme ?

La vidéo d’une courte prière effectuée par le pape François sur un jeune malade, le 19 mai, après la messe de Pentecôte, fait le tour du monde. Certains y voient une séance[...]

Unesco : libres comme l'air avec le passeport universel

Plusieurs personnalités se sont vu remettre, le 23 mai, un passeport universel au siège de l'Unesco, à Paris. Le document n'est reconnu que par un seul État, mais c'est l'idée qui compte : faire[...]

Diversité culturelle : continuons le combat !

C'est au terme d'une longue bataille politique et diplomatique que, le 20 octobre 2005, fut adoptée à l'Unesco la convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions[...]

France - Safia Lebdi : verte de rage

Le militantisme est-il soluble dans la politique ? Pour cette fille d'immigrés algériens engagée auprès d'Europe Écologie-Les Verts et Femen pratiquante, la réponse est oui.[...]

Livres : le prince et le dictateur

Le romancier Andrea Camilleri revient avec jubilation sur les rocambolesques tribulations d'un Éthiopien en Italie fasciste.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers