14/10/2010 à 12h:45 Par Alain Faujas
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Les pays en développement vont pâtir d'une brouille américano-européenne. Les pays en développement vont pâtir d'une brouille américano-européenne. © Reuters

Outre la "guerre des monnaies", la question du rééquilibrage des sièges, souhaité par les États-Unis, était au coeur de l'assemblée annuelle du Fonds monétaire international (FMI), qui s'est tenue à Washington les 8 et 9 octobre 2010 sans arriver à trancher le problème. Car celui-ci est fort complexe : les premiers à faire les frais de la nouvelle politique américaine ne seraient pas les Européens, mais des pays émergents comme le Brésil, l'Inde ou le Rwanda...

Dominique Strauss-Kahn, le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), vient de sillonner le monde pour tenter d’éviter un scandale de première grandeur : le 1er novembre, le Brésil, l’Inde, l’Argentine et l’un des deux pays subsahariens qui y siègent, en l’occurrence le Rwanda, risquent de perdre leur place au conseil d’administration du Fonds.

Au moment où tous les grands de ce monde proclament que le FMI, qui gère quelque 1 000 milliards de dollars (plus de 700 milliards d’euros) pour le compte de la communauté internationale, doit cesser d’être contrôlé par les pays riches et devenir plus représentatif, une telle exclusion ferait désordre.

Les auteurs involontaires de cette embrouille sont les États-Unis. Énervés que les Européens détiennent 8 sièges (et certaines années 9) sur les 24 que compte le conseil du FMI, ils ont décidé au mois d’août d’obliger ceux-ci à en céder. Ils ont décidé de ne plus accepter la dérogation qu’ils consentent depuis 1992 et de revenir au chiffre statutaire de 20 sièges. Ils n’avaient pas vu qu’en raison des règles du FMI ce n’est pas l’Europe qui ferait les frais de la suppression de ces quatre sièges, mais les quatre pays en développement précités.

Quelles sont les solutions pour sortir de l’impasse et pour donner au FMI une gouvernance plus conforme au monde d’aujourd’hui ?

Ne rêvons pas : l’Allemagne et la France ne feront pas siège commun, comme Dominique Strauss-Kahn en avait caressé l’idée, car le chauvinisme des chancelleries demeure puissant. Mais il est évident que les Européens vont devoir faire des sacrifices en termes de sièges et plusieurs petits pays devraient perdre le leur. Les Pays-Bas, la Suisse, le Danemark, la Belgique ?

Et ce n’est qu’un début, car le G20 a décidé à Pittsburg (États-Unis), le 25 septembre 2009, que 5 % des quotas (dont la distribution détermine l’engagement financier de chaque pays auprès du Fonds, le nombre de ses voix et le montant qu’il peut emprunter) devraient être redistribués, avant janvier 2011, en faveur des pays en développement. Même s’ils font de la résistance, même s’ils plaident à juste titre que certains d’entre eux sont sous-représentés au Fonds, les Européens devront céder un peu de leurs voix sur les 33 % qu’ils détiennent ensemble et qui font que la Belgique pèse politiquement une fois et demie plus lourd que le Brésil, économiquement trois fois plus puissant qu’elle.

Si l’on voulait en finir avec les anomalies institutionnelles du FMI, il faudrait aussi supprimer le veto américain. En effet, avec 16,7 % des quotas et des voix, les États-Unis sont les seuls à pouvoir bloquer les décisions les plus importantes, qui requièrent 85 % des suffrages.

Actuellement représentée par le Rwanda et la Sierra Leone, l’Afrique doit non seulement conserver ses deux sièges, mais bénéficier d’améliorations de sa représentation. Encore faudrait-il qu’elle y mette du sien.

Il y a deux ans, les instances du FMI avaient voté plusieurs mesures pour renforcer la présence de l’Afrique, que son faible poids économique marginalisait. Il avait été attribué aux pays africains des droits de vote de base supplémentaires. Il avait été aussi créé, auprès des deux administrateurs africains – un pour les pays francophones et un pour les pays anglophones –, deux postes de suppléants, car un seul ne suffisait pas pour s’occuper des 25 pays que représentait chacun des deux sièges.

Le problème est que, pour entrer en vigueur, cette réforme doit obtenir la ratification de 85 % des 187 pays membres du FMI. Au mois d’août, on ne dénombrait que 88 ratifications en bonne et due forme sur les 113 requises. Parmi les retardataires qui empêchent l’Afrique de peser un peu plus lourd à Washington figuraient notamment le Cameroun, le Gabon, l’Ouganda et le Sénégal.

Que l’Europe traîne les pieds devant les sacrifices, on peut le comprendre. Mais que l’Afrique ne se précipite pas pour obtenir sa juste place dépasse l’entendement !

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