30/09/2010 à 08h:00 Par Cécile Sow
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Kadiatou Barry tient une photo d'elle avec son mari, Alpha Oumar Diallo, mort le 28 septembre. Kadiatou Barry tient une photo d'elle avec son mari, Alpha Oumar Diallo, mort le 28 septembre. © Luc Gnago/Reuters

Un an après le massacre du stade de Conakry, les responsables présumés n’ont toujours pas été inquiétés. En attendant, les deux candidats à la présidentielle guinéenne promettent la constitution d’une Commission Vérité et Réconciliation.

Sitôt nommé, sitôt contesté. Ceux qui espéraient que la désignation de Louncény Camara à la tête de la Commission nationale électorale indépendante (Ceni) permettrait de faire retomber la tension en ont été pour leurs frais. Car c’est moins la date du second tour de l’élection présidentielle qui pose désormais problème – le 10 octobre a été proposé, et c’est le général Sékouba Konaté qui, en la matière, a le dernier mot – que les affinités politiques, réelles ou supposées, du nouveau patron de la Ceni.

Élu le 22 septembre en remplacement de Ben Sékou Sylla, décédé une semaine plus tôt à Paris, le syndicaliste Louncény Camara a aussitôt été mis en cause par l’entourage de Cellou Dalein Diallo, qui lui reproche une trop grande proximité avec Alpha Condé, lui aussi candidat à la magistrature suprême. Or le même Alpha Condé avait, lui, contesté l’impartialité de Hadja Aminata Mame Camara, présidente intérimaire de la Ceni depuis le décès de Ben Sékou Sylla.

Vraie bataille ou faux problème ? Difficile à dire. Mais un an après les massacres du 28 Septembre, qui, selon le rapport de la Commission d’enquête internationale de l’ONU, avaient fait au moins 156 morts et 1 253 blessés au stade de Conakry, la transition paraît bien mal en point. Et les difficultés de l’enquête, comme les lourdeurs de la justice guinéenne, n’arrangent pas vraiment les choses.

Murés dans le silence

« Nous ne voulions pas de la candidature de Dadis Camara à la présidentielle, déplore A.D., violée le 28 septembre 2009. Nous voulions des élections libres et transparentes. Dadis n’est plus là, mais nous n’avons toujours pas de président élu. La campagne électorale a été interrompue à cause des violences. Et les responsables des barbaries du 28 sont libres. »

Le pays a-t-il reculé pour autant ? De l’avis de Mohamed Bedjaoui, le diplomate algérien qui a dirigé la mission onusienne, la Guinée a connu une « très grande évolution politique depuis la tragédie, et la démocratie permettra de régler beaucoup de problèmes ». Donc, pas question de céder au pessimisme.

Après le drame du stade, l’enquête onusienne avait conclu à la participation des forces de sécurité et souligné la « responsabilité pénale » du capitaine Moussa Dadis Camara, le chef de la junte, du lieutenant Aboubacar « Toumba » Diakité, son aide de camp, et du commandant Moussa Tiégboro Camara, ministre chargé de la Lutte contre la drogue et le grand banditisme. De son côté, à la fin de février 2010, Fatou Bensouda, la procureure adjointe de la Cour pénale internationale (CPI), avait déclaré, au terme d’une mission en Guinée, avoir le « sentiment que des crimes de l’ordre du crime contre l’humanité » avaient été commis le 28 septembre. Pourtant, à ce jour, aucune poursuite n’a été engagée contre aucun responsable présumé du carnage.

Le 8 février 2010, la justice guinéenne a bien ouvert une information judiciaire sur les faits survenus le 28 septembre et durant les jours qui ont suivi (séquestrations, exécutions sommaires et chasse aux manifestants). Mais, depuis, il n’y a eu ni audition ni interpellation. Au sein des forces armées aussi, ces événements restent un sujet tabou. « Je regrette beaucoup ce qui s’est passé le 28 », déclarait ainsi Tiégboro Camara à Jeune Afrique en juin dernier, sans autre commentaire et apparemment affecté. D’autres gradés se murent dans le silence à l’évocation des faits.

Alors que plusieurs organisations locales et internationales de défense des droits de l’homme recommandaient que tous les responsables supposés des tueries soient suspendus et que des poursuites judiciaires soient diligentées contre eux, rien n’a été fait. Même contre les trois personnes incriminées par les enquêteurs internationaux. Dadis est toujours en « convalescence » au Burkina, Toumba a « disparu ». Quant à Moussa Tiégboro­ Camara, il a non seulement été promu, mais il occupe toujours son poste ministériel. Et les quelques conclusions de la commission d’enquête nationale jugées acceptables par les victimes n’ont pas non plus été prises en compte. Les éléments des forces de sécurité présents au stade, pourtant connus de leurs pairs, de leurs supérieurs et parfois des victimes, n’ont pas été officiellement identifiés.

Face à leurs bourreaux

Un collectif, composé d’associations guinéennes de victimes, d’organisations de défense des droits de l’homme, ainsi que de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), a décidé de passer à l’action. Le 1er juin dernier, 67 personnes se sont constituées parties civiles dans l’instruction ouverte devant le parquet de Conakry. Le 17 septembre, ce collectif a en outre adressé un courrier à Luis Moreno-Ocampo, le procureur de la CPI, dans lequel il se dit inquiet pour la sécurité des personnes ayant choisi d’intenter une action en justice, ces dernières étant « amenées à croiser régulièrement leurs bourreaux ». Et de préciser que 500 autres victimes, amputées, violées ou chassées du domicile conjugal endurent une « grande souffrance ».

À ce jour, malgré les risques pesant sur le processus électoral, beaucoup considèrent que le dossier du 28 Septembre devra être géré en priorité par le prochain régime. Alpha Condé envisage, en cas de victoire, la constitution d’une Commission Vérité et Réconciliation qui se pencherait sur « tous les crimes commis depuis l’indépendance ». Cellou Dalein Diallo – qui vient de créer une fondation d’aide aux victimes – est allé un peu plus loin mardi, jour anniversaire du massacre, en promettant la mise en place d'une telle commission.

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