24/09/2010 à 14h:47 Par Maxime Perez, à Jérusalem
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Conférence de presse de la branche armée du Hamas, le 2 septembre, à Gaza. Conférence de presse de la branche armée du Hamas, le 2 septembre, à Gaza. © Wissam Nassar/Xinhua/Sipa Press

Parce que la réussite du processus de paix menace directement leurs intérêts, les extrémistes des deux bords n’ont qu’un objectif : torpiller coûte que coûte tout règlement négocié.

Au moment où s’ouvrait, à Washington, une nouvelle page des relations israélo-palestiniennes, le président Mahmoud Abbas se devait de frapper fort, ou du moins d’afficher un semblant de fermeté. Dans la nuit du 1er septembre, ses forces de sécurité ont lancé une traque contre les membres du Hamas et leurs proches en Cisjordanie. Le bilan de cette opération policière – la plus vaste menée depuis 1994 – oscille entre 150 et 350 interpellations, selon les sources. Elle s’est concentrée dans le secteur sud de Hébron, là où, quelques heures auparavant, quatre Israéliens avaient été froidement abattus dans leur véhicule, alors qu’ils se dirigeaient vers l’implantation voisine de Beit Hagaï. Peu de temps après, une autre embuscade se produisait au carrefour de Rimonim, à proximité de Ramallah, blessant grièvement deux colons.

Cette double attaque, revendiquée par la branche armée du Hamas, a sonné comme un défi à l’Autorité palestinienne (AP), dont la légitimité est violemment contestée par le mouvement islamiste qui contrôle la bande de Gaza. « Elle avait des motivations politiques et cherchait à nous mettre dans l’embarras », s’est empressé de souligner Salam Fayyad. Car bien que commises en zone sous contrôle militaire israélien, ces actions écornent l’un des acquis les plus tangibles du Premier ministre palestinien depuis trois ans : le retour au calme.

« Collusion avec l’ennemi »

Contre toute attente, l’armée israélienne s’est félicitée de sa coopération actuelle avec les services de sécurité palestiniens. Plusieurs de ses officiers affirment que celle-ci « a atteint un niveau parmi les plus élevés depuis une décennie ». En visant à deux reprises les colons de Cisjordanie, le Hamas a donc tenté d’affaiblir ce qu’il considère comme une « collusion avec l’ennemi ». Opposés par ailleurs à tout processus politique qui aboutirait à des concessions territoriales et à la reconnaissance de l’État d’Israël, les islamistes ont aussi voulu rappeler qu’il faudra compter avec eux.

Lors d’une conférence de presse à Gaza, vingt-quatre heures après la vague d’arrestations visant ses sympathisants, le Hamas a clairement haussé le ton. « En réponse aux négociations, treize groupes palestiniens ont décidé de s’unir pour mener des attaques plus efficaces », a averti Abou Obeida, porte-parole des Brigades Ezzeddine al-Qassam. Plusieurs hommes en armes, eux aussi encagoulés, se dressent à ses côtés. Ils représentent le Djihad islamique, les Comités de résistance populaire (CRP), mais aussi diverses factions dissidentes du Fatah. Pour le Hamas, qui n’écarte pas le recours aux attentats suicides, « toutes les options sont ouvertes à la résistance pour combattre l’entité sioniste dans la phase à venir ».

Les menaces d’escalade sont prises très au sérieux par l’AP, qui a placé ses forces en état d’alerte avancé jusqu’à nouvel ordre. Israël, de son côté, a envoyé deux bataillons d’infanterie supplémentaires pour renforcer ses patrouilles autour des check-points et des colonies juives, cibles désignées du Hamas, comme l’a laissé entendre Ezzat al-Rashk, membre du bureau politique de l’organisation. « Attaquer les colons est un acte légitime, déclare-t-il dans une interview au quotidien Al-Hayat. Ces sionistes forment à eux seuls une armée, car ils détiennent près de 500 000 armes automatiques. Ils constituent la première force militaire d’occupation. »

Epreuve de force

Pour nombre d’éditorialistes israéliens, les attaques du Hamas renforcent la position de Netanyahou face aux pressions américaines qui visent à une reconduction du gel de la colonisation. Une équation que rejette Ghassan Khatib, proche conseiller du président palestinien : « D’abord, il est clair qu’aujourd’hui le Hamas cherche plus à nous nuire qu’à lutter contre Israël. Nous estimons depuis longtemps que la violence ne sert pas les intérêts palestiniens. C’est pour cela que nous avons pris un certain nombre de mesures préventives. Mais, de la même façon que nous nous opposons au Hamas, nous attendons du gouvernement israélien la même attitude vis-à-vis des colons. »

Alors que le moratoire expire le 26 septembre, les colons ont décidé de ne pas attendre la date butoir pour réagir. Au lendemain de l’assassinat de quatre des leurs à Hébron, certains d’entre eux ont repris la construction dans plusieurs localités de Cisjordanie. Ainsi, à Kiryat Arba, Adam et Kedoumim, des cérémonies ont précédé la pose de pierres, tandis que des bulldozers reprenaient leurs travaux de nivellement. Le Conseil de Yesha, principale instance représentative des colons, a annoncé que quatre-vingts projets avaient été lancés en quelques jours. « Le gel est pour nous terminé, affirme Naftali Bennett, directeur général de cette organisation. Maintenant, le véritable test entre l’islam radical et Israël, c’est celui qui se joue sur le terrain pour déterminer qui est le plus fort et qui est ici pour rester. Quand les Palestiniens verront que nous sommes là pour rester et croître, ils renonceront. » Au vu de telles déclarations, l’épreuve de force paraît inévitable. Tout comme le Hamas, la colonisation est devenue, au fil du temps, l’une des questions insolubles du conflit au Proche-Orient. Selon les derniers recensements, près d’un demi-million d’Israéliens seraient installés au cœur des territoires palestiniens et à Jérusalem-Est, annexé par l’État hébreu après la guerre de 1967. Cette réalité éloigne chaque jour un peu plus la perspective d’un partage futur de la Ville sainte, de même qu’elle complique la création d’un État palestinien non morcelé.

Reste que si ses bonnes intentions affichées au sommet de Washington sont sincères, Netanyahou ne dispose plus que de quelques jours pour convaincre son aile droite de faire preuve de pragmatisme, à commencer par Avigdor Lieberman, son ministre des Affaires étrangères, à la diplomatie peu conventionnelle. Début septembre, celui-ci déclarait que « la génération actuelle ne connaîtrait pas la paix ». Le Premier ministre israélien devra également s’efforcer de contenir les colons les plus radicaux. « Parce qu’ils se sentent menacés idéologiquement, certains réagiront par la violence, des attentats anti-Palestiniens ne sont pas à exclure », estime le politologue Yossi Alpher, avant de se raviser quelque peu : « Il est encore trop tôt pour envisager un scénario catastrophe, nous sommes loin d’une évacuation de la Cisjordanie. » Cet ancien conseiller d’Ehoud Barak, en poste au moment des négociations de Camp David en juillet 2000, croit cependant qu’Israéliens et Palestiniens finiront par s’entendre sur le gel de la colonisation. « Il y aura nécessairement un compromis. En contrepartie d’une reprise partielle de la construction dans les grands blocs d’implantation, Netanyahou peut offrir certaines garanties à Abbas, comme la levée de barrages et le transfert sécuritaire de nouvelles zones aux forces palestiniennes. »

Pour l’heure, les Palestiniens se montrent inflexibles. Ils promettent de se retirer de la table des négociations si la colonisation devait reprendre à la fin de septembre, même partiellement. Inquiet des conséquences d’un éventuel échec du processus de paix, le président palestinien s’est tourné vers son homologue américain, Barack Obama, afin qu’il intervienne sur ce dossier. Chef de l’équipe de négociation palestinienne, Saeb Erekat s’est voulu plus explicite : « Si les pourparlers échouent, je crains que cela ne mène à un effondrement de l’AP. Mais si nous parvenons à un accord, c’est le Hamas qui disparaîtra et Gaza nous reviendra. »

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