06/09/2010 à 11h:50 Par François 
Soudan
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Toujours prêts à dépenser des trésors d’énergie et parfois des fortunes en lobbying pour une photo dans le bureau ovale de la Maison Blanche, sur le perron de l’Élysée ou sous les ors de Buckingham Palace, nos chefs d’État doivent regarder la réalité en face : leur engouement est tout sauf réciproque. Hormis lorsqu’il s’agit de s’afficher aux côtés de l’icône Mandela, hypervalorisante en termes d’image, les leaders des pays riches calculent au plus juste et au strict minimum du politiquement correct leurs apparitions médiatiques auprès de leurs homologues du Sud. Quand ils ne les fuient pas comme la peste. En témoigne ce passage des Mémoires de l’ex-Premier ministre britannique Tony Blair, publiés le 1er septembre. La scène se passe début avril 2005, lors des obsèques de Jean-Paul II à la basilique Saint-Pierre de Rome. « Tout le monde était là. Le Vatican avait décidé de nous asseoir pays par pays, par ordre alphabétique. Hélas, cela me plaçait à côté de Robert Mugabe. […] Juste à temps, j’ai repéré qui se trouvait sur la chaise voisine de la mienne, heureusement en train de discuter avec son voisin opposé. Il ne m’avait pas vu ! La campagne électorale avançait à grands pas et ça n’aurait pas été la photo idéale pour le lancement. L’idée même était abominable. D’un bond, j’ai disparu vers le fond, là où se trouvaient les ambassadeurs, les gardes du corps et autres, à la grande consternation des prêtres en charge du placement, lesquels ont tout fait pour me reconduire à mon siège. Alors que le service allait commencer, j’ai vu avec horreur le prince Charles à qui, bien sûr, on avait alloué la place réservée à la Grande-Bretagne. Je me suis précipité, mais trop tard, il s’était assis pile à côté de Mugabe ! Au moins les monarques n’ont-ils pas besoin d’être élus… ! »

On pourra certes gloser sur le cynisme tranquille d’un homme qui, tout en regrettant de ne pas avoir pu renverser par la force l’autocrate zimbabwéen (« j’aurais adoré, mais ce n’était pas réaliste »), se livre dans ses Mémoires à des éloges sans retenue de George W. Bush, Dick Cheney ou Ariel Sharon et vend ses services lourdement rémunérés aux potentats du Golfe. Mais l’essentiel est ailleurs. Tant que certains dirigeants africains s’obstineront à se comporter en rois nègres, en déroulant le tapis rouge sous les pieds du moindre responsable au teint pâle venu leur rendre visite, alors que ces derniers préfèrent les recevoir en catimini, loin des objectifs et entre deux rendez-vous, ce type de scène caricaturale narrée avec autant de mépris que de jubilation se répétera. Cinquante ans après les indépendances, il serait temps que ceux qui président aux destinées de l’Afrique sachent distinguer la honte de la fierté.

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