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15/09/2010 à 11:58
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Marc Rennard, directeur exécutif du groupe France Télécom-Orange. Marc Rennard, directeur exécutif du groupe France Télécom-Orange. © Vincent Fournier pour J.A.

Le Monsieur Afrique de France Télécom a fait son entrée en juin au comité exécutif du groupe. Une reconnaissance en forme d’encouragement, au moment où l’opérateur affiche plus que jamais ses ambitions sur le continent.

France Télécom (FT) pourrait annoncer prochainement son entrée dans le capital du marocain Méditel, deuxième opérateur du royaume. Un deal, évalué à 650 millions d’euros, en forme de déclaration de guerre au rival français Vivendi, propriétaire de Maroc Télécom, leader du marché dans le pays. Cette bataille devrait en annoncer d’autres pour Marc Rennard, 53 ans, général en chef des armées d’Orange à l’international. L’homme entend bien respecter à la lettre la feuille de route arrêtée par son directeur général Stéphane Richard. Les pays émergents constituent plus que jamais une cible prioritaire, car leur potentiel est énorme, clame-­t-on chez l’opérateur.

Marc Rennard a gagné ses galons en triplant le nombre de filiales de FT hors d’Europe (dix-sept en Afrique, trois au Moyen-Orient, deux en Asie) depuis sa nomination comme directeur exécutif sur ces zones, en 2006. Il est devenu au fil des ans la figure de la réussite du groupe français sur ces nouveaux marchés. Bien que les projets d’acquisition ne soient pas directement sous sa responsabilité, il assure : « Pas une opération nouvelle ne se décide sans que j’en sois informé. Si je ne la sens pas, le directeur financier hésitera à donner son feu vert. »

Qu’il atteigne ses objectifs et double d’ici à 2015 le chiffre d’affaires (3,4 milliards d’euros en 2009) de FT sur sa zone, et il pourrait gagner un nouveau surnom : l’homme qui valait 7 milliards (d’euros). Pour remplir sa mission, Marc Rennard dispose d’une garde rapprochée de 80 collaborateurs dans le quartier général parisien de FT et, surtout, d’une troupe de 17 000 soldats sur le terrain, prêts à en découdre pour étendre l’empreinte du géant français des télécoms.

Des Alpes à l'Afrique

Signe de l’importance prise par l’Afrique chez FT, Marc Rennard a fait au mois de juin son entrée au comité exécutif du groupe. Il récupère au passage la gestion de l’Égypte (26 millions d’utilisateurs, soit plus de 50 % de ses abonnés en Afrique), où Orange est associé au géant Orascom. Une nouvelle consécration pour ce fils d’ouvrier horloger né à Mont-Saxonnex, dans les Alpes. Désormais, tous les lundis matin, il retrouve pour trois heures de réunion les cadors de la maison. « Stéphane Richard joue la carte de l’intelligence collective, toutes les opinions sont les bienvenues. Les échanges sont très enrichissants », dit-il. Autour de la table, l’élite issue des meilleures formations françaises : Polytechnique, HEC, l’ENA. Marc Rennard, lui, est sorti de la bonne, mais moins prestigieuse, École supérieure de commerce de Lyon (devenue EM Lyon).

Mais, plus qu’à un diplôme, il attribue sa réussite aux heures passées sur le terrain, où il multiplie les réunions avec les équipes, les partenaires et les officiels. « Je me rends au moins trois fois par mois en Afrique. » Il apprécie ces déplacements, qui lui permettent d’entretenir des liens étroits avec ses principaux interlocuteurs. « Si j’avais l’opportunité de choisir moi-même mon poste au sein de France Télécom, je n’en verrais pas de plus stimulant », jure l’intéressé. Arrivé en 2003 au sein du groupe, Marc Rennard prend d’abord les rênes d’une filiale en Espagne. L’aventure tourne court et, au bout d’un an, il est presque sur le point de quitter FT, quand Jean-Paul Cottet, actuel directeur marketing innovation, lui propose de rejoindre la direction des opérations internationales.

Malgré son enthousiasme, notre homme n’est pas un afro-optimiste patenté. Il le reconnaît : le continent subit encore des errements et la gouvernance économique de certains pays doit être améliorée – même s’il se garde bien de donner des exemples précis. Sur le plan de la sécurité, pas une semaine ne se passe sans qu’il reçoive des messages d’alerte. Cet été, c’est le risque d’enlèvement par Al-Qaïda au Maghreb islamique qui a requis toute son attention. Des montées d’adrénaline que cet ancien patron de station de ski compare à celles occasionnées par la gestion des avalanches en montagne.

Parmi les motifs de satisfaction pour Marc Rennard, la sensation de participer, avec l’essor des télécoms, au développement du continent. « Au Mali, le président, Amadou Toumani Touré, nous racontait récemment : “Avant, les chefs de village me demandaient une mosquée, une école ou un dispensaire, aujourd’hui ils veulent Orange.” » C’est pour lui la preuve de l’utilité sociale du téléphone portable. Et d’ajouter : « Partout où les gouvernements nous ont assigné des objectifs de couverture des zones rurales, nous les avons dépassés. On ne peut pas se tromper en Afrique. Tous les villages de plus de 500 habitants devraient avoir internet, c’est le sens de l’Histoire. »

Pourtant, il avoue rester prudent dans le domaine des investissements. Un sou reste un sou, et Marc Rennard n’entend pas engager de lourdes dépenses sans l’assurance d’une bonne rentabilité. « J’aurais pu sans doute augmenter le budget consacré à l’internet mobile (3G) cette année », reconnaît-il, sans communiquer de chiffres. « Quand on a lancé la 3G, il y a cinq ans à Maurice, je n’y croyais pas. Mais aujourd’hui il est très important d’accélérer le déploiement de ces technologies. »

Un tropisme technologique – il se passionne aussi pour le « mobile banking » – qu’il cultive depuis le début de sa carrière, comme consultant dans une société de services en ingénierie informatique. « Dans les années 1980, j’apprenais aux agences bancaires à octroyer des prêts à partir d’un minitel. À cette époque, nous avons aussi réalisé les premiers couplages entre informatique et vidéo. » Plus tard, au sein de TéléDiffusion de France (TDF), il supervisera également la mise au point des premières caméras embarquées qui ont révolutionné la retransmission du sport automobile à la télévision.

Il ne supporte pas les « petits chefs »

Fonceur, un brin provocateur, Marc Rennard sait entraîner ses équipes dans son sillage pour impulser une dynamique collective. Parmi ses qualités, un ancien adjoint souligne notamment sa capacité à « laisser la bride sur le cou » de ses collaborateurs quand il en a éprouvé les compétences. Si le patron paraît sympathique de prime abord, son énergie laisse aussi supposer des colères mémorables. Dans une chemise cartonnée presque pleine, l’homme compile tous les ratés de ses équipes dans la gestion des filiales africaines. « Ce que je ne supporte pas, ce sont les petits chefs. Toutes nos décisions doivent pouvoir être expliquées. Il n’y a pas de légitimité du fric », assène-t-il avec conviction.

Une vision de l’économie marquée par sa collaboration, à la fin des années 1970, avec l’universitaire Henri Savall, auteur d’une théorie libérale qui place l’homme au cœur du modèle. « Pour être plus efficace, je pourrais gérer plusieurs pays, par exemple le Niger et le Mali, à partir d’un seul centre d’exploitation, mais je ne vois pas l’intérêt de me mettre à dos les populations et les autorités pour gagner quelques pourcentages de rentabilité », explique-t-il. Un discours de circonstance, au moment où l’opérateur doit se montrer sous son meilleur jour pour mener à bien sa politique d’acquisition et devenir, à l’horizon 2015, la référence du secteur en Afrique. Et ça, Maître Rennard ne l’oublie pas.

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