30/07/2010 à 12h:34 Par Propos recueillis à Tunis par Frida Dahmani
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Anouar Brahem. Anouar Brahem. © Youri Lenquette pour J.A.

Après vingt ans d’absence, le célèbre joueur d’oud revient en Tunisie avec des sonorités aussi pures que le silence. Il se produira les 29 et 30 juillet au Centre culturel international de Hammamet. Interview.

Jeune Afrique : Vous êtes rare sur la scène tunisienne, pourquoi ?

Anouar Brahem : Il ne s’agit pas spécifiquement de la Tunisie. La scène est l’aboutissement d’un travail. C’est une question de rythme et d’équilibre. Je compose et je joue ma propre musique en concert. Ce sont des temps qui ne peuvent se mêler. Certains artistes aiment avoir un agenda plein. Moi, je ne peux pas composer entre deux concerts. J’ai besoin de voir l’horizon et de m’approprier un espace-temps. Le meilleur moyen de se surprendre est de se laisser aller, de faire que la pensée passe par les sens et l’émotion.

Cette année, vous avez reçu deux prix importants, l’Echo Jazz en Allemagne et l’Argus Angel Award en Angleterre. Quel est votre rapport à la consécration ?

Pour un artiste et un créateur, il faut avoir une certaine distance avec tout cela. Évidemment, c’est flatteur de recevoir des récompenses. Mais je consomme ce plaisir à petites doses. En fait, chaque nouveau travail est un recommencement, un défi. Dans cette remise en jeu, l’autosatisfaction n’a pas sa place. Il est important de rester en prise directe avec la fragilité ; c’est une angoisse motrice nécessaire.

Votre musique va vers une sorte de dépouillement, alors qu’elle est fondée sur la rencontre, n’est-ce pas un paradoxe ?

Au contraire, mes sources d’inspiration sont plurielles, mais j’aborde, de plus en plus, la musique comme une conversation entre quelques instruments seulement. L’essentiel est de trouver l’instrumentalisation juste, celle qui rendra la qualité de la conversation, avec ses silences et ses respirations. Je me suis éloigné du travail avec des ensembles importants. Au départ, avec ma formation assez classique, j’ai eu envie de m’associer à des musiques de cultures différentes puis, petit à petit, le son de l’oud a trouvé un écho dans le jazz. Mon rôle est d’inventer une musique. Créer, c’est transgresser.

Pourquoi avoir dédié votre dernier opus, The Astounding Eyes of Rita, à Mahmoud Darwich ?

L’idée de cet hommage s’est imposée lors de l’enregistrement. Rita, l’un de ses poèmes, raconte une histoire d’amour, et j’ai imaginé que cette femme ne pouvait qu’avoir des yeux renversants. Darwich est un poète emblématique du monde arabe contemporain, à la fois rebelle et humaniste, dont la poésie est aussi une terre d’asile pour le peuple palestinien. Il avait une pensée et une position politique ouvertes qui faisaient de lui l’une des voix palestiniennes réellement écoutées sur la scène internationale.

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