17/07/2010 à 12h:45 Par Séverine Kodjo-Grandvaux
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« 50 Afro Bill», hommage au panafricanisme de Mansour Ciss (2010). « 50 Afro Bill», hommage au panafricanisme de Mansour Ciss (2010). © Courtesy, Palais des beaux-arts de Bruxelles

À Bruxelles, une exposition interroge la manière dont l’Occident présente l’art du continent. En mêlant œuvres traditionnelles et contemporaines. À découvrir.

Tout un symbole. L’une des œuvres exposées au début du parcours de l’exposition « Geo-Graphics, a Map of Art Practices in Africa, Past and Present »*, au Palais des beaux-arts de Bruxelles (Bozar), est un montage vidéo de l’artiste d’origine éthiopienne Theo Eshetu consacré au retour de l’obélisque d’Axoum, volé en 1937 par l’Italie. Alors que les musées occidentaux regorgent d’œuvres rapportées des expéditions coloniales, le Bozar et le Musée royal de l’Afrique centrale de Tervuren ont saisi l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance de dix-sept pays africains pour penser différemment la production artistique du continent. Une manière de tenir compte de l’origine des collections du musée de Tervuren, qui fête ses 100 ans en 2010. Et de bousculer quelque peu la manière occidentale d’exposer l’art africain (traditionnel et contemporain).

« Le cadre dans lequel on présente habituellement l’art africain est un cadre colonial. Raison pour laquelle nous avons voulu donner le leadership de ce projet à des acteurs culturels africains », explique Nicola Setari, l’un des commissaires de l’exposition. Le Bozar s’est ainsi allié les services de l’architecte David Adjaye. Né en 1966 en Tanzanie d’un père diplomate ghanéen, David Adjaye est considéré comme l’un des architectes les plus renommés de sa génération. À tel point que Barack Obama l’a choisi pour la création du Musée national de l’histoire et de la culture africaine-américaine de Washington.

Recontextualiser les œuvres

Directeur artistique de « Geo-Graphics », David Adjaye a souhaité « recontextualiser les œuvres dans le milieu social et créatif dans lequel elles ont été produites ». « La collection de Tervuren, constate-t-il, est essentiellement celle du roi Léopold. Le Congo était sa propriété personnelle. Les pièces rapportées par les Belges ont été répertoriées selon des critères scientifiques, et non culturels. En d’autres termes, cette incroyable collection est largement organisée par genres : cuillères, objets funéraires, sculptures rituelles, masques, etc. Les œuvres ont été collectées selon une structure anthropologique, qui ne tenait pas compte de leurs significations sociales ou culturelles. »

Selon Adjaye, l’environnement naturel (montagne, désert, savane…) influence la production culturelle de sorte qu’une culture partagée s’étend au-delà des frontières nationales, héritées de la colonisation. Résultat : « Geo-­Graphics » tente d’instaurer un dialogue entre passé et présent, art premier et art contemporain, à l’intérieur de six zones culturelles redéfinies : le désert, le Sahel, le Maghreb, la savane, la forêt et la montagne. Les 220 objets d’art traditionnels sont regroupés au milieu de chaque salle, répondant aux œuvres contemporaines installées autour. Mais, malgré le désir de « décoloniser », la présentation des pièces traditionnelles est on ne peut plus classique. Non datées, elles sont accompagnées de cartels précisant l’ethnie, le pays d’origine, le matériau de composition. Sans autre indication. 

« Ouvre tes yeux »

Des photographies des dix-sept capitales qui fêtent leur indépendance complètent le dispositif. Elles ont été sélectionnées parmi les 35 000 clichés que David Adjaye a pris, à la manière d’un documentariste, ces vingt dernières années, sillonnant le continent du nord au sud, d’ouest en est. Une scénographie somme toute assez convenue qui ne permet malheureusement pas toujours de comprendre le lien qui peut unir le traditionnel et le contemporain. Même si quelques œuvres fortes comme celle de Kader Attia le font. Avec son montage vidéo Ouvre tes yeux, conçu pour l’exposition, Attia juxtapose des objets traditionnels réparés et des photographies de vétérans de la Première Guerre mondiale. Le vis-à-vis de ces deux types d’images, qui a priori n’ont rien en commun, est saisissant. Les masques recousus font face aux « gueules cassées » des soldats.

D’origine algérienne, Kader Attia est représenté par la galerie RAW Material Company (RMC). Créée il y a six ans pour promouvoir la créativité artistique et intellectuelle du continent, la RMC est une structure mobile qui met en réseau les artistes du continent. À l’origine du projet, la curatrice camerounaise Koyo Kouoh, qui collabore régulièrement avec le Nigérian George Osodi, le Sénégalais Boubacar Touré Mandémory, le Camerounais Pascal Marthine Tayou, le Sénégalais Mansour Ciss, le Béninois Georges Adéagbo… Basée à Dakar, avec un bureau à Zurich, cette structure travaille sur des projets ponctuels, comme le Salon urbain de Douala, organisé par le centre d’art contemporain Doual’art, qui présente aussi des artistes à Bruxelles.

Également commissaire de « Geo-Graphics », Koyo Kouoh a tenu à associer sept autres centres africains : Doul’Art (Cameroun), qui s’intéresse à l’urbanisation, La Rotonde des arts d’Abidjan (Côte d’Ivoire), le Centre for Contemporary Art de Lagos (Nigeria), le Centre for Contemporary Art of East Africa de Nairobi (Kenya), Picha de Lubumbashi (RD Congo), le Darb 1718 du Caire (Égypte) et L’Appartement 22 de Rabat (Maroc). « Une manière, explique le directeur du Palais des beaux-arts, Paul Dujardin, de montrer qu’en Afrique il existe un véritable réseau de création. » « Ces centres, précise Nicola Sertari, travaillent sur leurs localités d’appartenance et apportent une réflexion sur l’urbanisation, sur les villes africaines ; ce qu’une galerie ou un curateur européens ne pourront jamais faire. » 

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* Jusqu'au 26 septembre.

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