14/07/2010 à 11h:10 Par Alexis Billebault
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L'Afrique du Sud a fait taire la plupart des critiques. L'Afrique du Sud a fait taire la plupart des critiques. © D.R.

Pari réussi pour la nation Arc-en-Ciel. Malgré quelques imperfections, le pays a su vaincre les doutes sur sa capacité à organiser une Coupe du monde de football.

Il aura suffi de trente jours. Tout juste un mois pour balayer les doutes et effacer six années d’interrogations et de commentaires parfois acides sur la réelle aptitude de l’Afrique du Sud à accueillir l’événement le plus médiatisé de la planète. Depuis ce jour de mai 2004 où la Coupe du monde fut attribuée à la nation Arc-en-Ciel plutôt qu’au Maroc, le pessimisme s’était régulièrement invité dans l’espace médiatique ou les simples conversations de comptoir. Les raisons étaient multiples et parfois compréhensibles. L’Afrique du Sud, malgré son statut de première puissance économique du continent, traîne comme un boulet un modèle sociétal considéré comme un des plus inégalitaires de la planète et un taux de criminalité à peine moins élevé que celui de la Somalie, de l’Irak ou de l’Afghanistan.

Mais avec une organisation que beaucoup d’observateurs qualifient de « réussie », la nation Arc-en-Ciel a su apporter une réponse franche. Elle avait engagé sa crédibilité et indirectement celle d’un continent tout entier. Désormais, la patrie de Nelson Mandela va être jugée sur sa capacité à digérer ces trente jours qui ont fait d’elle le centre du monde. Avec, sur toutes les lèvres, une multitude de questions.

Quelle sera la pérennité des emplois créés pour les besoins de l’organisation ? Que deviendront certains stades construits à grands frais pour accueillir une poignée de matchs ? La sécurité sera-t-elle améliorée ? Le pays mettra-t-il à profit les efforts consentis et les retombées économiques pour améliorer les conditions de vie de plusieurs millions d’habitants ? La compétition va-t-elle doper l’activité économique sud-africaine ? Et la bonne gestion de l’événement parviendra-t-elle à atténuer l’afroscepticisme ?

Des infrastructures satisfaisantes

Les Sud-Africains avaient vu grand pour accueillir dans des conditions optimales équipes, officiels et supporteurs. Des stades neufs ou rénovés, une amélioration des réseaux autoroutiers, la construction d’un nouvel aéroport à Durban et la mise en place d’un train reliant Pretoria à Johannesburg, ou encore le perfectionnement des moyens de télécommunications. La facture globale a grimpé à 3,5 milliards d’euros, un montant largement supérieur à ce qui avait été prévu. La modernité des stades a été unanimement saluée, mais leur accès, notamment à Johannesburg, s’est révélé parfois problématique à cause du trafic automobile. « Au niveau des transports, cela s’est bien passé, explique Hervé Penot, journaliste à L’Équipe et spécialiste du football africain pour le quotidien sportif français. Par rapport à l’Angola l’hiver dernier [lors de la Coupe d’Afrique des nations 2010, NDLR], cela n’avait rien à voir. Tant au niveau des vols intérieurs que du réseau routier. »

Cependant, si la Fifa et le comité d’organisation local s’autocongratulent, d’autres voix viennent troubler ce concert de louanges. Justo Villar, le gardien de but paraguayen, a ainsi jeté un froid en estimant que le pays « n’était pas en condition d’héberger une Coupe du monde ». « Les stades et la télévision, il n’y a que ça qui importe à la Fifa », a déclaré le joueur en arrivant à Asunción, évoquant des dysfonctionnements en matière de transport et d’hébergement.

Une qualité d’hébergement inégale

L’Afrique du Sud attendait environ 400 000 visiteurs. Selon Sepp Blatter, président de la Fifa, il y en aurait finalement eu 700 000. Le ministère sud-africain du Tourisme évoque quant à lui le million, dont beaucoup de frontaliers, quand d’autres sources avancent le chiffre de 300 000. Quoi qu’il en soit, sur place, les conditions d’hébergement variaient selon les sites. « Dans les grandes villes, ce n’était pas trop difficile de se loger, explique Hervé Mougin, un supporteur de l’équipe de France. Mais dans des villes plus reculées, comme Bloemfontein ou Polokwane, c’était plus aléatoire. Il y avait moins de lits, et nous avons dû trouver une guest-house à 85 km de Bloemfontein et faire une nuit de camping par – 10oC. Et nous avons vu des supporteurs dormir dans leur voiture. Quant au coût de la vie, il n’était pas trop élevé, notamment pour la restauration. » L’Afrique du Sud, première destination touristique du continent (9 millions de visiteurs par an), devrait profiter des améliorations de ses structures hôtelières pour dépasser ce seuil. 

Une sécurité renforcée

Les statistiques de la criminalité locale laissaient craindre le pire. Mais en déployant des moyens humains et matériels substantiels et en prévenant les supporteurs étrangers des risques potentiels liés à la fréquentation de certains quartiers, l’Afrique du Sud a su résoudre l’équation sécuritaire. Quelques cas de vol ont été recensés, et un supporteur américain a été blessé lors d’un vol à main armée à Johannesburg. « Mais le risque zéro n’existe pas », précise Hervé Penot. Le journaliste français, qui assure ne s’être « jamais senti en danger », rappelle que des tribunaux d’exception n’hésitant pas à prononcer des peines sévères ont été créés pour la durée du Mondial. À l’inverse de l’édition 2006 en Allemagne, la Coupe du monde 2010 n’a pas été ternie par des actes de hooliganisme. Hormis quelques barrabravas argentins un peu belliqueux, les durs et les tatoués se sont tenus tranquilles.

Les médias bien traités

En Allemagne, l’accès au wifi était payant – et cher – dans les infrastructures accueillant les journalistes. Et les oreilles de la Fifa, accusée d’avoir laissé faire Deutsche Telekom, avaient sifflé. Cette fois-ci, l’accès au haut débit dans les salles et tribunes de presse n’a pas coûté 1 rand. Les 18 000 journalistes présents ont pu bénéficier de conditions de travail idéales. « Les stades étant modernes, cela a facilité les choses. Les deux seuls reproches que je pourrais faire, c’est que certaines salles de presse fermaient trop tôt et que le système des navettes pour les médias était parfois défaillant », explique Hervé Penot. L’Afrique du Sud, que l’on disait sujette aux coupures d’électricité, a assuré sans le moindre accroc les retransmissions télévisées.

Des performances sportives mitigées

Même si une huitième nation européenne a inscrit son nom au palmarès du club très sélect des champions du monde, l’édition 2010 ne laissera pas un souvenir impérissable aux esthètes. Les sélections véritablement préoccupées par le jeu (par exemple l’Allemagne, l’Espagne, les États-Unis et le Japon) n’étaient pas majoritaires, les équipes africaines – Ghana excepté – ont échoué dès le premier tour, certaines stars attendues (Eto’o, Rooney, Kaka, Ronaldo…) n’ont jamais évolué à leur vrai niveau, et le détail des révélations se limite à quelques noms (Ayew, Gyan, Muslera…). Cette Coupe du monde a été celle des confirmations (Robben, Sneijder, Villa, Iniesta, Schweinsteiger, Klose), et d’un jeu axé sur la ri­gueur défensive et la froide efficacité, les deux socles du football moderne. Mais est-ce vraiment une surprise ?

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