07/07/2010 à 08h:55 Par Nicolas Marmié
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Deux ans avant la présidentielle, Sarkozy n’a pas réussi à imprimer sa marque sur Deux ans avant la présidentielle, Sarkozy n’a pas réussi à imprimer sa marque sur © AFP

Pour empêcher une prise de contrôle du quotidien par le trio Bergé-Niel-Pigasse, le président français a multiplié les pressions. Échec sur toute la ligne !

Il n’y a pas qu’au football que se décline la fameuse « exception française ». À Paris, la simple recapitalisation d’un journal, même s’il s’agit du très prestigieux et influent Le Monde, a presque pris les allures d’une affaire d’État. Au cœur de ce psychodrame politico-médiatique : la survie du quotidien du soir, étranglé par un endettement de près de 100 millions d’euros. Comme ses concurrents français et européens, Le Monde subit de plein fouet la crise sans précédent qui frappe la presse écrite généraliste depuis dix ans. Internet et les gratuits sont passés par là…

Pour tenir le coup en cette période de révolution techno­logique des supports d’information, le quotidien a accepté de négocier de manière exclusive avec un trio d’investisseurs composé du mécène Pierre Bergé, du gourou de l’internet Xavier Niel (Free) et du banquier Matthieu Pigasse (Lazard). Officialisé le 28 juin par le conseil de surveillance, ce choix est conforme à celui des sociétés de personnels, qui avaient voté une claire motion de défiance à l’encontre de l’offre de reprise concurrente proposée par Claude Perdriel, patron du Nouvel Observateur, l’opérateur Orange et le groupe espagnol Prisa.

Mais avant d’en arriver là, une véritable guerre des nerfs a fait rage dans les couloirs du quotidien. Et même, semble-t-il, jusqu’à l’Élysée. Début juin, Éric Fottorino, le président du directoire du Monde, a été convoqué à la présidence. Nicolas Sarkozy lui a fait part de son hostilité à la reprise du journal par le trio Bergé-Niel-Pigasse, surnommé « BNP » et réputé « à gauche ». L’opération a finalement été contre-productive, puisque la Société des rédacteurs a voté massivement (plus de 90 %) en faveur de l’offre « BNP ».

Déjà taxé d’interventionnisme excessif pour ses désignations régaliennes dans l’audiovisuel public, Sarkozy n’aura donc pas réussi à imprimer sa marque sur l’orientation du Monde, à deux ans de l’élection présidentielle. Au contraire, ses pressions ont soulevé un torrent de critiques, de nombreux éditorialistes allant jusqu’à dénoncer une dérive « à la Berlusconi ». Le président est « obsédé par les médias », déclarait l’écrivain et journaliste Jean-François Kahn dans ces colonnes. À l’évidence, cette obsession a un prix.

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