18/06/2010 à 14h:54 Par Samir Gharbi
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Ouvriers en grève, le 31 mai 2010 à Foshan, dans la province de Guangdong. Ouvriers en grève, le 31 mai 2010 à Foshan, dans la province de Guangdong. © Bobby Yip/Reuters

Après quinze jours de grève – non réprimée ! –, les salariés d’une usine Honda ont arraché de très importantes augmentations. Et enclenché un mouvement sans doute irréversible.

Dans l’histoire de la Chine moderne, la date du 4 juin 2010 marquera sans doute un tournant. Comme le Grand Bond en avant lancé par Mao Zedong en 1958. Ou les Quatre Modernisations de Deng Xiaoping, en 1978. « Le socialisme, ce n’est pas la pauvreté. […] Devenir riche est glorieux », disait le père du miracle économique chinois…

Fondé sur l’ouverture aux multinationales européennes, américaines et japonaises, ledit miracle n’a pu avoir lieu que grâce à l’existence d’une main-d’œuvre abondante, docile et bon marché. C’est ainsi que la Chine est devenue le premier exportateur mondial de marchandises (elle a détrôné l’Allemagne en 2009) et le plus important détenteur de devises (plus de 2 500 milliards de dollars de réserve ; 2 000 milliards d’euros). Revers de la médaille : les droits du travail (contrats en bonne et due forme, salaire minimum, etc.) n’ont jamais été la priorité – c’est un euphémisme – des autorités. Les syndicats ouvriers indépendants étant interdits, toute revendication était impossible jusqu’au 17 mai de cette année, date de la première grève « spontanée ». Celle-ci a été déclenchée dans l’usine de pièces détachées Honda, à Foshan, dans la province de Guangdong. Elle a été suivie par la grande majorité des 2 000 ouvriers, a duré deux semaines et n’a pas été réprimée. Le 4 juin, les négociations ont abouti à de très importants résultats : augmentation de 24 % du salaire minimum à l’embauche, avec effet immédiat, et quasi-quintuplement du salaire de base mensuel, de 400 à 1 900 yuans (de 50 à 230 euros ; pour 160 heures de travail). Les salaires des agents de maîtrise et autres techniciens ont eux aussi été revalorisés, dans des proportions comparables. Dans la province de Pékin, une augmentation générale de 20 % est envisagée à partir du 1er juillet. Soit deux fois plus que le rythme annuel de la croissance économique depuis 1980. Et ce n’est sans doute qu’un début, tant les disparités salariales sont importantes d’une province à l’autre : le salaire minimum est de 420 yuans dans l’Anhui et de 1 100 yuans à Shanghai.

La victoire des ouvriers de Foshan a contribué à détendre l’atmosphère dans les usines de Foxconn Technology, propriété de Hon Hai (Taiwan), le numéro un mondial de l’électronique. Dans les ateliers de Longhua, à Shenzhen, une dizaine de suicides ont été recensés entre les mois de janvier et mai derniers. Hyperstressés par les rythmes infernaux imposés sur les chaînes de production, les dix ouvriers se sont donné la mort sur leur lieu de travail pendant la pause déjeuner.

Image de marque

Foxconn, qui emploie 800 000 salariés dans ses vingt usines disséminées dans huit provinces, a fini par reconnaître l’existence d’un malaise : le 7 juin, il a annoncé une augmentation immédiate de 33 % du salaire de base (de 900 yuans à 1 200 yuans) et promis une nouvelle augmentation, de 66 % celle-là, à partir du 1er octobre.

Décidément, les temps changent. Les multinationales qui fabriquent en Chine des produits de grande consommation craignent désormais pour leur image de marque : elles ont compris que la pratique des salaires « low cost » ne pouvait plus durer. Et d’autant moins que la main-d’œuvre sera à l’avenir de moins en moins abondante. Lancée par Deng Xiaoping, la politique de l’enfant unique a en effet entraîné une diminution importante de la population active jeune (20-39 ans). Et la tendance va s’aggraver. Signe qui ne trompe pas : la Chine envisage de délocaliser certaines de ses usines en Afrique, où les salaires sont moins élevés qu’à Shenzhen.

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