15/06/2010 à 15h:34 Par Rafaa Ben Achour
*
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Ce n’est pas la première fois, et ce n’est certainement pas la dernière, que l’État d’Israël s’attaque à un objectif civil moyennant l’utilisation de forces militaires – aériennes et navales – lourdes et impressionnantes.

Ce n’est sûrement pas la première fois non plus, et, hélas ! probablement pas la dernière, qu’Israël lance une opération militaire d’envergure en dehors de ses frontières. Ce n’est assurément pas la première fois enfin qu’Israël foule au pied le droit international, et plus particulièrement le droit international humanitaire, et lance un énième défi au Conseil de sécurité de l’ONU, en ignorant ses multiples résolutions. Dernière en date, la résolution 1860 (du 9 janvier 2009), adoptée à la suite de l’opération Plomb durci contre Gaza et en vertu de laquelle le Conseil de sécurité soulignait notamment « la nécessité de faire en sorte que les biens et les personnes puissent emprunter régulièrement et durablement les points de passage de Gaza » et appelait « à la fourniture et à la distribution sans entraves dans tout Gaza de l’aide humanitaire, y compris les vivres, le carburant et les traitements médicaux ».

En réalité, Israël, fort de son impunité et de l’immunité dont il bénéficie au sein des instances onusiennes, a habitué la communauté internationale, totalement impuissante à son égard, à de tels défis. À chaque nouvelle opération, Israël franchit une étape supplémentaire dans le sens de la provocation. Avec la dernière attaque contre la flottille de la liberté, l’État hébreu n’a fait qu’administrer une nouvelle preuve à tous les États, alliés et ennemis, neutres et engagés, puissants et modestes, occidentaux, arabes, musulmans et non alignés, qu’il entendait continuer de se prévaloir d’un statut à part en matière de droit international commun et qu’aucune norme juridique internationale, conventionnelle, coutumière ou unilatérale ne s’impose à lui.

En se livrant à une attaque contre un convoi humanitaire international en dehors de ses eaux territoriales, en tuant une dizaine de militants, en en blessant une quarantaine et en en arrêtant des centaines, Israël a commis une série de crimes d’une extrême gravité qui engagent sa responsabilité internationale et qui auraient dû lui valoir des sanctions collectives (votées par le Conseil de sécurité, en vertu du chapitre VII de la Charte des Nations unies). De même, cette cascade de forfaits aurait dû valoir aux dirigeants de l’État hébreu et aux exécutants de l’opération des poursuites pénales, aussi bien devant les juridictions internes des différents États signataires de la 4e convention de Genève relative à la protection des civils que devant la Cour pénale internationale.

La déclaration du président du Conseil de sécurité adoptée le 1er juin 2010, à l’issue d’un débat de douze heures, ne présage rien de significatif en ce sens. Non seulement le Conseil n’est pas parvenu à adopter une résolution en bonne et due forme, mais il s’est borné, dans des termes édulcorés, à exhorter Israël à engager une enquête « transparente, crédible, impartiale et rapide », à « libérer immédiatement les navires et les civils détenus » et à « garantir la livraison de l’aide du convoi ».

L’attitude peu énergique du Conseil de sécurité ne peut que conforter Israël dans son arrogance et l’encourager à continuer de faire fi de la légalité internationale.

*Juriste universitaire, membre de la Commission de l’Union africaine sur le droit international.

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Maghreb & Moyen-Orient

Israël : les immigrés africains accusés de menacer 'le rêve sioniste'

Israël : les immigrés africains accusés de menacer "le rêve sioniste"

La société israélienne connait actuellement un débat violent au sujet de l’immigration africaine, certains responsables politiques appelant à l’expulsion des clandestins venus du cont[...]

Cinéma - Yousry Nasrallah : "Je ne me suis jamais senti aussi libre"

Le cinéaste égyptien Yousry Nasrallah, en compétition pour la Palme d'or, est arrivé à Cannes sans ses affaires, mais avec un film éminemment politique sur la révolution, dont les[...]

Syrie : petits arrangements entre parias

Comment l'Iran aide-t-il la Syrie à exporter son pétrole, en dépit des sanctions internationales ciblant les deux pays ?[...]

Présidentielle égyptienne : un islamiste face à un cacique de l'ancien régime au second tour ?

Selon les premières estimations du 25 mai, le second tour de l’élection présidentielle égyptienne devrait opposer le candidat des Frères musulmans, Mohamed Morsi, au dernier Premier [...]

France-Afrique : la révolution tunisienne a laissé des traces

Zyed Krichen est le directeur de la rédaction du quotidien tunisien "Le Maghreb".[...]

France - Algérie : et si on parlait (enfin) du futur ?

Tarik Ghezali est ingénieur de formation, auteur d'"Un rêve algérien" et de "Chronique d’un changement attendu" (mai 2012, éditions de l’Aube).[...]

Égypte : les Frères musulmans donnent leur candidat en tête à la présidentielle

Les Frères musulmans ont affirmé vendredi que leur candidat arrivait en tête au premier tour de l'élection présidentielle en Egypte après le dépouillement des bulletins dans la[...]

Législatives algériennes : le FLN perd 13 sièges après examen des recours

Après examen des recours à la suite des législatives du 10 mai, le Conseil constitutionnel algérien a annoncé le nombre définitif des sièges des partis à[...]

France - Maroc : le roi Mohammed VI reçu à l'Élysée par François Hollande

En visite privée en France, le souverain marocain Mohammed VI a été reçu à l’Élysée, jeudi 24 mai, dans l’après-midi. Il est le premier chef d’État[...]

Présidentielle égyptienne : le premier tour s'achève dans le calme

Jeudi 24 mai marquait la fin du premier tour de l’élection présidentielle égyptienne, deuxième jour d’un scrutin historique qui se joue entre des islamistes et des caciques de[...]

Voir tous les dossiers