24/06/2010 à 11h:28 Par Cherif Ouazani
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Ben Youcef Mellouk, auteur de la liste des magistrats et haut fonctionnaires 'faussaires'. Ben Youcef Mellouk, auteur de la liste des magistrats et haut fonctionnaires "faussaires". © JA

Pour avoir rendu publique, en 1992, une liste de magistrats faussaires, ce natif de la ville millénaire de Miliana, âgé aujourd’hui de 68 ans, a presque tout perdu, mais il n’a jamais renoncé à son combat : traquer les caciques du pouvoir qui se sont concocté un passé de révolutionnaires pour monopoliser les postes à responsabilités, accumuler rentes et privilèges au détriment des vrais combattants de la liberté.

C’est en 1976 que Ben Youcef Mellouk, alors inspecteur général aux affaires sociales du ministère de la Justice, s’aperçoit que des milliers de magistrats et hauts fonctionnaires étaient des imposteurs. Sur instruction du président Boumédiène, il compile les documents confondant les faussaires. Deux ans plus tard, le président est emporté par un mal fulgurant. La liste est prête, mais le nouveau pouvoir ne veut plus en entendre parler. Les gardes des Sceaux successifs refusent de prendre des sanctions et invitent Ben Youcef Mellouk à regarder ailleurs. « Il y va de ta vie et de celle de ta famille », lui lâche un ministre des Moudjahidine.

En quoi une simple liste de faussaires constituerait-elle une menace pour l’État ? Les noms qui y figurent sont ceux de personnalités du sérail parmi les plus en vue. Ben Youcef Mellouk passe outre et rend publique la fameuse liste. Il est arrêté et emprisonné à Serkadji, haut lieu de la répression durant l’ère coloniale. Il est relâché et devra faire face à plusieurs procédures judiciaires. Cela dure depuis dix-huit ans. Privé de passeport, licencié du ministère pour « faute grave », il perd ses droits à la retraite et demeure toujours sous le coup de plaintes d’un ancien ministre de l’Intérieur. En janvier 2009, son passeport lui est enfin restitué, mais il n’a pas l’intention de fuir son pays, fût-il ingrat : « Pas question de renoncer. Les faussaires doivent payer. » Pour l’heure, c’est lui qui risque de continuer à payer. En mars 2010, la cour d’appel d’Alger l’a condamné à quatre mois de prison. Il s’est pourvu en cassation. Sans illusions, mais avec la satisfaction de n’avoir pas quitté le « front ».

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Algérie

France - Algérie : et si on parlait (enfin) du futur ?

Tarik Ghezali est ingénieur de formation, auteur d'"Un rêve algérien" et de "Chronique d’un changement attendu" (mai 2012, éditions de l’Aube).[...]

Législatives algériennes : le FLN perd 13 sièges après examen des recours

Après examen des recours à la suite des législatives du 10 mai, le Conseil constitutionnel algérien a annoncé le nombre définitif des sièges des partis à[...]

Droits de l'homme en Afrique : progrès incertains au Nord, attentes pour le Sud

Amnesty International a rendu public, jeudi 24 mai, son rapport annuel sur l’état des droits de l’homme dans le monde. En ce qui concerne le continent africain, l’année 2011 a été[...]

Musique : Warda Al-Jazaïriya, la rose algérienne

Décédée au Caire à l'âge de 71 ans, la diva de la chanson arabe Warda Al-Jazaïriya a mené une vie marquée par l'exil. Portrait.[...]

Algérie Telecom : Azouaou Mehmel, du fil à détordre pour changer les mentalités

Le nouveau patron d'Algérie Télécom, Azouaou Mehmel, veut changer les mentalités au sein du groupe public algérien. Comme les sept PDG qui l'ont précédé en deux ans ?[...]

Algérie : une quinzaine de partis boycottent les travaux de l'Assemblée

Plusieurs partis politiques algériens se sont constitués, lundi 21 mai, en "Front politique pour la démocratie". Les factions politiques ont annoncé qu'elles rejettaient les résultat[...]

Festival de Cannes : Rachid Djaïdini présente "Rengaine" à la "Quinzaine des réalisateurs"

"Rengaine", premier long métrage du Français Rachid Djaïdani, est présenté lundi 21 mai à la "Quinzaine des réalisateurs" du Festival de Cannes. Il aura fallu neuf[...]

France-Afrique : Hollande et nous

Le nouveau président français François Hollande connaît très mal le continent. Va-t-il y mener une autre politique que son prédécesseur ? Pas fondamentalement. Un changement de style[...]

Abderrahmane Hadj-Nacer : "L'autorité n'a pas d'adresse"

Pour l'ancien gouverneur de la Banque centrale algérienne, l'opacité du « système » en place est telle qu'il échappe au contrôle de ses propres dirigeants. Au point que l'on[...]

L'Algérie pleure sa chanteuse Warda, enterrée au carré des moujahidine

L'Algérie a réservé un accueil solennel et rempli d'émotion à la dépouille de sa diva Warda Al-Jazaïriya, qui a été enterrée samedi au cimetière El-Alia[...]

Voir tous les dossiers