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21/06/2010 à 08:00
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Le général Salou Djibo, le 27 avril 2010 à Niamey. Le général Salou Djibo, le 27 avril 2010 à Niamey. © AFP

Nommé président pour une période de transition qui doit s'achever au plus tard le 1er mars 2011, le chef de la junte, Salou Djibo, semble bénéficier de la confiance de la communauté internationale. Quatre mois après le coup d'État, qu'a-t-il changé dans la gestion du Niger ? Est-il sur la bonne voie ?

Commandant la 5e Compagnie de commandement d'appui et de services (CCAS), unité d'élite de l'armée nigérienne chargée de la protection de la capitale et de la sécurisation des institutions, le chef d'escadron Salou Djibo a dirigé l'opération qui a renversé, le 18 février, le président Mamadou Tandja, alors que ce dernier présidait le Conseil des ministres. Inconnu du grand public, l'homme qui a donné le coup de grâce à la VIe République entre dans l'Histoire et dans la vie des Nigériens : il prend la tête de la junte militaire, le Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSRD), suspend la Constitution, dissout le gouvernement et fait arrêter Tandja. Le 22 février, en tant que leader du CSRD, Salou Djibo est nommé président du Niger pour « une période de transition ».

Gages et promesses tenues

Très vite, le nouvel homme fort donne des gages aux rares visiteurs étrangers qui se pressent à Niamey pour prendre la température : le soldat Djibo n'a rien d'un Dadis Camara. Il écoute plus qu'il ne parle, mais semble savoir où il va et ce qu'il veut. Il ne cesse de marteler que son objectif est un triptyque : assainissement politique et économique, réconciliation des Nigériens, et restauration de la démocratie à l'issue d'un processus électoral libre et transparent. Les premières personnalités africaines qu'il rencontre - l'Algérien Ramtane Lamamra, commissaire à la Paix et à la Sécurité de l'Union africaine, et le Malien Soumaïla Cissé, président de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) - repartent rassurées par son engagement à restituer le pouvoir aux civils, mais quelque peu inquiètes du flou qui entoure la durée de la transition avant l'organisation d'élections démocratiques. Un calendrier a pourtant été défini : référendum en octobre pour adopter une nouvelle Constitution, premier tour de la présidentielle en décembre et second tour un mois plus tard.

S'il se presse de dépêcher des émissaires (généralement des membres du CSRD encadrés par des « techniciens » civils) dans les capitales de la région, le soldat Djibo prendra tout son temps avant de s'adresser à l'opinion nationale. Trois semaines après son putsch, il fait son premier discours à la nation en réitérant sa promesse que ni lui, ni ses compagnons du CSRD, ni les membres du gouvernement de transition, ne se présenteront aux futures élections. Entre-temps, il a nommé un Premier ministre, Mahamadou Danda, un technocrate, et un exécutif qui compte 20 membres, dont 5 militaires.

Passant de la parole aux actes, à la mi-mars, Salou Djibo signe des ordonnances rendant inéligibles les responsables de la transition (lui y compris, les membres du CSRD et du gouvernement, gendarmes, policiers, douaniers, agents des Forces nationales d'intervention et de sécurité [Fnis], ceux des eaux et forêts...), sans oublier les militaires que la junte a nommés à la tête de sept des huit gouvernorats du pays (qui étaient jusqu'alors dirigés par des civils), et interdisant les « activités politiques partisanes » aux responsables des gouvernorats, des préfectures, ainsi qu'aux chefs traditionnels. Début juin, il fait adopter par le Conseil des ministres l'avant-projet de texte sur la dépénalisation des délits de presse.

Réorganisation tous azimuts

Djibo a engagé deux grands chantiers : l'un législatif, avec l'organisation des pouvoirs durant la transition, l'autre institutionnel, avec un redéploiement sans précédent des ressources humaines. Un véritable bouleversement dans l'édifice politico-économique.

A longueur de journée, Salou Djibo signe des décrets de nomination, s'entoure d'une armée de conseillers, bouleverse la hiérarchie dans l'administration locale et nationale, opère une véritable révolution au sein de la direction des groupes économiques publics. Des patrons d'entreprises publiques sont jetés en prison non pas pour mauvaise gestion ou détournement de deniers publics mais pour... atteinte à la sécurité de l'Etat.

On crie alors à la chasse aux sorcières. Une formule que récuse le CSRD. Son porte-parole, le colonel Abdoul-Karim Goukoye, patron du renseignement militaire, assure qu'une « opération d'assainissement ne peut se faire sans casse, et [qu']il serait trop facile de faire un raccourci entre un couac et une chasse aux sorcières ». Les gestionnaires incriminés sont relâchés « en signe d'apaisement », selon Ousmane Cissé, ministre de l'Intérieur. Mais, en retrouvant leur liberté, ils ne retrouvent pas leurs fauteuils respectifs, attribués à de nouveaux arrivants cooptés par la junte.

S'il donne des gages en matière d'Etat de droit et de respect des droits de l'homme, le soldat Djibo reste intransigeant sur le dossier de la détention de l'ancien président, Mamadou Tandja, ainsi que de celle de son ancien ministre d'Etat, Albadé Abouba. « Il s'agit d'une affaire de sécurité de l'Etat », se contente d'argumenter le président du CSRD. Pour le reste, toutes les promesses ont été tenues, et le soldat Djibo poursuit l'achèvement de l'édifice institutionnel. Il installe un Conseil consultatif national (CCN), met en place un Comité des textes fondamentaux, crée un Conseil constitutionnel de transition, une Cour des comptes et un Observatoire national de la communication.

Le choix des hommes et femmes placés à la tête de ces institutions de transition se veut également une preuve de la bonne volonté du soldat Djibo. Ainsi, il a choisi de mettre à la tête du CCN Marou Amadou, incontestable vedette de la société civile, infatigable militant de la démocratie, plusieurs fois incarcéré durant le mandat du président déchu. Pour le Conseil constitutionnel, le 6 avril, il a rappelé aux affaires Salifou Fatimata Bazeye, limogée de ce poste un an plus tôt par Mamadou Tandja pour s'être opposée à ses velléités de briguer un troisième mandat.

 L'opposition attendra des jours meilleurs

Si les choix du soldat Djibo sont favorablement accueillis par l'opinion nigérienne, il en va autrement pour la classe politique. Marginalisés, contraints de faire de la figuration dans les institutions de la transition, les leaders des partis politiques sont en retrait. A aucun moment le soldat Djibo n'a jugé utile de les voir et encore moins de les associer à la prise de décisions qui engagent l'avenir de la nation. Jugés responsables et complices de la situation de blocage politique qui a conduit au putsch, ils attendent des jours meilleurs pour se manifester à nouveau. Convaincus d'être incontournables après la transition, les grandes figures de la vie politique nigérienne, à l'instar de Mahamadou Issoufou (président du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme, PNDS), Mahamane Ousmane (ex-chef de l'Etat et président en exercice de la Convention démocratique sociale, CDS), Hama Amadou (ex-Premier ministre et ancien président du Mouvement national pour la société du développement, MNSD, ex-parti au pouvoir) ou Seyni Oumarou (ancien Premier ministre et actuel président du MNSD), prennent leur mal en patience et se préparent discrètement aux échéances électorales de la fin de l'année.

Un seul sujet en a fait sortir quelques-uns de leur réserve : le code électoral adopté par le CSRD, qui comporte entre autres dispositions l'obligation faite aux candidats à la présidentielle d'avoir entre 35 ans et 70 ans, et d'avoir un niveau d'études équivalent à bac+3. Cette dernière condition n'exclut qu'une seule personnalité parmi les présidentiables: Seyni Oumarou. D'où cette lettre de protestation reçue, le 5 juin, par le soldat Djibo, de la part de l'Alliance des forces démocratiques pour la République (AFDR, coalition des partis qui soutenaient Tandja) : « Une telle disposition aurait empêché un autodidacte comme Jacob Zuma, en Afrique du Sud, ou Inacio Lula da Silva, au Brésil, d'accéder à la magistrature suprême dans leur pays. » Peu de chances pour que cet argument convainque le CSRD.

Dernière précision concernant le soldat Djibo. Il a pris le pouvoir, le 18 février 2010, avec les galons de chef d'escadron. Il le remettra, le 1er mars 2011, selon les termes de la durée de la transition, au vainqueur de la présidentielle, en tant que général de corps d'armée (4 étoiles).

« Je n'ai rien demandé, c'était une exigence de mes compagnons du CSRD », a-t-il expliqué lors d'une interview accordée au journal gouvernemental Le Sahel. ATT aussi avait pris du galon, en 1992, lors de la transition vers le Mali démocratique.

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