10/06/2010 à 14h:37 Par Abdelaziz Barrouhi, à Tunis
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Mis en difficulté par des adhérents "rebelles" proches du pouvoir, le bureau actuel de la Ligue des droits de l’homme n’a plus que quelques semaines pour tenir un congrès...  

Le compte à rebours a commencé. Le 31 mai, les deux médiateurs dans la crise de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH), dont les activités sont « gelées » depuis bientôt dix ans à la suite d’une procédure judiciaire lancée par des adhérents « rebelles », ont tiré la sonnette d’alarme. Abdelwahab Béhi, ex-bâtonnier, et Moncer Rouissi, ancien ministre et actuellement président du Haut Comité des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ont annoncé que leur mission était entrée dans une « phase critique » et que les deux parties n’avaient pas trouvé de compromis permettant la tenue d’un « congrès consensuel ».

La crise oppose le bureau directeur, dominé par des « autonomistes », pour la plupart issus de la gauche radicale, et dirigé par Mokhtar Trifi, avocat de son état, et des personnalités proches du parti au pouvoir, dont le porte-­parole est Chedly Ben Younès, lui aussi avocat. Désignés comme « plaignants », les « rebelles » avaient porté les différends internes devant les tribunaux qui, depuis, ont prononcé plus d’une trentaine de décisions en leur faveur, notamment l’annulation, en 2001, des résultats du congrès tenu un an auparavant, avec son corollaire : l’interdiction faite au bureau en place de se prêter à toute activité, hormis la préparation d’un nouveau congrès. Puis, arguant que des sections avaient été fusionnées en violation du règlement intérieur, le tribunal a annulé, en première instance, en 2007, le congrès en préparation. Le 11 juin 2009, la Cour de cassation de Tunis a confirmé ces décisions et fixé un dernier délai de un an pour la tenue du congrès par le bureau en place. À cet effet, le pouvoir a chargé Abdelwahab Béhi, à la fin de 2009, de tenter de rapprocher les points de vue. Des avancées ont eu lieu, comme le report de la date limite de la tenue du congrès à juillet, mais le grand « marchandage » sur la composition des sept bureaux de section dont les « rebelles » se sont emparés n’a pas abouti, chacune des deux parties craignant d’être éliminée en cas de changement des rapports de force.

Mais il suffit que l’un des « rebelles » réclame à la justice la mise à l’écart du bureau directeur actuel pour que la situation s’aggrave. « Je ne l’espère pas, nous a déclaré Ben Younès, et je suis en train de faire des concessions pour l’éviter. Je ne veux pas être la cause de la mort de la Ligue, qui est déjà dans le coma. » Juridiquement, si la direction actuelle est écartée sur décision de justice, un administrateur judiciaire serait alors nommé à la tête de la LTDH pour préparer un congrès. Ni les droits de l’homme ni le pays n’en sortiraient gagnants.

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Article suivant :
Un débat avorté

Article précédent :
Les Français afro-pessimistes

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Tunisie

France-Afrique : la révolution tunisienne a laissé des traces

Zyed Krichen est le directeur de la rédaction du quotidien tunisien "Le Maghreb".[...]

Droits de l'homme en Afrique : progrès incertains au Nord, attentes pour le Sud

Amnesty International a rendu public, jeudi 24 mai, son rapport annuel sur l’état des droits de l’homme dans le monde. En ce qui concerne le continent africain, l’année 2011 a été[...]

Tunisie : des fournisseurs dans la tourmente

Pilier de l'industrie automobile de Tunisie, le secteur du câblage a été secoué par la montée des revendications sociales. Crise mondiale oblige, il risque en outre de réduire la voilure[...]

Tunisie : la peine de mort requise contre Ben Ali, jugé par contumace

Le procureur du tribunal militaitre du Kef a requis la peine de mort, mercredi 23 mai, contre le dictateur tunisien déchu Zine el-Abidine Ben Ali, jugé par contumace. Une décision qui ne fait pas[...]

Tunisie : la société civile se montre

Dans un contexte politique aussi complexe que confus et un environnement socioéconomique encore instable, la société civile tunisienne émerge, prend des initiatives et montre qu'elle est capable de[...]

Libye : la Tunisie va extrader l'ancien Premier ministre de Kaddafi, Baghdadi Mahmoudi, vers Tripoli

Le président tunisien, Moncef Marzouki, a donné son accord pour extrader dans les "jours ou semaines" à venir l'ancien Premier ministre libyen de Mouammar Kaddafi, Baghdadi Mahmoudi, vers la Libye.[...]

La Berd se dote d'un fonds spécial pour encourager les démocraties arabes

La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd), créée en 1991 pour aider les ex-pays communistes à réformer leur économie, s'est dotée samedi d'un[...]

Tunisie : des mosquées appellent les jeunes à aller combattre en Syrie

Certaines mosquées tunisiennes aux mains d'islamistes radicaux appellent les jeunes à "aller au djihad" en Syrie contre le régime de Bachar al-Assad, a reconnu vendredi un responsable du[...]

Tunisie : Ahmed Néjib Chebbi, le rassembleur ?

Depuis l'échec des formations modernistes lors des élections à l'Assemblée constituante tunisienne d'octobre 2011, Ahmed Néjib Chebbi, le fondateur du Parti démocrate progressiste[...]

Libye : sept morts dans une ville près de la frontière avec l'Algérie et la Tunisie

Des affrontements ont fait sept morts à Ghadamès, ville libyenne proche de la frontière avec l'Algérie et la Tunisie. Il s’agirait d’un accrochage entre membre d’une tribu locale et[...]

Voir tous les dossiers