28/06/2010 à 10h:10 Par Abdelaziz Barrouhi, à Tunis
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Des écoliers de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza. Des écoliers de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza. © Braheem Abu Mustafa/Reuters

L’assouplissement du blocus de Gaza annoncé par Israël le 17 juin suffira-t-il à soulager une population durement marquée par quatre ans de privations et de peur ? Rien n’est moins sûr tant les dégâts psychologiques et matériels sont considérables.

« Nous n’avons pas de bateaux, nous, pour forcer le blocus imposé à Gaza », regrette Abdelwahab Mahjoub, professeur de psychologie à l’université de Tunis, commentant l’attaque meurtrière de la marine israélienne contre la « flottille de la paix », le 31 mai. Avec des collègues psychologues d’une dizaine d’universités européennes, américaine, australienne… et israélienne, il fait partie d’un conseil académique soutenant l’ONG Gaza Community Mental Health Programme (GCMHP, programme de santé mentale pour la communauté de Gaza), fondée il y a vingt ans par le psychologue palestinien Eyad Sarraj. Hélas, depuis l’instauration du blocus, en 2006, ces psychologues ne sont plus autorisés à se rendre à Gaza pour assurer la formation du personnel de l’ONG chargé de soigner les Gazaouis souffrant de traumatismes, notamment des milliers d’enfants. « La situation de ces enfants, déclare Mahjoub, est plus que dramatique… C’est inhumain de ne pas nous laisser faire ce que le devoir d’assistance nous commande. Les Israéliens continuent de tirer, en quelque sorte, sur notre conscience en nous interdisant de répondre aux appels au secours des ONG. » Sur les 1 320 morts et 5 320 blessés qu’a faits l’opération Plomb durci (fin décembre 2008-janvier 2009), on a dénombré respectivement 446 et 1 855 enfants. Selon une enquête de GCMHP, deux tiers des Gazaouis souffrent de troubles mentaux, de stress et de traumatismes. Presque autant ont vu la mort de près.

Impossible reconstruction

Dans un rapport sur les conséquences du blocus publié le 14 juin, B’Tselem, une organisation israélienne de défense des droits de l’homme, estime que 98 % des Gazaouis subissent des pannes de courant pouvant durer jusqu’à dix heures par jour, tandis que les 2 % restants en sont totalement privés. 93 % de l’eau est polluée par d’importantes quantités de chlorures et de nitrates. La pénurie de pesticides et de pièces détachées entrave le travail des agriculteurs. Les pêcheurs ne sont pas autorisés à aller au-delà de 3 milles nautiques (environ 5,5 km). Toujours selon B’Tselem, le blocus a provoqué la fermeture de 95 % des usines et des ateliers de Gaza. À cause de l’embargo sur le fer et le ciment, les 3 500 habitations détruites par Tsahal l’an dernier n’ont pu être reconstruites. Selon la Banque mondiale, 80 % de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté (moins de 1 dollar par jour) et le taux de chômage s’élève à au moins 50 %. La peur et l’angoisse des adultes ne sont pas sans effet sur leurs progénitures. « Ils vivent tous dans la terreur provoquée par les attaques israéliennes, explique Mahjoub. Quand le père tremble, l’enfant craque. Et quand la déprime atteint la maman, il y a une forte probabilité qu’on la retrouve chez l’enfant. »

Chercheur et enseignant dans les universités de Louvain, New York et Oxford, avant de se fixer à Tunis, Mahjoub est l’auteur d’un ouvrage sur les camps de réfugiés au Liban et en Syrie intitulé Approche psychosociale des traumatismes de guerre chez les enfants et adolescents palestiniens (Tunis, 1995, Alif et Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis). À la faveur des éphémères accords d’Oslo de 1993, il s’était rendu à deux reprises à Gaza, où l’avaient escorté, depuis l’aéroport Ben-Gourion de Tel-Aviv, des membres de Physicians for Human Rights, une association de médecins basée en Israël. Il n’est pas près d’oublier son troisième voyage, en novembre 2005. « À mon arrivée à Ben-Gourion, raconte-t-il, j’ai été interrogé toute la nuit par les services israéliens. Mon sac et mes affaires ont été passés au peigne fin, avec analyse des poussières. Le matin, ils m’ont mis dans un avion et m’ont expulsé manu militari vers la Turquie, où j’ai récupéré mon passeport. » 

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