10/06/2010 à 15h:45 Par Guy Dinmore et Heba Saleh, F.T. et J.A.
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À Almeria, le terminal de réception du gazoduc Medgaz entrera en service dans moins de deux mois. À Almeria, le terminal de réception du gazoduc Medgaz entrera en service dans moins de deux mois. © Medgaz

Pour satisfaire ses besoins, l’Europe compte sur les pays exportateurs d’Afrique du Nord. Mais la crise financière et des prix trop bas pourraient remettre en cause ces perspectives d’approvisionnement.

De gros doutes pèsent sur l’approvisionnement énergétique de l’Europe. Selon des prévisions de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) calculées en 2008 sur la hausse de la consommation annuelle, le Vieux Continent doit accroître son approvisionnement en gaz de 100 à 120 milliards de m3 par an d’ici à 2020 (soit 30 % de plus qu’aujourd’hui). Déjà, il y a deux ans, l’Europe se demandait comment gérer l’énorme déficit gazier s’annonçant pour la décennie à venir. Las, la crise financière, suivie maintenant par la crise grecque, a entraîné une chute de presque 7 % de la consommation de gaz dans l’Union européenne (UE) en 2009 (essentiellement du fait de la baisse de l’activité industrielle), et de nombreux projets gaziers ont été radicalement revus.

Néanmoins, l’Europe, qui veut avant tout réduire sa dépendance croissante à l’égard du gaz russe, lorgne notamment du côté de l’Asie centrale et de l’Afrique du Nord. L’entreprise Edison (Italie) conduit ainsi le projet de gazoduc ITGI, qui transportera 10 milliards de m3 de gaz par an depuis l’Azerbaïdjan, via la Turquie et la Grèce (un accord gréco-turc a été signé le 14 mai). Parmi les projets rivaux : celui du consortium Nabucco, plus ambitieux mais moins réaliste, qui prévoit de transporter 30 milliards de m3 vers l’Europe centrale ; et celui de l’alliance Trans Adriatic Pipeline (TAP), qui associe le norvégien Statoil, le suisse EGL et, depuis le 20 mai, l’allemand EON, et propose un tronçon reliant la Grèce à l’Italie, via l’Albanie.

Compagnies sous pression

De même, de l’autre côté de la Méditerranée, l’Algérie et l’Égypte pourraient fournir de 25 à 30 milliards de m3 supplémentaires. D’ici juillet, l’Algérie aura d’ailleurs mis en service son nouveau gazoduc Medgaz vers l’Espagne. Un autre, baptisé Galsi, entrera en activité en 2016 : direction l’Italie, via la Sardaigne. L’Égypte, de son côté, investit dans des usines de liquéfaction (le gaz naturel est liquéfié et transporté par navire méthanier). Enfin, si la Libye conserve un fort potentiel, elle manque d’investissements dans la liquéfaction du gaz, et ses infrastructures actuelles ne peuvent guère être agrandies.

Mais ces perspectives d’approvisionnement sont menacées par un prix du gaz historiquement bas et par l’évolution des relations de l’UE avec les pays exportateurs. Car en Algérie et en Libye, un certain nationalisme lié aux ressources s’est développé. Ainsi à Tripoli, le secteur des hydrocarbures voit littéralement s’affronter les réformateurs, qui encouragent les investissements étrangers, et les conservateurs, qui veulent mettre autant que possible la pression sur les compagnies internationales. Jusqu’à présent, les deux camps semblent aussi forts l’un que l’autre, mais il est fort probable que la Libye reste un terrain peu accueillant pour les multinationales.

« Ce n’est pas viable »

« Je pense qu’en Algérie comme en Libye on n’a pas assez confiance dans le marché du gaz parce qu’on trouve les prix trop bas », explique John Hamilton, spécialiste de la région, à la revue African Energy. En mars 2010, Chakib Khelil, le ministre algérien de l’Énergie et des Mines, a recommandé aux pays exportateurs de gaz de réduire leur production, arguant que le prix actuel de 4 dollars par mètre cube « n’est pas viable » pour eux.

Domenico Dispenza, directeur général des opérations de l’italien ENI, le plus grand opérateur étranger en Afrique du Nord, partage les doutes de Chakib Khelil : « Des projets sont reportés, explique-t-il. Est-ce vraiment le bon moment pour l’Algérie et la Libye de faire des investissements supplémentaires ? » La situation égyptienne est une autre inconnue : Le Caire privilégie actuellement la demande intérieure, mais de quelles quantités disposera le pays pour l’export quand il aura satisfait sa consommation ? Autant d’interrogations qui mettent en péril un avenir qui semblait, voilà encore deux ans, tout tracé.

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