31/05/2010 à 15h:12 Par Renaud de Rochebrune

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Les acteurs Antonin Stahly-Vishwanadan et Salim Kechiouche. Les acteurs Antonin Stahly-Vishwanadan et Salim Kechiouche. © Prod DB

Le cinéaste Mehdi Ben Attia s’attaque à un sujet tabou. Mais en filmant l’homosexualité de façon frontale dans un milieu privilégié, il prend le risque de la caricature.

Parler ouvertement d’homosexualité au Maghreb, comme le fait le réalisateur tunisien Mehdi Ben Attia dans Le Fil, reste aujourd’hui une entreprise audacieuse. Il ne s’agit pas d’une première, y compris pour la Tunisie, puisqu’un cinéaste courageux et talentueux comme Nouri Bouzid s’y est déjà employé il y a une bonne vingtaine d’années, avec le remarquable Homme de cendres. Mais il faut tout de même accueillir avec un a priori favorable toute nouvelle tentative de traiter le sujet. Notamment parce que Mehdi Ben Attia ne s’est imposé aucune auto­censure et, cas peu banal pour un premier film, a disposé de moyens suffisants pour ne pas tourner à ­l’économie.

L’histoire, très linéaire, se résume en quelques phrases. Malik, trentenaire bien de sa personne, a entamé une brillante carrière d’architecte en France­. La mort de son père le ramène dans sa Tunisie natale où, pour la plus grande joie de sa mère, Sarah, il décide de s’installer. Mais comment annoncer à celle-ci, qui rêve de lui dénicher une épouse, qu’il préfère les hommes ? Et il est d’autant plus urgent de dissiper le malaise que Malik tombe amoureux de Bilal, l’homme à tout faire de Sarah, qui vit sous le même toit. Le coming out familial sera douloureux, mais réussi, et un mariage blanc de convenance avec une collègue lesbienne orientera le film vers un happy end prévisible.

Crudité

Bénéficiant de la présence prestigieuse de Claudia Cardinale (Sarah), magnifié par une belle musique et les superbes images offertes par les décors naturels de la Tunisie, le film disposait de tous les atouts pour que la mise en scène pallie les faiblesses du scénario. Hélas, le résultat est plus que mitigé. Ayant choisi de privilégier un abord cru et frontal du sujet, avec des scènes d’amour explicites qui ne laissent rien ignorer de l’anatomie des amants ni des détails de leurs ébats, le réalisateur en fait trop. Et donne l’impression de caricaturer : ses personnages n’évoluent que dans l’univers étroit d’une caste de nantis, où l’on ne semble se préoccuper que de ses petits intérêts nombrilistes, de son apparence et de son statut social. Les dialogues sont creux et le monde « réel » n’apparaît même pas en contrechamp. Là où il aurait fallu suggérer pour laisser la place à l’émotion, là où il aurait fallu s’imposer la pudeur pour « faire passer » ce qui est délicat ou impudique, le réalisateur a choisi d’être délibérément provocateur. Du coup, il n’est pas certain que ce film, qui de surcroît rencontrera sans doute bien des difficultés pour être distribué dans le monde arabe, puisse atteindre ce qui semble être son objectif. À savoir combattre les tabous sociaux et faire reculer les interdits. Dommage. 

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