02/06/2010 à 09h:18 Par Rémi Carayol
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Grâce à un don du Qatar, les fonctionnaires ont touché l’équivalent de six mois de leur salaire. Du jamais-vu.

Chez Nassib, le restaurant à la mode de Moroni, on n’avait jamais vu ça en cette période de l’année, d’habitude morose. « Le chiffre d’affaires a fait un bon de 30 % depuis le début du mois. On se croirait pendant les vacances, quand la diaspora est là », se réjouit Chamsoudine Ahmed, le gérant. Son snack est plein, et il n’est pas le seul à en profiter. « Dans l’ensemble, tous les secteurs sont stimulés », précise Mohamed Abdallah Halifa, le président de l’Organisation patronale des Comores (Opaco), pour qui « le pays vit quelque chose d’exceptionnel ».

Surréaliste même : le 3 mai, à la suite d’un don de l’émir du Qatar de 20 millions d’euros, tous les fonctionnaires et retraités comoriens ont perçu en une seule fois l’équivalent de six mois de leur salaire ou pension. Dans un pays où l’on ne compte plus les arriérés (estimés autour de cinquante mois depuis une quinzaine d’années) et où les habitants en sont réduits, dès le 15 du mois, à vivre de la solidarité familiale, c’est un choc sans précédent. « Un peu comme si tout le monde avait gagné au loto », sourit Kamal, un agent du Trésor basé à Anjouan.

« Les deux premiers jours, c’était la folie », raconte-t-il. « Tout le monde achetait à manger. » Mais l’enthousiasme est retombé lorsque les fonctionnaires ont été rappelés à leur devoir : la plupart, qui avaient cumulé les dettes, ont dû se résoudre à les honorer. « Au final, il ne nous reste plus grand-chose », reconnaît Kamal. Certains ont toutefois pu épargner pour préparer leur futur grand mariage.

Très peu, en revanche, ont jugé bon de suivre les conseils du président. À l’annonce de cette manne tombée du ciel, Ahmed Abdallah Sambi avait demandé aux fonctionnaires de ne pas injecter tout l’argent dans la consommation, mais plutôt de se regrouper pour créer des petites entreprises et préparer l’avenir. Le rabat-joie !

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