Extension Factory Builder
26/05/2010 à 16:17
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Extrait du film 'Des hommes et des dieux' du Français Xavier Beauvois. Extrait du film "Des hommes et des dieux" du Français Xavier Beauvois. © Mars distribution

L’Algérie aura été au centre des passions de deux des événements les plus médiatiques du moment : la Coupe du monde de football, avec sa qualification mouvementée face à l’Égypte, et le Festival de Cannes, à travers deux films qui abordent ses relations historiques avec la France, ex-puissance coloniale. Après la polémique suscitée par Hors-la-Loi, de Rachid Bouchareb, c’est du film Des hommes et des dieux, du Français Xavier Beauvois, qu’on attendait un nouveau scandale.

Le film relate l’enlèvement des moines français de Tibéhirine, que l’on retrouva décapités, en mai 1996. D’abord attribué au Groupe islamique armé (GIA), ce massacre serait, pour certains, une « bavure » de l’armée algérienne, qui aurait tué accidentellement les moines en même temps que leurs ravisseurs. Elle aurait ensuite attribué ces mutilations au GIA pour le rendre encore plus impopulaire auprès d’une population très attachée à ces religieux qui la soignaient bénévolement.

Le bruit courait que le film soutiendrait cette seconde thèse. Une polémique vite éventée : Des hommes et des dieux ne prend pas parti sur l’identité des ravisseurs (que l’on voit agir dans le noir) et se focalise sur le débat moral qui agite les prêtres : menacés depuis longtemps, ils avaient fait le choix de rester, « par amour pour ce pays et cette population, à qui ils [avaient] voué leur vie ».

Or – c’est là que le bât blesse – ce film ne montre guère ce pays et ce peuple pour lesquels ils étaient prêts à aller jusqu’au martyre. Certes, on voit brièvement le père supérieur parler l’arabe et étudier le Coran. Mais, hormis les inévitables confrontations assez schématiques des moines avec les terroristes (dont ils soignent les blessés !) et avec des responsables algériens, leurs relations avec les villageois ne sont quasi pas évoquées. Trois courtes scènes – un vieil Algérien qui rappelle que les crimes des extrémistes sont réprouvés par le Coran et prie les moines de rester, une fête villageoise, des patients devant le dispensaire – et voilà tout !

Le film, qui a toutefois le mérite de ne jamais verser dans la bondieuserie ou la charge politique, a fait un autre choix : en se concentrant sur les messes, les chants liturgiques et les activités quotidiennes des moines, il cherche à symboliser une passion « christique ». Hélas, le frisson mystique qui a traversé plusieurs grands films chrétiens de l’histoire du cinéma ne parcourt guère ce film, et le spectateur reste à distance. À force de représenter une Algérie désincarnée, ne servant que de simple décor à une quête spirituelle dont elle était pourtant la raison d’être, les dieux comme les hommes semblent étrangement absents de ce territoire.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Algérie

Algérie-Maroc : Rabat accuse l'armée algérienne d'avoir ouvert le feu sur des civils marocains

Algérie-Maroc : Rabat accuse l'armée algérienne d'avoir ouvert le feu sur des civils marocains

Le Maroc a dénoncé un "acte irresponsable" et sommé l'Algérie de s'expliquer après des coups de feu tirés, samedi, à la frontière entre les deux pays.[...]

Mali : à Alger, la médiation face à deux plans de sortie de crise

Alors que la reprise des pourparlers de paix entre le gouvernement malien et les groupes armés a été reportée au 22 octobre à Alger, "Jeune Afrique" a pu se procurer en[...]

Algérie : Rafik Khalifa, après la gloire, les déboires

Pour l'ex-golden boy, déjà condamné à la réclusion à perpétuité en Algérie, les ennuis continuent. Il vient d'écoper de cinq ans de prison en France.[...]

Infographie : l'assassinat des moines de Tibhirine vu selon les différents protagonistes

Deux juges d'instruction français sont actuellement en Algérie pour autopsier les têtes des moines de Tibhirine. En attendant les résultats de leur enquête, "Jeune Afrique" vous propose[...]

Algérie : Abdelmalek Sellal annonce une réunion interministérielle sur les revendications policières

Après un bras-de-fer de plusieurs heures mercredi, le premier ministre Abdelmalek Sellal a finalement reçu une délégation de policiers protestataires. Il a annoncé la tenue d'une réunion[...]

CAN 2015: l'Algérie et le Cap-Vert ont leur billet pour le Maroc

La quatrième journée des éliminatoires de la Coupe d'Afrique des nations 2015 a eu lieu mercredi. En voici les résultats.[...]

Algérie : les crânes des moines de Tibhirine exhumés en présence du juge Trévidic

Le juge antiterroriste français Marc Trévidic a assisté mardi au sud d'Alger à l'exhumation des restes des crânes des sept moines de Tibhirine assassinés en 1996.[...]

Algérie : des centaines de policiers manifestent devant El-Mouradia, à Alger

Des centaines de policiers ont organisé mardi 14 octobre une marche le long de l’autoroute menant du quartier de Bab-Ezzouar, à Alger centre, après un mouvement similaire de leurs collègues la[...]

Algérie : jours tranquilles en Kabylie... malgré le terrorisme

Quelques jours après l'exécution atroce d'un otage français par des jihadistes, on est loin de l'atmosphère de psychose décrite par les médias. Retour sur les lieux du crime.[...]

Moines de Tibihirine : le juge Trévidic en Algérie trois ans après sa première demande

Trois ans après en avoir fait la demande, le juge français Marc Trévidic a enfin pu se rendre à Alger dans le cadre de son enquête sur l'assassinat en 1996 des moines de Tibihirine.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers